B comme Boris Vian

Savait-il qu’il allait mourir à 39 ans ? Ingénieur, conférencier, scénariste, poète, chanteur, […] et, last but not least, écrivain bien entendu.

Savait-il qu’il y avait urgence ? Touche à tout donc, auteur prolifique, personne dérangeant les mœurs, comme pour marquer fulguramment son passage.

Je connaissais son nom, je ne savais pas qui il était, j’ignorais évidemment ses œuvres.

Juillet 2004, au moment de l’année où l’on prévoit de combler au soleil le retard de lecture accumulé les onze derniers mois, au 3 rue Pierre Larousse (Paris), chez des amis devant leur bibliothèque, certainement songeur, me grattant tête ou menton (oh j’vous en prie !).

Passage en revue des tranches de livres, façon IRM, j’extrais 4 ou 5 bouquins et prends connaissance des « quatrièmes de couv’ ». Humblement, je me dis que 2 livres en 3 semaines, ça sera déjà pas mal, je ne suis pas un gros lecteur.

Que me reste-t-il entre les mains ? L’Etranger de Camus, jamais lu en 29 ans ; J’irai cracher sur vos tombes de Vian.

« Dis, j’peux te prendre ces deux bouquins ? ». Rassurez-vous j’avais dit s’il te plaît.

Je commence par J’irai cracher car le titre m’intrigue. La claque ! Violence, sexe, vengeance, provocation, dénonciation de la ségrégation sociale et raciale, sacré cocktail. Tu vas avoir des problèmes Boris, enfin tu as dû …

L’histoire d’un jeune métis, ne présentant aucune caractéristique d’une personne noire (1/8 de « sang noir » comme les cons disent), qui décide de se venger suite au lynchage de son frère, par des jeunes blancs.

Nous sommes en 1946, et Vian, lucide, qui a écrit son œuvre sous le pseudonyme Vernon Sullivan, se prétend en être le simple traducteur. Pas folle la guêpe, pas con le bourdon.

Œuvre considérée comme pornographique, elle est donc interdite en 1949 ; et en 2004, moi j’adore. J’en lis des passages à voix haute à mes potes, qui doivent se dire que j’ai de drôle de lectures.

Cette œuvre m’a servi d’entrée (« input » disent les mecs qui se la pètent en réunion) pour pénétrer un peu plus dans l’Œuvre de Boris Vian. Et j’ai donc eu ma période « un Vian sinon rien ». Je crois que ce qui me plait le plus chez cet auteur, outre le fait qu’il a cette qualité parmi tant d’autres, c’est qu’il me semble être joueur, brouilleur de pistes, qu’il aime fuir l’évidence.

Plus de 30 pseudonymes, pas de genre particulier (poèmes, essais, romans, nouvelles, pièces de théâtre, etc), une écriture souvent proche de l’expression orale, des thèmes très divers, qui tenterait de lui poser une étiquette ?

Alors, vous qui aurez bien des vacances prochainement, « read Vian and enjoy !* »

*Pécho un livre de Vian et kiffe !

Je ne vous recommande pas d’autres œuvres à part : L’Écume des jours , L’Herbe rouge,L’Arrache-cœurLes morts ont tous la même peau, Et on tuera tous les affreux, Elles se rendent pas compteJe voudrais pas crever.

S’agissant de cette dernière œuvre, recueil de poèmes, le texte phare (éponyme) vous donnera peut-être un aperçu du personnage, que je regrette de vous évoquer si sommairement (c’est que j’n’en sais pas beaucoup plus, moi …).

« Je voudrais pas crever
Avant d’avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d’argent
Au nid truffé de bulles
Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d’égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres
Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Qu’on attrape là-bas
Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine
Si si si je savais
Que j’en aurai l’étrenne
Et il y a z aussi
Tout ce que je connais
Tout ce que j’apprécie
Que je sais qui me plaît
Le fond vert de la mer
Où valsent les brins d’algues
Sur le sable ondulé
L’herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L’odeur des conifères
Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilà
Mon Ourson, l’Ursula
Je voudrais pas crever
Avant d’avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux
J’en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux
Je voudrais pas mourir
Sans qu’on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs
Tant de choses à voir
A voir et à z-entendre
Tant de temps à attendre
A chercher dans le noir

Et moi je vois la fin
Qui grouille et qui s’amène
Avec sa gueule moche
Et qui m’ouvre ses bras
De grenouille bancroche

Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d’avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu’est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d’avoir goûté
La saveur de la mort… »

Boris Vian

 Comme le disait le narrateur enrhumé à la fin du générique des Mystérieuses Cités d’Or : « Au revoir, à bientôt »

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