L comme Lingots ou Littoraux ?

L’exode rural post seconde guerre mondiale se serait terminé dans les années 1970, et mes ascendants au premier degré (oui, mes parents) ont pris les quasi derniers billets de je ne sais quoi, direction Paris, durant cette même période.

Trouver un boulot à cette époque avait un prix sur lequel on ne transigeait pas, il fallait bien trouver du travail. Et il importait peu que la recherche du Graal ait pour effet de déraciner, du moins de ramifier du côté de la grand’ ville.

Mes plus fraîches racines sont donc incrustées dans le béton, un béton qui finit par se fissurer et céder par endroits au fil des ans, tant elles se rebellent.

Une rébellion certainement causée par le ras-le-bol de la course effrénée menée chaque jour pour être à l’heure, chopper les transports, avoir le feu au vert, éviter les bouchons, esquiver les files d’attente, etc.

Une course parmi d’autres, notamment la course au pognon. Du flouze, il en faut pour tout, il en faut tout le temps, rien n’est gratuit mon vieux. Tu poses un pied par terre le matin, c’est pour raquer. Même quand tu dors ton compte en banque se déleste de quelques pseudo frais que seule la banque prétend identifier.

De l’argent pour faire quoi ?

Principalement pour te loger à des prix hors normes, à des prix honteux. Avoir un toit en région parisienne te rend sportif car il faut courir après les lingots. Alors pour gagner tes lingots, il n’y a pas 36 moyens, il faut bosser (rien d’anormal). Et pour bosser, il faut pouvoir y aller et en revenir sur/de ton lieu de travail.

Alors sache que quelque soit le mode de locomotion que tu adoptes, t’acheminer vers son p’tit travail mettra tes nerfs à l’épreuve. Qui peut parier en partant d’un point A qu’il sera à telle heure au point B quand ces deux points sont en région parisienne ?

Les (intra-muros) parisiens sont à peu près épargnés, mais les extra-muros dérouillent, ce que les premiers ne comprennent pas toujours. Les parisiens ont d’ailleurs une mauvaise connaissance de la géographie francilienne :

« Tu dis que t’habites où ? C’est en zone 30 ça nan ? On peut y aller juste avec une carte d’identité ou bien il faut un passeport ? ». Je ne grossis que légèrement le trait.

Les extra-muros sont donc des extraterrestres.

Et le temps de transport de ces néo E.T. atteint souvent 1h15 en RP ; 2h30 par jour où tu n’es ni aux affaires ni chez toi. 12h30 par semaine (je vous invite à recompter, je suis le roi des échecs en maths) … 50 heures par  mois, 11 mois dans l’année … Euh, calculatrice … 550 heures dans l’année.

550 heures de temps mort dans l’année, c’est de la haute loose !

Remarque 12h30 en une semaine, tu en fais des trucs : tu peux lire l’œuvre de Dostoïevski et même les analyses de lecture qui vont avec ; tu te fais une demi-saison de 24 heures chrono, tu as le temps de commencer ta biographie, etc.

D’où le deux-roues en ce qui me concerne, sur lequel tu te persuades, surtout en décembre, que c’est encore la meilleure solution pour éventrer Paname … même si quelques connards bien au chaud dans leur chez-eux mobile, te font les pires crasses sans scrupule. La RP doit avoir la population de connards au km2 la plus forte de France mais ça, ça ne figure pas dans mon « Geographica ».

Alors des fois, plus que d’autres, tu craques tout en contenant un burn-out qui semble pointer. Tu le contiens ou pas d’ailleurs. Ceux qui refusent de sombrer dans la folie mettent leurs papiers à jour et quittent l’Ile (pas déserte) de France pour préférer un certain éloignement. Un éloignement certain même, histoire de sortir du troupeau de fous.

L’exode s’inverse.

Les salaires perçus par les intéressés sont souvent moindres mais le toit coûte moins cher. La proportion reste donc intacte, la folie en moins : il ne s’agit plus de courir après l’argent, une simple marche suffit.

Où vont-ils ces gens ? Je n’en sais rien, à la mer, à la montagne, à la campagne.

Moi j’opterai(s) -j’hésite entre le futur et le conditionnel – pour le littoral, la côte ouest en particulier.

A faire goûter les enfants sur la plage et non dans le square blindé du voisinage, à leur donner l’occasion de faire de la voile, de la plongée, de l’escalade et non du foot (ou alors du beach soccer), à s’organiser des pique-niques face à la mer.

Et moi je serai(s) détendu, je ne serai(s) plus dans le calcul, je me ferai(s) ma baignade du soir, prendrai(s) le soin de passer délicatement le tuyau d’arrosage sur mes pieds plein de sable en rentrant de la plage ; foulerai(s) ma terrasse en teck, ce petit bois indonésien imputrescible que j’affectionne tant ; préparerai(s) un cocktail savoureux, puis un deuxième pour l’amoureuse ; les petits lampions qui ornent la terrasse s’allumeront(aient) car la nuit dans l’ouest descend délicatement, 40 minutes plus tard qu’à Paris, où elle se laisse salement tomber.

Je me mettrai(s) devant mon ordi, les joues à bonne température grâce au savant équilibre entre la brise nocturne parfaite et la chaleur du breuvage pourtant frais.

Et je m’apercevrai(s) que, horreur !, « Sytadin » figure toujours dans « mes favoris ». Alors je le dégagerai(s) et lui préfèrerai(s) mon nouveau site favori sur les coefficients de marées.

Quitte à surveiller du flux …

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