O comme Oisiveté (ne pas passer l’aspirateur peut prendre une journée)

La semaine ne comportera pas ses traditionnels 5 jours ouvrés, je l’ai décidé. Du moins pas pour moi. J’opte en effet parfois pour l’organisation d’une journée accolée ou non au week-end, durant laquelle j’épargne mes prestations physiques et intellectuelles.

Il y sera question de flâner, glander, zoner, buller, bouiner, tergiverser.

« Vous prenez des détours par rapport à l’infime quantité de choses à accomplir et aux micros tâches que vous vous êtes assignées » sera mon horoscope.

La joie de vivre cette journée commence réellement dès la veille, lorsqu’en rentrant du travail, je me sens puissant d’avoir contrarié le calendrier collectif, du moins en ce qui me concerne. Lorsque cette veille de mon jour chômé est un jeudi (et ledit jour de glande un vendredi : je préfère te le préciser, lecteur, tu pourrais être légitimement fatigué en cette fin d’année), j’évite de narguer les collègues, en prononçant un « bon week-end ! » offensant accompagné d’un rictus provocateur.

Après avoir activé le gestionnaire d’absence du bureau, je me contente de lâcher un « à lundi ! », à charge pour le récepteur de bien analyser l’information. D’ailleurs j’attends 3 secondes pour observer dans ses yeux son cheminement de pensée :

Jeudi soir + “bon week-end! » = pas là demain = « le sa-laud, y’s prend un jour de bullage ! ».

Et là, satisfait, je me dirige vers le prochain collègue à dégoûter.

Une petite satisfaction contenue, rien d’ostentatoire … un peu comme celle que j’éprouve après avoir réglé par carte bancaire, lorsque mon encaisseur, le dos tourné, laisse la machine sur le comptoir et que celle-ci me regarde en me disant « : appuyer sur valider pour un deuxième ticket ». J’adore quand la petite machine gobeuse de thunes me parle comme ça. Et là j’ai 2 secondes pour décider de couper le ticket sorti (cthiiiitch ! premier plaisir) avant d’enfoncer le bouton vert (orgasme). Généralement, je le fais, et j’en tire une belle satisfaction (de quelle nature, je n’en sais foutre rien).

Et bien dire « bon week-end, à lundi !» à mes collègues le jeudi soir, c’est du même acabit.

Bien entendu, je ne suis pas à l’abri de me faire écraser par un plus costaud que moi : « ah non, moi je vous dis à mercredi !».

Jeudi soir + « à mercredi ! » = la sa-lope !

Et la journée arrive, elle va se dérouler. Bien entendu, mon horloge biologique me tire du sommeil quelques 30 minutes, tout au plus, après l’heure habituelle du réveil.

Me tire de mon sommeil mais pas de mon lit, du moins pas encore. J’entreprends une conversation silencieuse avec mon oreiller et je l’étreins de l’avoir trop négligé ces derniers temps.

Puis, après avoir rassuré mon porte tête nocturne, et lui avoir mis une nouvelle taie qui lui sied à merveille (vivement ce soir, surtout ne te change pas !), je me mets perpendiculaire au sol, c’est-à-dire à la verticale, c’est-à-dire debout, et je tente de donner un ordre de priorité à mes 3 ou 4 bidules à faire.

Le café à le temps de couler et la Seine aussi, le flash info de passer pour la troisième fois, sans être capable de savoir ce qu’il vient de se passer durant 45 minutes. Mes capacités intellectuelles sont belles et bien au rencard, je suis prêt pour cette journée.

Un grand café blacko-black pour une grande décision à prendre : par quoi commencer ?

Quel hypocrite je fais, je le sais ce que je dois faire, je le sais depuis la veille et même depuis le jour où j’ai décidé de mon jour férié. Je dois m’acquitter d’une obligation de résultat : faire le ménage, épousseter, aspirer.

Alors, grande avancée, il est 11 heures et je sors l’engin tuyauté du placard en guise de pense-bête. Pas bouger hein l’aspirateur, je reviens vers toi, mais ne me demande pas quand. Il est vrai que je dois d’abord lancer une machine (oui, je suis lanceur de Whirlpool), et checker le lave-vaisselle (non ne pas vider le haut d’abord pour ne pas mouiller le bas). Et surtout, je dois déambuler dans l’appart en caleçon avec un chiffon et du Pliz. J’ai bien fait de te sortir, hein aspirateur, tu n’aurais pas voulu louper ça !

Le problème c’est que lancer une machine a pour effet ces jours là de me faire ouvrir meubles et commodes de fringues, devant lesquels je me gratte la tête en pensant qu’il y a du tri à faire. So let’s do it ! Un premier tri visuel opéré sur l’aspect mettable ou non desdites frusques, un second tri ensuite par l’essayage notamment des falzars (j’adore ce mot !) … Ce sont une heure et demie qui viennent de s’écouler si j’en juge par la manifestation sonore de la machine à laver, lancée mais déjà revenue (putain de boomerang ces trucs).

Le tri s’arrête là, bon boulot les gars ! On a bien avancé !

La machine est à étendre, du moins son contenu, juste de quoi aller jusqu’à un petit casse-croûte dont le choix m’amène à 14 heures.

14h30, l’heure du Pliz !

J’attaque les étagères et les meubles, même s’ils ne m’ont rien fait. Purée, pourquoi je l’ai acheté en Wengé ce truc ?

Et puis, tiens, je tombe sur des papiers (merde y’avait ça à payer !) et sur des photos sur lesquelles je m’attarde durant une pause Pliz(ir). Il est 16 heures, dans 30 minutes je vais chercher le bonhomme à l’école.

Et là j’ai une situation gérer …

J’éclaircis ma gorge … Hum, aspirateur ? T’es toujours là ? Euh, voilà, c’est juste pour te dire que j’ai eu une journée de malade, t’as dû le constater, j’étais archi tanké aujourd’hui, je n’ai pas pu me poser … Ca te dirait pas plutôt de sortir demain ?

Pas si oisif que ça le garçon …

NB : Cette journée oisive peut bien entendu avoir une autre déclinaison en fonction de la présence de l’amoureuse, toujours en l’absence des enfants. Et là l’oisiveté n’a plus rien de vertical.

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