R comme Réconfortant

Certains jours, il fait tout nuit. Ce n’est pas vraiment le petit spleen qu’on peut aimer vite traverser, pour le plaisir d’en sortir. C’est davantage un sentiment neutre, on se sent minéral, au mieux végétal, au pire mollusque bivalve.

Des jours où rien ne semble atteindre ni stimuler. Des jours sans se sentir spécialement vivant parce que cette journée ressemble à tant d’autres et que ce jour là, on ne veut pas donner le change.

A quoi bon lutter ? Le réconfort est la seule clé. Un réconfort malléable composé de ce que l’on veut bien y mettre, de journées moins ordinaires, tel un cocktail.

On peut aimer penser à un fou-rire et au truc insignifiant qui l’a généré ; à des soirées parisiennes du mois de juin lorsque le dîner était parfait, que la brise l’était tout autant, qu’il ne faisait ni chaud ni froid, juste parfaitement bon ; à un footing en front de mer, torse nu, un jour de Toussaint particulièrement doux ; à une amoureuse s’insurgeant de voir son chéri programmer un essorage à 1000 tours en exprimant que le linge semblerait dans ce cas comme « mâché par une vache » ; aux lèvres qui frôlent pour la première fois en été le rhum préparé depuis le mois de mars, par un préparateur très concentré (moins que le nectar) ; aux traversées de Paris par les berges en plein mois d’août ; à cette personne qui a des expressions improbables (« bailler au corner », « au bout du gouffre » et sa variante « au bord du rouleau », « de toi z’à moi », « je retiens bien le visage des gens, je suis bon physicien » ) ; aux parties endiablées de ping-pong avec les potos ; aux lettres manuscrites qui feraient mouiller les yeux ; à cette semaine dans l’année où les jours ne diminuent plus ; au sourire radieux d’un fils battant son père à Mario Kart (la loose quand même !) ; à ces livres, ces CD, ces DVD fraîchement achetés que l’on est impatient de « déblisterer » ; au gochtial qui attend parfois le matin ; à cette réponse à une question au Trivial Pursuit qui épate la communauté ; au premier barbecue de l’année ; à cette odeur d’herbe tout juste coupée en allant bosser ; à ce ciel étoilé ; à ces oiseaux qui tirent trop tôt du lit au printemps ; à ce cadeau qui plaît infiniment et dont on n’a pas soufflé l’idée ; à cette soupe pleine de gruyère ; à un bulletin météo le dimanche peignant la France en orange pour toute la semaine ; à un crédit d’impôt inespéré ; à une bonne suée sur le tatami ;  à cette journée où l’on se sent brillant ; à l’odeur de l’après-soleil ; aux siestes devant le Tour de France ; à ce mec qui sort du pressing, glisse et finit bloqué en grand écart américain le bras levé pour ne pas maculer ses costumes ; à cette partie de tarot où l’on a 3 bouts, 3 rois sur le point de « garder contre » (le chien) ; à cette journée expo/ciné/flânerie ; au plaisir de faire plaisir ; à une plancha charcuterie/fromage ;  à ce sapin décoré par les enfants ; à ces merveilleux moments d’étreinte ; à cet enfant qui vous aime et vous le dit ; à ses potes dînant à ses côtés ; à sa chérie ne cessant de vous regarder et à son corps qui donne envie ; à un foyer harmonieux et nombreux ; etc.

Et cette journée, où la capacité de capter les infimes ou grands moments de bonheur semblait moribonde, comporte finalement un grand moment revigorant.

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