T comme Texto

Texto ou SMS, chacun son vocabulaire.  On peut dire « smeuss » aussi. Moi j’aime bien le mot texto.

Ah les tout premiers textos envoyés de mon Nokia 5190 …

–       « Ca marche ? »

–       « Ouais bien reçu »

–       « Super, au fait c’est payant ce qu’on envoie là ? ».

Et puis j’ai étoffé ma technique en découvrant notamment le T9, la saisie intuitive ; j’avais l’impression d’avoir fait une découverte énorme, il faut dire que ce mode de saisie facilitait ma consommation dans le cadre de ma nouvelle addiction. Ca me plaisait ces courts messages qui évitaient de passer 15 minutes au téléphone juste pour savoir comment untel allait, s’il était bien arrivé, ou pour une discrète pensée.

En outre, on ne me reprochait dès lors plus d’être froid au téléphone, j’utilisais moins pour appeler. Encore que dans un texto, on peut y mettre du ton, laisser paraître une joie, un agacement, une séduction. Parfois au contraire, on ne sait pas du tout sur quel ton prendre un message. Surtout lorsque, limité à 150 caractères initialement, le texto était écrit en créole pour évoquer un maximum d’idées sans atteindre le seuil fatidique de la facturation d’un deuxième message.

«  Salu koman va ? G 1 exam dem1 mé on se voit mardi si tu vx ».

L’orthographe pourra dire : « le texto m’a tuer ». Texter c’est privilégier une idée, on ne rédige a priori pas, on utilise un langage sui generis qui n’appartient qu’au SMS, fait de lettres, de chiffres, de phonétique, d’abréviations, de sigles, d’acronymes et dont le déchiffrage ne peut se faire parfois qu’en le lisant à voix haute.

Sauf quand on séduit … on y met les formes. Le texto obéit en cela aux règles ancestrales de feu la missive destinée à une jolie demoiselle courtisée, et comporte logiquement des mots bien choisis, bien orthographiés, des virgules bien placées pour y mettre de la nuance, du non dit.

Personnellement, drague ou pas, j’opte pour ce mode d’écriture du texto ; j’ai pris le parti de rédiger mes mots, d’abord parce que c’est plaisant de construire de jolies phrases même sur un téléphone et qu’ensuite, je m’assure constamment que le destinataire du SMS, comprend bien mon idée et le ton que je j’ai choisi.

Et ce, même si j’envoie un certain nombre de SMS. J’aime ce mode de communication permettant d’aller à l’essentiel et je le privilégie soit pour ne pas perdre de temps soit à des fins de traçabilité. J’apprécie de pouvoir retrouver la trace des dernières nouvelles échangées avec mes amis, j’adore relire les échanges de textos d’amoureux, parfois niais, parfois démesurément beaux, systématiquement sincères.

Les textos d’amoureux… Il m’est arrivé d’attendre des heures pendant lesquelles je vérifiais mon téléphone toutes les 10 minutes pour voir si la réponse de celle, textée, était arrivée. Des heures pendant lesquelles je relisais 100 fois mon SMS, cogitais à comment un mot serait perçu, si ce même mot allait susciter une réaction, redoutais d’avoir utilisé un mot trop explicite qui trahissait mes intentions. Des heures où l’on a l’impression d’attendre le message de sa vie. Recevoir un « je t’appellerai plus tard » était alors décevant car je désirais rester dans cette forme, continuer à glisser des insinuations, à faire évoluer une relation « épistolaire », à tester quelques limites pour éventuellement les franchir.

Que de bons souvenirs avec mon vieux Nokia à la forme d’un talkie-walkie.

De plus, ce qui est bien avec un texto, c’est qu’on ne dérange pas le destinataire, lequel répond quand il veut. Parfois c’est aussi une façon de répondre à un appel en absence qu’il faut traduire par le manque de volonté de parler, de raconter sa vie certains soirs de fatigue, tout en ayant la politesse de renvoyer au correspondant, un mot gentil pour que son appel ne soit pas perçu comme tombé dans les limbes et son souvenir dans l’oubli.

Je n’ose imaginer les dégâts occasionnés si, lorsque j’étais lycéen, j’avais disposé de la faculté de texter en douce les copines durant les cours. Je crois que j’en aurais fait en outre un bon ami pour recopier quelques formules de maths à la place de la calculatrice, introduit des plans de cours, sans compter la possibilité de texter les potes lors de contrôles en direct live des toilettes durant une pause pipi gracieusement consentie par l’examinateur.

Bref, je suis texto addicted, j’en envoie beaucoup, et très souvent de très très laconiques dont la teneur justifie manifestement un SMS plutôt qu’un appel : « J’arrive », « Je suis là », « Rentre bien », « Je descends », « Merci pour le dîner », « Bonne année !!! », « Ta mère : roses ou pivoines ?», « Je prends du Champagne », « Tu me manques », « Juste pour te dire que j’ai très envie de toi », etc.

En revanche le texto ne remplace pas certaines formes imposées : je pense à ce chef d’équipe qui a anticipé la convocation d’une dizaine de salariés à un entretien préalable à licenciement par … SMS. Il est bon le gars. Apprécions :

« Vous allez recevoir un courrier mardi pour une convocation avec le chef de projet. Des reception de votre courier il faudra venir a cotodec pour me remettre tout le materiel et restituer le vehicule a fraiklin. Merci. Vous pouvez quitter le chantier sachant que tan que vous etes pas licencier officiellement vous etes bien entendu payer ».

S’en sont suivi des échanges avec les salariés songeurs dans lesquels le chef d’équipe annonçait la rupture de leur contrat de travail.

Ledit chef d’équipe ignorait donc, outre les accents et l’orthographe, une règle d’or du code du travail selon laquelle l’employeur qui envisage une mesure de licenciement, à l’encontre d’un salarié, doit le convoquer à une entretien préalable par lettre recommandée ou lettre remise en main propre contre décharge.

Le malheureux chef d’équipe fautif dont la hiérarchie n’a pas apprécié cette petite mise en risque s’est vu par la suite également recevoir une convocation à entretien préalable … mais pas par texto cette fois, ce mode de communication se heurtant parfois à certaines limites.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s