W comme Wagon de RER

Ah le RER ! Qu’il le prenne dix fois dans l’année ou dix fois dans la semaine, l’usager normalement constitué n’aime pas s’y attarder. Je les ai tous essayé, le A, le B, le C, le D et le E.

Le résultat est le même : c’est glauque ! Et j’ai beau me dire que je prends le rouge, le bleu, le jaune, le vert et le rose, rien n’y fait, je ne me bisounoursnise pas pour autant. La faute à qui, à quoi ?

Au RER en lui-même déjà, son aspect extérieur pour commencer : ce n’est pas un train comme les autres, c’est un train que ses concepteurs des sixties n’avaient pas envie de dessiner :

– « Bon les gars, on va pas s’faire chier, il sera tout carré.

– Même pas un peu d’arrondi sur la loco, chef ?

– Oh bah oui mon Jean-Jacques, t’as raison, tu veux pas y foutre des fleurs aussi ?

– J’vous préviens, moi j’soumets un truc carré et bleu blanc rouge, je        veux torcher c’bazar avant partir à la retraite ! ».

Jean-Jacques a finalement obtenu des formes arrondies sur le RER A, du moins celui qui atteint St Germain en Laye. Ses successeurs ne semblent pas avoir émis les mêmes souhaits de rondeurs, ou n’ont pas été entendus.

Bleu, blanc rouge quand même… Difficile de faire plus rudimentaire ou plus franchouillard.  Je ne sais pas vous mais quand je vais voir un film français où l’action se situe à Paris, j’ai toujours peur de le voir passer dans un plan le RER, ses couleurs me provoque une réaction épidermique car le week-end on ne souhaite qu’oublier sa tronche.

Quid de l’intérieur ? C’était mal parti aussi : une espèce de vieux sky marron tout dégeulasse (Jean-Jacques n’a rien pu faire). Et puis sont arrivés des sièges plus raides comportant du velours et avec des couleurs qui rappelaient celles de l’extérieur, en plus foncé. Et depuis peu la SNCF, qui a dû recruter un Philippe Starck, a décidé de réveiller les rétines endormies de l’usager, comme par exemple sur la ligne C, puisqu’il y a été proposé :

– un motif « Végétal » de type tombé de lierre, avec un vert référencé dans aucun nuancier, certainement créé pour l’occasion,

– un motif « Horizon » avec des rayures qui vous permet de faire des séances d’orthoptie en voyageant,

– un motif  « Variation » conçu comme je cite « une ponctuation colorielle, vibrante et dynamique ».

C’est bon de le savoir car si une mine patibulaire s’approche de soi, on peut en jouer :

« Comment Monsieur ? Que je vous donne tout le liquide que j’ai sur moi ? Ah mais cher Monsieur, j’ai besoin qu’on en parle d’abord, je vous en prie prenez place sur ce petit coussinage doté d’une ponctuation colorielle, vous verrez c’est vibrant et très dynamique, ça vous fera du bien ».

Bref, On se retrouve donc avec du rose, du violet, du vert (un peu anis quand même). Jean-Jacques doit apprécier car ce n’est pas déplaisant mais ça peut être source de conflit :

– « Pardonnez moi Madame, j’imagine que vous avez dans les 65 ans, vous ne les faites d’ailleurs pas vraiment  … Ca m’ennuie de vous demander ça mais me laisseriez-vous votre fauteuil par hasard ? Si je ne suis pas assis sur le siège lierre, je passe une vilaine journée ».

– «  Et moi, si je laisse mon siège à un connard, la mienne est exécrable ».

Une transition toute trouvée pour cesser d’évoquer le côté glauque (saluons les efforts tout de même) du RER dû à la machine et parler plutôt de ses usagers. D’usants usagers qui rendent le RER glauque, l’illustration que la promiscuité éteint toute notion d’individus, à part soi : c’est donc soi contre le reste du monde. Surtout en période de grève, c’est un peu chacun pour sa peau.

Il faut dire qu’on laisse sa civilité sur le quai (en voiture on ne la prend pas davantage avec soi), on n’aime pas se dire qu’on est dans le troupeau. D’ailleurs, l’incivilité commence sur le quai si bien qu’on a vu apparaître des régulateurs de flux, ces gens en chasuble qui poussent le bétail dans les compartiments, qui suggère d’avoir amabilité de laisser une petite place pour ceux qui fantasment de monter.

On a tous un objectif dans la journée, le premier est d’atteindre son lieu de travail. Pourquoi ne se dit-on pas que notre but du jour est également celui de nos voisins.

Parait qu’il faut sourire, en particulier à celui qui ne sourit pas.

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