Y comme Yuppie

Comment ça, vous ne savez pas ce qu’est un Yuppie !? Elle vous apprenait quoi votre prof’ d’anglais, vous ? Remarquez la mienne était branchée « Psy », alors elle mettait des « shrinks » à toutes les sauces, dans tous les textes à étudier. On étudiait ses textes, et elle nous étudiait en train de ne pas vraiment les étudier.

En tout état de cause, ça n’a pas empêché le Yuppie de venir sur le carpet à un moment donné. D’ailleurs le Larousse aussi, il connaît le Yuppie.

Que nous en dit-il ? : « Jeune cadre dynamique et ambitieux ».

Tout à fait moi ça.

Jeune : vos gueules hein!,

Cadre : mon contrat de travail le dit,

Dynamique : pas forcément là où on m’attend,

Amitieux : là j’ai un problème.

Et bien c’est de ce problème dont je suis venu vous parler mes shrinks : je ne suis pas ambitieux et je ne cherche aucune cure.

Etre ambitieux, c’est avoir des dents qui rayent le parquet, qui s’accrochent dans la moquette, qui font des tranchées dans le lino, qui fendent le carrelage. Et moi, j’ai pas les crocs. J’n’ai pas les chicots qu’il faut, mes dents ne sont pas ambitieuses, elles restent flanquées dans ma bouche, à peu près ben rangées (merci l’orthodentiste même si un samedi par mois, tu voyais ma haine à ton endroit dans mes yeux) et je les remercie a minima 3 fois par jour en les caressant délicatement avec ma brosse à dents et je les enivre de Plax le soir (le vert ou le rouge, m’en fous, ça dépend) pour leur dire combien elles sont jolies de ne pas trainer sur le sol.

Etre ambitieux, c’est aussi voir loin. Et ça, je ne peux pas, je ne peux plus. Je ne m’émeus pas d’avoir à trimer jusqu’à 65 piges alors s’agissant des dizaines d’années qui précèdent, encore moins. Au contraire ne pas voir loin, ça je sais faire. Je n’ai pas de plan de vie, et ma carrière n’y déroge pas. Et puis de toute façon des plans, c’est fait pour être contrarié. C’est donc non maîtrisable, et tenter de maîtriser « l’inmaîtrisable », ça demande une débauche d’énergie hors norme, vaine et source de tension gratuite, que je suis de plus en plus incapable de fournir. Question de survie.

Qui est le plus aveugle d’ailleurs ? Celui qui refuse de voir loin ou celui qui tente de maîtriser son avenir ?

Etre ambitieux, parfois, c’est aussi vouloir bouffer. Or, mes fameuses dents, elles déchirent et dévorent plus volontiers du poisson et des brocolis que des morceaux de bidoche.

Non, je ne suis pas Yuppie.

J’aime travailler, oui c’est structurant, oui ça nous sort de l’animalité comme le dit Bataille, étudié en philosophie, lors d’une année durant laquelle les cours de philo manquaient cruellement d’un bon verre de vin pour désinhiber notre propre capacité à philosopher derrière nos tables, et à rivaliser avec ce prof’ barbu à l’invariable pull violet multi-saisons.

Oui, c’est aussi sociabilisant.

Mais j’y mets un bémol, en ma qualité de Monsieur bémol qui balance et contrebalance un peu tout ce qui lui passe par la tête, même si je ne suis pas du signe de la peseuse, puisque je ne suis qu’un imparfait lion ascendant lion.

Je contrebalance car j’ai peur.

J’ai peur en voyant ces bourreaux de travail, ceux qui font du 8h/20h-22h, comme s’ils étaient des stations-service, ceux qui n’ont que ça pour eux, ceux qui compensent une vie personnelle désœuvrée par une ascétique vie professionnelle, ceux qui trouvent plus de réconfort dans le silence des bureaux, passées 19 heures, que dans le silence de leur propre domicile, en trouvant que c’est plus acceptable, ceux qui font du reporting un art de vivre jours ouvrés, jours ouvrables et jours fériés.

Ceux qui épousent un cercle vicieux.

Moi j’aime l’équilibre. Malheureux sont ceux qui n’ont pas d’emploi, malheureux sont ceux dont le travail est la seule foi.

J’aime articuler, j’aime concilier, ne pas mettre mes œufs dans le même panier (not to put my eggs in the same basket – bah oui, je suis lu à l’étranger-  pfff, j’adore faire le branleur).

Et bien oui, pour concilier, ça j’excelle. Concilier pour ne pas dire jouer les acrobates, entre mon trapèze de la journée duquel je me lâche pour atteindre, si possible sans tomber, mon trapèze du soir, sur lequel je pense à moi et à mon p’tit héritier. Pas au sens successoral du terme, plutôt au sens de l’héritage, je l’espère, de jolies valeurs que j’essaie de lui transmettre.

Dire ciao au boulot, c’est dire bonjour à sa soirée, qui s’apparente parfois à une nouvelle et longue journée lorsque mouflets et mouflettes ne sont pas d’humeur. Et pendant ce temps, votre collègue affamé s’enfile des kilos de bidoches, en espérant faire enfler  ses chances de devenir un gros de la maison que vous avez quittée, il y a de ça deux heures.

Mais après tout ce n’est pas blâmable, chacun donne le sens souhaité à sa vie. J’espère ne pas lui donner de contre-sens, ma vie à moi comprend plus de Youpis que de Yuppie.

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Une réflexion sur “Y comme Yuppie

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