Comme un mardi

Le mardi, tout est permis. La semaine est lancée, c’est parti : « pump it up » !

Dans le monde « corporate », les téléphones se déchaînent, on est criblés de mails, les réunions ont leur droit de cité, on ne parle plus du week-end.

Le mardi, c’est un jour idéal pour que quelque chose se passe : avoir une bonne nouvelle par exemple. Figurez-vous que ce jour (vert selon la charte graphique de Télé 7 jours) semble contenir de l’espoir, de la jovialité.

Un jour parfait pour apprendre que vous avez gagné au loto, pour recevoir le courrier par lequel l’employeur notifie l’augmentation de salaires, malheureusement trop petite, pas de quoi jouer le Fosbury de la tranche fiscale, pour apprendre une prochaine maternité, pour signer sa rupture conventionnelle, pour avoir … ah merde … un accident de moto.

Y’a des mardis plus noirs que verts.

Mardi 23 novembre 2010, une journée ordinaire commençait. Et Dieu sait que j’aime l’ordinaire. Ce matin là, j’avais sans doute dû prendre plus de temps qu’à l’(encore plus) ordinaire, pour boire mon mug de carte noire, pour nouer un lacet,  pour déposer l’héritier à l’école. En tout état de cause, je me suis retrouvé dans un mauvais combo « espace-temps », dans lequel j’ai rencontré un automobiliste qui a failli sévèrement atteindre mon intégrité physique et qui n’a pas manqué de me faire penser que l’Homme est souvent lâche.

Lui, sans doute énervé et certainement paumé, les yeux rivés sur son GPS, moi sur ma Triumph Thunderbird 900, détendu du guidon, derrière lui.

Et c’est le drame !

Le conducteur vraiment trop isolé dans sa bulle décide, en un ¼ de seconde, après avoir réalisé que l’adresse recherchée était désormais derrière lui, de se déporter, en introduction d’un demi-tour le faisant superbement couper une belle ligne blanche continue.

Un choix, deux alternatives en comprenant la scène qui allait se dérouler : rentrer dans la berline dont les portières de gauche veulent me refaire le minois ou mettre un coup de gaz et tenter de contourner le connard roulant bien identifié.

J’opte pour la deuxième option, ça passe, ça passe, ça ne passe plus. La Citroën (Citroën, c’est dire s’il est en tort) percute l’arrière droit de mon bijou (la moto, pas l’attribut). Je me redresse, me donne du sursis, et finis par chuter avec 300 kilos entre les jambes (la moto, pas …), je me désolidarise de la moto et la retrouve 10 mètres plus loin sur le trottoir opposé.

On glisse bien sur l’asphalte, mais ça secoue. 15 secondes d’étoiles puis rapide retour au discernement qui me permet de faire un autodiagnostic : je n’ai probablement rien de méchant.

Des gens s’arrêtent : des flics en civils à en juger par le p’tit gun à la ceinture, un motard solidaire, et une automobiliste concernée ou pas pressée : elle s’appelle Nina et elle me questionne avec douceur et pertinence, comme si « ramasseuse de motards » était son métier :

« Bonjour, vous vous appelez comment ?

Je réponds de façon juste, en prononçant mon prénom de 7 lettres.

Vous avez froid ?

Non, je me suis bien couvert en partant.

Vous habitez loin d’ici ?

Non, je suis parti il y a 10 minutes ».

Elle devait avoir peur que je tourne de l’œil ou que je rende mon petit déjeuner (3 Granolas, 2 Prince de Lu, et un café – ai-je déjà mentionné que c’était du carte noire ?).

« Vous savez quel jour on est ?

Oui, mardi (couleur « verte» dans Télé 7 jours, pensais sans doute) »

J’étais à 100% de bonnes réponses.

Y’avait pas que la gentille Nina qui me parlait, il y avait aussi mon connard roulant de mieux en mieux cerné, qui m’a filé sur le moment un petit sentiment de gerbe tout de même :

« Oh la la la mais c’est la faute des ces imbéciles au bureau, y m’ont filé une adresse improbable, ça fait 30 minutes que je tourne dans le coin …. Oh la la la la … désolé j’étais vraiment trop stressé, je vous assure …. Oh la la la la la …. Euh dîtes Monsieur, comme je vois que ça a l’air de ne pas aller trop mal, ça vous ennuie pas dans votre déposition de dire que je me suis juste déporté et pas que je voulais faire demi-tour ?».

Oui, à l’audition de cette phrase, j’ai eu un vraiment sentiment de petit déjeuner ascendant. La fuite des responsabilités, tout ce que j’exècre. Et bien que le mardi ait commencé vert deux heures avant, il était à ce stade bien noir en réalisant à quel point l’être humain est parfois immensément décevant, trompant, fourbe, fuyant, menteur, lâche.

Et comme parfois, l’individu cherche à s’extraire des règles collectives de la Société qui déterminent obligations et responsabilités. Et moi, comme un con, sentant que j’avais une bonne étoile en ce mardi, jour où j’étais épargné, j’ai envisagé quelques secondes d’épargner aussi le sort de ce fourbe, d’amortir sa faute. Et puis merde je n’ai pas cédé à cette inopportune miséricorde, le contrat social, c’est pas pour les chiens.

Heureusement, outre la présence, en ce mardi, de ma bonne étoile, sans doute meilleure que celle de mon engin (la moto, pas …), j’ai eu l’immense bonheur d’être accompagné, durant quelques heures d’hôpital et au-delà, par une personne que je n’attendais pas et qui a déboulé. Une personne qui réconforte et qui relève le niveau de la condition humaine.

Le mardi est redevenu vert.

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