Comme un mercredi

Jeune enfant, j’ai détesté ce jour chaque fois que je n’allais pas au centre aéré. On dit centre de loisirs maintenant. C’est vrai que le centre aéré, c’était un terme qui ne seyait pas toujours bien, lorsqu’en hiver, ma génération se retrouvait dans les bungalows de type « Algeco » à faire sans doute des activités proches de ce que font les enfants des années 2000.

Enfin quand je dis ma génération, c’est vite jeté sur le papier, car il y avait aussi les grands. Dans mon souvenir, les grands étaient … bah bien grands, putain ce qu’ils étaient grands.

Je me souviens d’un gars en particulier, qui parlait comme résonne une contrebasse. De quoi dénoter avec ma voix fluette plutôt du style flûte à bec.

Je lui aurais donné 15 ans, il devait en avoir 8 ou 9. En repensant maintenant à son physique, je crois que mon souvenir lui attribue une barbe naissante. Comment ça j’exagère ? Allez, va pour un duvet. Il y avait cette scène un jour (un mercredi donc), où je le vois le barbu, enfin le « duvetu », s’exciter sur un perron, au moment où une musique s’échappait de l’intérieur du seul ensemble immobilier du centre aéré, qui ne semblait pas être en tôle. Il était en train de rapper impeccablement, simultanément à la chanson originale : « 5 heures du mat’, j’ai des frissons, je claque des dents et je monte le son […].

J’étais impressionné mais je ne comprenais rien à ce qu’il chantait. Autant vous dire que lorsque j’entends ce morceau, il y a un phénomène qui se passe dans mon cerveau qui consiste à me repasser la bande-vidéo du grand gars qui rappait. Même si la notion de rap ne m’est vraiment apparue qu’en regardant Sydney à la télévision, le dimanche (H.I.P. … H.O.P.).

Les mercredis sans centre, c’était moins bien : fallait se taper Chapi-Chapo et 6 autres merdes pour enfin atteindre le graal, les mystérieuses Cités d’Or :

« Le XVIème siècle, des quatre coins de l’Europe, de gigantesques voiliers partent à la conquête du Nouveau Monde. A bord de ces navires des hommes avides de rêves, d’aventure et d’espace, à la recherche de fortune. Qui n’a jamais rêvé de ces mondes souterrains, de ces mers lointaines peuplées de légendes, ou d’une richesse soudaine qui se conquerrait au détour d’un chemin de la cordilière des Andes ? Qui n’a jamais souhaité voir le soleil souverain guider ses pas au cœur du pays Inca, vers la richesse et l’histoire des Mystérieuses Cités d’Or ? »

Ah, y’en a qui se font plaisir là, en lisant ça …

C’est plus fort que moi, quand une mère hèle son fils un jour de pluie en hurlant « Estebaaaaaaan ! », j’ai envie d’envoyer ce fils du soleil, en haut d’un poteau électrique, pour contrarier les prévisions de Météo France.

Le mercredi c’est aussi, une fois devenu plus grand (mais sans duvet même naissant, pourtant je scrutais), les excursions avec les copains dans les terrains vagues et sites désaffectés de ma ville, autrefois symbole de la culture d’asperges et aussi repère de curés. Vous l’aurez compris, j’avais déclaré ouvert et mis en œuvre le plan pluriannuel de la connerie, qu’il me paraît inopportun de détailler présentement.

Préférons en retenir de belles années de camaraderie, à jouer les durs, durant lesquelles les mercredis étaient expérimentaux. Le tout était de rentrer un petit peu avant les parents en ayant l’air de bien avoir avancé sur le dossier Pythagore et de s’être acquitté de quelques tâches à notre portée, confiées par « nos vieux ».

Encore aujourd’hui, le mercredi reste un jour particulier, celui où j’avale quelques madeleines en me remémorant beaux ou mauvais souvenirs, lorsque je vois les mouflets et ados, gigoter partout dans la ville. Probablement est-ce le même sentiment pour la génération qui nous précède, s’agissant du jeudi.

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