La plage, les filles, les rouleaux et mon château

Qu’on l’aime ou pas, on se fait toujours un peu beau pour la plage. Alors quelques semaines avant de fouler le sable pour prendre le temps de ne pas se fouler soi-même, on refait quelques pompes et abdos (option fessiers si possible) pour réveiller des muscles à peine sortis d’hibernation ; les salles de sport accroissent le taux de concentration de gens qui fouettent au mètre carré ; rues, parcs et forêts accueillent ceux qui tous les ans recommencent une première année de footing.

Faut dire qu’on y est tous torse poil, même vous parfois Mesdames, en « topless » attitude :

« J’aime regarder les filles qui marchent sur la plage,
Leurs poitrines gonflées par le désir de vivre,
Leurs yeux qui se détournent quand tu les regardes ».

Patrick Coutin, 1981 ? 82 ? 83 ? Les puristes complèteront et affineront. Quant à moi, je ne sais pas si je dois m’excuser pour cette référence.

Oh, mais ça démarre fort dites moi, la plage. On ne peut décemment pas la réduire à ce gentil tableau.

Moi, j’aime la plage pour la mer, l’océan, les rouleaux des vagues qui vous prennent comme pour vous essorer, vous faire passer dans la gueule de la vache, au point de sortir complètement ivre de la séquence sensation qui consiste à faire n’importe quoi du moment que les vagues nous agressent, le tout dans une allégresse juvénile, si possible entre amis : « oh putain regarde celle là qui se forme au loin, oh la la ça va dé-chi-r … ah non merde, elle était bien pourrie ! ».

Le reste … pfff … Allez, le reste parlons-en un peu quand même.

C’est le mois d’août sur l’une de mes plages préférées et que constate-je [prononcez konstadje] ?

Et bien d’abord qu’entre le moment où il est décidé d’aller à la plage, alors que je bois ma dernière gorgée de café et que les enfants viennent d’écraser la dernière Pom’ Pote du goûter, et celui (moment) où je noue la ficelle de mon caleçon de bain en direction de la mer pour faire office de thermomètre humain afin de renseigner la communauté d’amis et de mouflets, il se passe deux bonnes heures. Il faut penser à tout, et il faut ensuite le préparer.

Ah c’est sûr que là, le soleil il tape bien moins fort. Les craintes de cuisson des marmots sont levées. Ce qui n’empêche pas le tartinage de crème surabondant sur les p’tits héritiers, au cas où le soleil remonterait, juste comme ça, pour la déconne. On ne sait jamais.

Et puis nous sommes dans l’ère du tout préventif, alors tartinons, chapeautons, combinaisonz’ons au besoin (ce qui est un peu con quand le petit être protégé a déjà de la crème). On ne sait jamais bis.

A moins de mettre de la crème sur la combinaison, pour être vraiment (presque) sûr. On ne sait jamais ter.

Donc nous y voilà sur cette plage mais pas question de faire totalement trempette encore. Car si la température de l’eau est appréciée, c’est pour les petits. Il faut encore attendre pour le coup de flambe (nager jusqu’au premier gros truc qui flotte et qui s’apparente à une bouée ou un corps mort comme les marins disent).

Et quand le tour des adultes arrive, il est assez rapide. Même pas le temps de sauver la petite hollandaise prise au piège des baïnes. Etre un héros sera pour un autre jour (sans enfant), ce qui est un peu con lorsqu’on s’est cassé le derrière à apprendre les paroles du générique d’Alerte à Malibu-Coca.

Et puis arrive LE grand moment de plage, celui où l’on ne peut pas lire, ni écouter de musique, encore moins piquer un roupillon, le moment où l’on peut simplement faire des trucs qui font penser que l’on est à des années lumières de responsabilités endossées toute l’année au travail au travail :

1 – faire des trous dans le sable avec une pelle trop fragile pour la fougue du papa qui creuse comme un forçat, et qui pète la pelle (drame immédiat, et tous les papas se félicitent de ne pas être à votre place),

2 – aller chercher de l’eau à l’aide du seau à l’effigie du personnage de dessin animé préféré de son jeune propriétaire, à peu près toutes les 7 minutes 30, et si possible à marée basse pour remplir de façon très éphémère (et donc vaine) lesdits trous après 150 mètres de marche aller-retour,

3 – jouer les architectes en herbe, ou du moins en sable pour construire un prétendu château qu’on a en fait envie de faire à son goût : « C’est moi l’adulte, c’est moi qui décide, et papa construit sa tour où il veut d’abord ! ». Non mais c’est vrai quoi, je la mets où je veux ma tour quand même, c’est aussi mon château.

Bien entendu les activités 1,2 et 3 ne sont pas exclusives de quelques veilles en direction des plagistes. Dommage, ce mot ne se met pas au féminin. Bref, en direction de ces plagistes là. Tout cela, à des fins toujours préventives : les gamins sont bien crémés, mais il faut également se sentir investi d’une certaine utilité publique en guettant, en évaluant l’agressivité du soleil sur les poitrines délicates, fermes et fragiles, et si possible en forme de poire. Quant aux autres … bah, je ne peux pas m’occuper de tout le monde non plus.

Et entre de sérieux jeux de sable et de non moins sérieuses considérations préventives pour que la poire ne se fripe point, je m’adonne à petit jeu sur la plage : « le qui peut bien faire quoi dans la vie? ». Et là, c’est pas mal du tout, car je me surprends à rhabiller les gens, surtout les hommes, pour deviner si untel, dans son petit maillot de bain 1974 (oui le petit accessoire en tissu marron et orange qui hésite entre être slip ou un caleçon) qui lui moule bien trop des valseuses semblant subir gravement la gravité chaque fois qu’il se baisse ne serait pas le Directeur Général respecté et redouté d’une importante entreprise française,

si l’autre qui s’en prend plein la gueule par sa femme parce qu’il a oublié la housse thermique de la bouteille d’eau a un peu plus de réparti face à son responsable hiérarchique ;

ou encore si celle qui lit un Marc Lévy ne serait pas en fait une cadre dynamique surmenée et fatiguée, à peine convalescente de son burn-out, et qui n’a pas trouvé Gala à la librairie.

Vous voyez bien, sur la plage je suis en plein delirium. Ca ne doit pas être fait pour moi.

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