Springtime in Lutetia

Le printemps, j’aime l’attendre, le devancer un peu, puis je le célèbre. Je l’ai toujours fait, je le ferai toujours, même si son doux et accueillant soleil aurait pu parfois me jouer des tours.

Il faut dire que d’abondantes heures de playground, de fines minutes de révision en plein air aussi, suffisaient à défouler mon teint mat refoulé, durant ma scolarité. Une intolérance originelle au lactose, et sa substitution par du jus de carotte ont en effet eu pour conséquences chroniques, et toujours contemporaines, de réveiller ma mélanine chaque fois que la lumière revient.

Etudiant, c’était donc une peau déjà bien tannée que j’affichais dès le mois d’avril. Il suffisait d’y rajouter un séjour de quelques jours dans notre Floride nationale (le Morbihan !) et j’étais confronté à une angoisse lorsque juin pointait son nez : de quoi vais-je avoir l’air face à mes examinateurs lors de mes oraux ? Pourrais-je leur dire à quel point j’aime célébrer le printemps ? Prétendrais-je avoir récemment pris un peu de vacances, au risque de passer pour un fumiste qu’on ne veut même pas écouter ?

Il faut dire que j’étais vraiment à bloc en mars/avril, pour renouer avec l’extérieur et quelques éléments. Et je le suis toujours. Je redécouvre chaque année que je ne suis pas le seul, puisque les zinzins de Lutèce n’en peuvent plus non plus, une fois l’hiver passé sur le calendrier. Les étoffes trop portées l’hiver brûlent la peau du parisien, il veut désormais capter, s’exposer, s’effeuiller, siroter, il devance les bourgeons et déteste toujours autant les pigeons.

Il cherche et recherche le soleil, en se félicitant de son croissant temps de présence. L’heure de son lever sied, celle de son coucher est perfectible.

Et l’impatient parisien en devient planétologue, ou plutôt soleilologue.

Il tente de suivre la rotation de la boule jaune, son rayon de diffusion, les obstacles qui entravent la plus optimale des expositions. Il faut dire qu’il n’y a pas de temps à perdre en cette saison : le temps du soleil encore fragile dure à peine plus que celui dédié à l’ordinaire accomplissement des tâches chroniques en journée.

L’heure est à l’op-ti-mi-sa-tion.

Ce n’est pourtant pas évident à Paris puisque les immeubles imposants et culminants prennent tout à eux. Et à leurs pieds, c’est aléatoire, le soleil n’irradie qu’un trottoir sur deux. Alors le peuple de Lutetia s’organise : il  rallonge son trajet pédestre pour bouder les rues ombragées où les rayons ne percent pas contrairement au vent encore frais, trouble-fête, briseur d’ambiance. Au contraire, les parisiens se ruent vers les rues ensoleillées, puisque c’est un bonheur de les fouler.

Mais exposer plus durablement sa truffe, entreprendre sa luminothérapie après des mois de froid et de nuit qui fissurent et font pâlir les visages, ça devient plus compliqué. Et ce n’est possible qu’en promiscuité.

Car la valeur sûre est bel et bien le rare petit carré d’herbe verte, méchamment pris d’assaut (Paris parc devance Paris plage). On y mesure l’ampleur et la durée de l’hiver à peine révolu : certains s’y avachissent et lézardent, d’autres y font l’étoile de mer sur un plaid, d’autres encore s’effeuillent déjà beaucoup, en lisant livres ou magazines, certaines parisiennes dont on devine les capacités d’anticipation, arborent même déjà le p’tit débardeur caché sous un pull le matin, en attendant de bientôt chausser les nu-pieds.

Et si le vert est rempli, on s’oriente vers le verre, en terrasse exposée s’il vous plaît, d’où l’on regarde le printemps envahir les humains ray-banés et les végétaux sous-représentés. On se stupéfait de voir les vélib’ qui fourmillent et se déchainent, à mesure qu’ils sont massivement libérés, pour le plus grand désespoir des bus.

On contemple la valse des piétons, distraits car flâneurs (« Attention ! Gaffe au vé … lib’ » : trop tard !). Les costumes s’éclaircissent, les cravates disparaissent, les tissus féminins raccourcissent ; au concours des jambes blanches, on ne sait qui couronner.

Comme je les comprends tous ces gens qui jouent à nouveau à l’extérieur.

Et je me joins à eux pour déclarer ouverte cette nouvelle cérémonie printanière, en refusant de penser à sa clôture.

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