Oeuvres vives, oeuvres mortes (I)

Si Jan se présentait à elle, c’est qu’il lui fallait se confronter à l’infini.

L’alpha et l’oméga, rien que ça, il en avait tant besoin.

Ses rendez-vous avec elle, tantôt bleue, tantôt verte, bientôt noire, étaient dans ces circonstances assez rares, mais d’ordinaire périodiques, tant il aimait lui rendre visite. Et qu’elle soit  basse ou haute, Jan s’en foutait éperdument, il évoluait d’ailleurs à l’identique, il  se persuadait de simplement vouloir venir à elle, voir son mouvement, contempler son privilège de toucher et de baiser le ciel là-bas au loin. Voyeuristes, les yeux de Jan faisaient le point pour voir cette copulation lointaine. Sa tête en faisait autant pour tutoyer l’horizon.

Mais il n’en ressortait rien.

Il insistait, la regardait, devinait sa profondeur.

Elle était présente depuis tant d’années, depuis l’éternité. Combien de marins avait-elle choisi d’emporter ? Pourquoi avait-elle parfois si violemment secoué la terre, dans ses furies passagères. De simples questions rhétoriques.

Elle, présente et prépondérante sur la Terre depuis toujours. Jan pensait d’ailleurs en cet instant que la planète Terre aurait dû s’appeler la planète Mer, en signe de déférence pour l’élément qui daigne laisser de la place aux cinq gros promontoires que les terriens (que Jan baptisait meriens dans ses pensées du moment) appellent continents.

Jan ne craignait pas sa grandeur, du moins lorsqu’il était à terre. Il la savait capricieuse et maîtresse, mais lui y voyait de la sagesse et du réconfort. Il savait d’ailleurs qu’outre son rôle ordinaire de guide permanent, il serait amené à la consulter sérieusement durant sa vie, pour lui demander ce qui doit être, ce qu’un être humain est et doit accomplir.

C’est que Jan n’en savait absolument rien, plus il avançait dans la vie, plus les choses lui échappaient, l’évidence devenait une notion de plus en plus floue, la tentative de maîtrise des choses était vaine, il le savait bien.

Ca faisait bien deux heures que Jan était là face à la mer, si bien qu’elle se déchainait à mesure qu’elle montait de niveau, comme si elle tentait de savoir le motif de la venue de cet étranger, venu troubler sa quiétude. On ne dérange pas la mer, en l’occurrence l’Océan, avec des regards inquiets et songeurs pour rester là comme ça, muet face à elle, à recouvrir ses pieds de sable pour ensuite le shooter au loin, et laisser le vent décider de son point de chute.

Là encore, la mer dominait. Sans doute abusait-elle de la faiblesse de ce jeune songeur, celui-là même qui se distinguait des autres fouleurs de sable, ce soir là.  Jan se sentait suffisamment merdique et vulnérable, qu’il était prêt à finalement s’en ouvrir à la grande bleue, qui devenait noire à mesure que le soleil se cachait derrière elle. De quoi créer un peu d’intimité.

Il décidait, face à ces vagues brutales, curieuses, voire exigeantes, d’enfin se dévêtir, de prendre ce bain de vérité, de boire la tasse, et de morfler. D’être ce rocher de chair et de sang sur lequel les vagues allaient se fracasser.

Car Jan partait de loin, cet être humain qui ne comprend rien à ses pairs, et parfois même à lui.

Ses démons avaient rendez-vous avec Poséidon.

[…]

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