Dos au mur

J’avais pris l’habitude de contempler un peu de neige dans mes cheveux. Mais du givre dans la barbe, c’est nouveau et ça interpelle. Le début de la fin ? La fin du début ?

Certes, le givre est très localisé et moi seul le vois. Mais il n’y a pas que ça : mon corps, mon allié historique, il ne répond plus comme avant, ne m’emmène plus aussi loin, aussi haut, aussi fort qu’auparavant. Non mais qu’est-ce qu’il lui prend ? Pourtant, je sais l’irriguer d’eau et de vin, tout ce qu’il faut pour être bien.

Des années de playground l’ont pourtant forgé : un corps encore bien affuté à 25 ans, de quoi me permettre de commencer alors le judo et d’acquérir, cherry on the cake, une jolie ceinture noire. 25 ans, la maturité physique est à son paroxysme (si je puis dire). Paraît-il ; je confirme volontiers. Au même âge, la maturité cardiaque est encore adolescente (si je puis encore dire), pour être optimale 10 ans plus tard alors que le corps, lui, n’est plus toujours au rendez-vous. Ce décalage me laisse penser qu’à 30 ans, c’est la force de l’âge (ratio physique/cœur).

Mon corps au rendez-vous ? Je dirais que c’est un ami pour (et sur) lequel je compte de moins en moins : difficile de fixer un rendez-vous avec lui, il est parfois poseur de lapin et quand il se pointe, il n’est pas souvent ponctuel.

De la ponctualité et de la spontanéité, mon corps en manque cruellement, surtout le matin. Pour atteindre la station debout, il me faudrait idéalement prendre le temps, allongé, de faire quelques étirements, de ramener lentement, jambes pliées, mes genoux sur la poitrine. De quoi stimuler le dos encore endormi et toujours bougon.

Oui, précisément, c’est le dos qui m’a trahit ; quand je parle de mon corps qui me quitte, c’est mon dos que je fustige.

Lui qui veut à présent profiter d’une retraite anticipée pour cause de pénibilité qu’il estime bien méritée tant il en a eu marre de s’arrondir, de se tasser lors de footings, de frapper le sol 100 fois par semaine. Je lui ai épargné ces chutes il y a déjà un an, mais il est toujours aussi récalcitrant. Peut-être même plus que lorsque je lui infligeais coups et distorsions. L’esprit de contraction de mon dos, un trait de caractère du verso ?

Je n’ai pas pour habitude de trop écouter mon corps ; je compte remettre mon dos à l’épreuve, en septembre. Le jiu-jitsu brésilien, où l’on en découd avec son adversaire essentiellement au sol, me plaisait bien. Mais face aux revendications syndicales et discales de mon dos (RTT, bien-être et compagnie) et à un emploi du temps particulier, ma motivation s’en est vite allée cette année.

A moins que j’expérimente l’escalade, histoire de confronter mon dos au mur, on verra bien. Le tout, avec parcimonie bien entendu, sans trop exagérer et sans abuser de l’économie d’énergie qu’il est nécessaire de respecter. Je veux retarder le plus possible le moment où je déclinerai la proposition de mes enfants de rivaliser physiquement avec eux. Eux qui s’affûtent tête et corps au fil des mois, des années.

Alors oui, mon dos est dos au mur, il n’a pas le choix : soit il obéit, soit je le traite violemment. De toute façon, je peux presque tout faire comme avant (moins loin, moins haut, moins fort, donc). C’est juste que je le paie physiquement toujours un peu plus, par des blocages et des brûlures. Je pense savoir le gérer. Les douches sont déjà de plus en plus chaudes, voire brûlantes sur les lombaires. J’y ajouterai des étirements réguliers, j’offrirai à mon dos tous les Spa que je lui dois.

Et puis ô consolation, l’âge avançant, d’autres maturités se révèlent. Celles qui donnent une pleine satisfaction : une maturité psychologique d’abord. Ca fait des années que je m’éprouve, m’apprends et me décode. Que je sais comment je réagis face à certains évènements ; que j’apprends à dompter ce qui me déprime, et à accueillir ce qui m’exalte, à ne pas bouder mon plaisir intellectuel.

Et ne pas bouder son plaisir physique aussi, à 35 ans, c’est pleinement possible. Car si le dos fournit le minimum syndical, un autre membre de l’équipe assure la relève. Après quelques années à le former, il est devenu attentif, compréhensif, fougueux, patient.

De quoi ne pas ménager le dos. Mais qu’il brûle ce dos, qu’il brûle, il sera au diapason. Et tant pis si je n’ai plus d’immunité lombalgique.

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