L’amour s’en va, l’affectio societatis reste

L’on peut penser que le temps est plus corrosif que de l’acide sur les relations amoureuses.

Ce qui m’a longtemps fait dire que le sentiment d’amour, l’authentique sentiment s’altère nécessairement, contrairement au sentiment d’amour voué à son enfant, lequel s’amplifie de façon exponentielle avant de s’arrêter net vers ses 16 ans, quand le p’tit con d’adolescent ne veux pas ôter ses écouteurs, alors qu’il est enfin, et après de nombreuses interpellations, passé à table.

Est-ce que je venais à table avec mon walkman auto-reverse moi ? Ben non.

Effectivement j’avais l’habitude de dire que les sentiments amoureux s’altéraient, d’expérience ou en contemplation. Je vous explique pourquoi.

Ne vous-êtes vous jamais demander pourquoi un couple qui n’avait de cesse de s’engueuler, de se rabaisser, de se parler avec une familiarité hors borne, et qui manifestement n’éprouvait plus rien pour l’autre, restait malgré tout ensemble ?

Et bien c’est souvent, à mon sens, parce qu’ils sont à la tête d’un empire (bicéphale donc) comptant éventuellement des enfants, un bien immobilier, un compte commun, et d’autres intérêts et considérations surtout matériels, le tout constituant un ensemble auquel ils ne veulent pas renoncer.

Ou simplement pour la représentation sociale.

Le couple d’amoureux passionné d’antant devient un couple d’associés. Ils sont animés par le souhait dans le cadre d’un accord explicite ou tacite, conscient ou inconscient (mieux vaut ne pas se poser de questions parfois) de continuer à avancer ensemble comme des partenaires dans la vie, la valeur ajoutée des sentiments réciproques, en moins.

Lorsqu’on constitue une société, on dit que les associés apportent, outre le capital, leur affectio societatis, comme la volonté de collaborer ensemble à la poursuite de leurs intérêts. Bon nombre de couples ayant perdu leur amour décident de se séparer. Il est vrai qu’à 40 ans, la vie amoureuse et sexuelle n’est pas finie.

Certains, qu’ils se l’avouent ou non, poursuivre leur relation en ne gardant que l’affectio societatis. Un peu d’affectio, beaucoup de societatis. Et ça dure ce que ça dure. Lorsque l’affectio societatis consiste majoritairement à élever les enfants pour ne pas les traumatiser par une séparation, je m’interroge sur ce qu’il reste au couple lorsqu’il atteint 45 ou 50 ans, quand le plus jeune des enfants quitte la maison familiale.

Qu’en pense t-il ces enfants de la collaboration des deux êtres qui forment leurs parents ?

Comment dès lors gérer ces moments, où le couple, les (ex?)parents se retrouvent dans le salon de ce foyer devenu trop grand, où les rires des enfants ne sont qu’un souvenir, et où il n’y a plus rien à partager. Ah si, il ya bien les engueulades. Je dirais même que pour certains couples, l’engueulade est la seule manifestation d’un sentiment fort, fût-ce la colère. Parfois, c’est un équilibre. Et ça se respecte tant que ça ne nuit à personne.

Plus rien à partager, donc, mis à part les courroux. Même pas le lit, car tout est prétexte à fuir le lit conjugal. Même pas un p’tit accord tacite pour les plans cul. Ou alors vraiment quand les deux ex-amoureux ont fait, ô coïncidence, un rêve érotique la même nuit : le corps veut se souvenir à quel point ça avait fait du bien.

En contemplation de ça, je veux me donner les moyens de refuser ce destin, enclin à adopter un plan permanent pour sauver le soldat « bien-être personnel » qui n’est pas alimenté exclusivement par la paternité, aussi singulière soit cette expérience. Un soldat sur le qui-vive, respectueux de sa conquête, d’un empire amoureux exempt de familiarité et de flemme de prouver des choses essentielles.

L’altération des sentiments a partiellement pour cause le repos des initiatives, le sentiment de terrain conquis.

Un empire dans lequel les enfants apprendront qu’ils ne sont pas 24/7 le centre du monde, et que les grands aussi ont droit à leurs moments de folies, de jeux (pas tous avouables), d’ivresse, d’immaturité, d’égoïsme, de gravité à gérer dans un soutien solidaire sans faille.

Un bien être appartenant à un couple qui n’oublie jamais sa raison d’être, et qui de façon incidente irradie les enfants. Ceux qu’ils ont eus ensemble, ceux qu’ils ont eus séparément.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s