Le Coup d’état, Paris 1er

Le Coup d’état, Paris 1er, Sandrine et Léa

Un thé pour Sandrine ; une Despérados Red pour Léa.

 –      Et cette photo là je l’adore !

–      Tu l’as déjà dit ça, Sandrine.

–      Je te saoule avec les photos de mon Matissou ?

–      Non, non, t’en as pas mal sur ton téléphone, c’est tout. Il est mignon ton bébé … sous tous les nombreux les angles où tu l’as pris. Pas trop chiant au fait  de prendre en photo ces p’tits trucs qui bougent tout le temps?

–      C’est vrai que de toute façon t’es pas trop branchée gamins toi.

–      Si, ça va, comme ça, vite fait, un peu quoi, « ils » m’ dérangent pas.

–      Tu sais, être maman, c’est merveiiiiilleux. Ces petits êtres qu’on met au monde, qu’on voit évoluer et grandir, c’est juste magique …

–      (pfff pourquoi j’ai accepté ce pot ? Ah oui, c’est vrai, la maman en puissance en face de moi, c’est juste mon amie de toujours, mon ancienne partenaire historique de beuverie et de chasse aux mecs).

–      Matisse a 2 mois et demi, mais ce petit être a déjà révolutionné ma vie, c’est incroyable comme ça te transforme la maternité, il est tout pour moi, je suis tout pour lui, j’adore cette fusion.

–      (putain, je l’ai perdue, v’là qu’elle compte « en demi » ; faut que je la réoriente un peu) : Et avec Gérald (m’y ferai jamais à ce prénom) … euh … ça va ? J’veux dire, comment ça se passe quand on passe de 2 à 3 ?

–      Oh la la, ma Léa chérie, c’est pas ma priorité Gérald.

–      Ah bon ?

–      J’ai tellement à faire avec Matisse ; quand il se repose, je me repose aussi et le soir je suis claquée. Et puis, je vis un moment de pureté, j’aime pas trop l’idée d’être touchée.

–      Euuurrrrrg ! Purée, tu m’as fait avaler de travers. Merde, j’ai de la Despé dans le nez. Me dis pas des trucs comme ça quand je mets une cacahuète dans la bouche, tu veux ?

–      C’est sûr que ne pas vouloir être touchée, c’est un concept qui doit te dépasser. Toujours avec tes deux mecs là ? ou trois je ne sais plus, c’est lequel qui est marié déjà ?

–      Il faut bien profiter non ? … et puis Ludo, il est marié mais un peu séparé de corps, il faut juste qu’il « règle deux trois trucs », enfin c’est ce qu’il me dit. D’ailleurs, y’a que Ludo, personne d’autre.

–      J’aime bien le « un peu séparé de corps ». C’est juste un plan cul ?

–      Un peu intriguée quand même la maman pas touchée hein … ? mais ça te manque pas toi, le sexe ?

–      Non, je vis très bien sans. Ca veut pas dire que j’aime pas Gérald, me fais pas dire ce que j’n’ai pas dit.

–      Excuse moi Sandrine mais t’as quand même dit : Gérald, c’est pas ma priorité.

–      C’est juste que ça reviendra entre Gérald et moi ; Matisse a plus besoin de moi que Gérald.

–       Je pense que j’ai pas qualité pour émettre un avis, donc c’est toi qui sais ; Quant à Ludo, c’est compliqué, car … bah c’est un mec … qu’est-ce qu’ils sont chiants les mecs : des créatures en forme de pierre mais en madeleine composite.  Ludo, il souffle le chaud et le froid, je peux avoir un texto tout mignon à 11 heures et un autre tout pourri 2 heures après. A se demander ce qu’il a bouffé entre temps. Mais, j’y trouve largement mon compte.

–      Tu l’aimes ?

–      Pfff …

–      Il a des ronds ?

–      Ouah, t’es cash toi ! On va encore dire que les filles sont vénales.

–      Cash, c’est le mot. Nan sérieusement, disons qu’un mec chiant et sans thunes, le problème est vite résolu. Super + pauvre ou chiant + riche, là c’est plus difficile à gérer.

–      Oui, ça va, il vit bien mais c’est pas le principal. En fait t’es vraiment vraiment cash toi.

–      Ca fait combien de temps que tu fréquentes ce Ludo, Léa ?

–      Hum, 3 ou 4 mois … peut-être 6.

–      Quoi ? 6 mois que t’es dans ce délire, mais t’attends quoi de cette relation ? je suis sûr qu’il te dit qu’il va quitter sa femme.

–      Mouais, il a vaguement évoqué ça, sa nana bosse comme une dingue depuis des mois, ils se sont perdus de vue ; je crois comprendre qu’elle est carriériste à mort, tu vois le truc …

–      Et tu le connais d’où ?

–      C’était à un concert, il était avec sa femme mais il n’arrêtait pas de se retourner  pour me regarder. Même quand il l’embrassait, il ouvrait les yeux pour me regarder. Un moment, sa nana se barre, elle va aux toilettes ou chercher des bières, peu importe, et il m’approche pour me demander si j’ai un stylo.

–      Un stylo ?

–      Ouais, un stylo. Alors je fouille dans mon sac à main, la honte j’ai failli faire tomber un tampon, et je lui tends le stylo. Puis, il me demande mon billet du concert, et je le vois noter un numéro de téléphone dessus en écrivant « comment tu peux me rendre fou sans même m’avoir parlé ? », puis il reprend place debout, juste devant moi et sa nana revient tranquillement. Je l’ai rappelé.

–      Ouah, le mec ! Tu m’l’avais pas dit ça la dernière fois.

–      Ben non, j’étais passée vite fait te voir après ta sortie de la maternité, tu dois pas t’en souvenir, tu me regardais même pas. Pauvre Gérald, il subit ça depuis des mois.

–      N’exagère pas non plus, Léa.

–      Toujours dans le délire bio au fait ? j’sais pourquoi je pense à ça.

–      Bah oui, on est responsable de nos enfants, on se doit de ne pas leur donner de cochonneries à manger, sinon, c’est un cercle vicieux, ils finissent devant les zouzous à un an, et c’est l’échec scolaire assuré à la fin.

–      (les zouzous ???) T’es pas que cash, t’es radicale aussi.

–      Tu verras un jour Léa, tu t’apercevras que tout est médecine, à commencer par l’alimentation.

–      Genre la Despé Red, t’en donnes pas à ton fils ?

–      Non mais t’es fo …

–      Ça va, ça va, j’déconnais Sandrine. Tu crois que toutes les femmes qui deviennent maman sont sérieuses comme toi ?

–      Tu trouves que je suis chiante ?

–      Non, c’est pas ça, c’est juste que j’ai pas Sandrine en face de moi, j’ai la maman de Matisse. C’est peut-être sympa de discuter avec d’autres mamans, mais pour tes amies qui ne le sont pas, elles ont d’autres conversations que l’allaitement, les trucs bio, les zozos …

–      Les zouzous pas les zozos !

–      Laisse tomber, c’est pas que je veux pas entrer dans ta bulle bisounours, c’est simplement que je me représente pas ce que c’est.

–      Parle-moi plutôt de ton plan cul alors.

–      C’est pas un plan cul …

–      Pardon, de ton plan sentimentalo-cul.

–      Bah, c’est bien, je kiffe ce mec, il a l’air vraiment bien, on passe du bon temps ensemble.

–      Et à minuit, pof, le carrosse se transforme en citrouille ?

–      Mouais, y’a d’ça. Avant minuit même. Mais ça me fait du bien, le problème est que je ne sais pas quand et comment lui demander de cesser de mener sa double vie. Et puis j’aime pas imaginer qu’il saute sa femme.

–      J’pense qu’elle aimerait pas imaginer qu’il te saute non plus.

–      Arrête, tu me fais culpabiliser … je crois que je vais laisser tomber ce plan malsain, c’est insoluble,  j’ai envie de vivre une jolie histoire, un truc à deux, juste deux, dans la confiance, l’honnêteté et tout. Le problème pour l’instant, c’est qu’au lit, bah c’est divin, c’est juste incroyable.

–      Ah ouais ?

–      Il me rend ouf !

–      On dit ouf pour une fille ?

–      Moi, je dis ouf pour une meuf, tu trouves ça chelou ?

–      Attends, je prends mon dico Français-Verlan et je te réponds.

–      Quand on est maman, on parle plus verlan non plus, tout se perd décidément.

–      Bon, il fait quoi pour te rendre « ouf » alors ?

–      Mais c’est qu’elle est au taquet la maman là, t’es bien curieuse. T’es certaine d’être dans une phase « pas touche » ?

–      …

–      Quoi, j’ai dit un truc bizarre ?

–      … nan … nan, pas du tout.

–      Ouh, ma chérie, tu vas passer à table, t’as un truc sur le cœur là.

–      Bah, c’est juste que … nan, y’a rien, laisse tomber.

–      Sandrine …

–      Bah, y’a ce gars au boulot depuis mon congé mat’ …

–      Putain, j’ai un haut-le-cœur.

–      C’est juste virtuel, on échange tous les jours, il me dit qu’il a hâte que je revienne, me fait livrer des fleurs, je suis obligé de dire à Gérald que c’est moi qui me les achète, c’est perturbant.

–      C’est quoi la teneur de vos échanges ?

–      C’était gentil au début, il prenait quelques nouvelles et je répondais innocemment, et puis ça a pris une autre tournure. Faut dire qu’il est beau gosse, que je ne suis pas insensible à son charme, et que j’ai que ça à foutre la journée quand Matisse dort.

–      Putain, fais gaffe Sandrine.

–      Je sais, je sais, je fais rien de mal.

–      A part que t’es une maman en puissance dont le mari n’est pas « la priorité » du moment.

–      A mon tour de culpabiliser, merci Léa.

–      Réfléchis à ce que tu veux, à ce que tu souhaites ou non générer. Tu as accouché y’a moins de trois mois, il paraît que c’est une période un peu bizarre pour les mamans.

–      Tu regardes aussi « les maternelles » ou quoi ?

–      Les quoi ?

–      Nan, rien …

–      Ce que je veux dire c’est que si y’a un coup de mou avec Gérald, ‘scuse, ça me fait marrer cette expression …

–      Bravo !

–      … si y’a du moins bien avec Gérald, c’est sûr que le premier beau gosse qui te dit que tu as des beaux yeux, que tu es jolie, épanouie, etc, alors que ton mari ne te l’a pas dit récemment, ben, il passe pour un type attachant. Mais fais gaffe à l’illusion. C’est plus facile d’être impressionnée par un type frais, sorti de nul part, que par le mec qui vit avec toi et qui ne peut pas être tout le temps au même niveau que celui qui n’a que ça à faire d’élaborer un plan illusion pour avoir ton cul. Tu comptes le voir ?

–      Bah il est passé à la maison mardi dernier, il avait un rendez-vous pro dans une boite près de chez moi.

–      Oh oh … virtuel tu disais.

–      On a pris un thé. Il m’a effleurée « accidentellement » plusieurs fois, ça me donnait des frissons, mais je te rassure, il ne s’est rien passé …

–      T’es une grande fille …

–      Au moment où il est parti, il m’a juste fait une bise un peu spéciale, j’ai senti sa bouche sur les commissures de mes lèvres, j’en tremblais presque. J’suis paumée, je reprends le boulot lundi en plus.

–       J’sais pas quoi te dire de plus Sandrine, réfléchis bien à ce qu’il est : une illusion en opposition à Gérald ? Ou un mec qui t’attire vraiment ? A moins que tu cherches juste un plan cul, après tout t’en parles pas mal.

–      Hum … … … … oh la la, c’est vraiment six heures moins vingt là ? Faut que j’aille chercher Matisse … dernier jour d’adaptation chez la nounou …

–      Sandrine … réfléchis bien.

–      Oui, Léa … et toi, résouds ton problème triangulaire … j’t’appelle bientôt pour te raconter la reprise du boulot. Bisous.

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