Quand on va à l’aéroport

Quand on va à l’aéroport, on se dit « c’est tout de même bizarre ces aéroports! ».

On y regrette la simple gare ferroviaire. C’est angoissant, en plus : c’est le lieu idéal pour qu’il arrive une merde, un truc, un machin, si bien qu’on ne peut jamais parier le moindre sous que l’on sera bel et bien assis dans l’avion une ou deux heures plus tard.

L’angoisse commence véritablement au moment de l’arrivée à l’aéroport : l’enregistrement est-il toujours ouvert ? Ca doit être dû à ma sale manie de prendre l’avion comme on chope un Vélib’, c’est-à-dire haletant et avec peu de considération pour la montre. L’angoisse se poursuit et atteint son paroxysme juste ensuite, au redoutable moment du passage des portiques de sécurité, pouvant remettre en cause le vol, pour soi du moins, pas pour les autres.

Mais puisqu’il est incontournable ce moment, alors j’y vais : j’ôte mon manteau, je vide mes poches (les pièces, ça sonne), j’enlève ma ceinture, je retiens mon pantalon d’une main pour ne pas qu’il dévoile ma raie, et j’attends le signal d’un homme en chemisette qui porte des gants de soie blancs : « C’est bon, allez-y ». Ni « bonjour », ni « Monsieur », tant qu’on n’a pas passé le portique, on est présumé terroriste.

Et là, dès que j’engage mon pas en direction du portique, mon cœur bat la chamade, le temps est long, très long, je vis cette scène au ralenti ; je saurai dans longtemps si j’ai fait sonné le machin, le verdict est pour dans quatre pas. D’autant que durant l’épreuve des portiques, j’ai conscience de ce qui se passe sur le côté, là, oui juste là. Là où un autre homme de genre chemisette et gants de soie blancs fait passer une IRM à mon bagage à main, qui n’est autre que mon bagage principal bien tassé, puisque je déteste l’attente du jeté de bagages sur tapis roulant, après avoir atterri.

Et pendant que je marche en direction du portique, ma longue angoisse se dédouble : faire sonner et me faire interpeller pour un truc louche dans mon sac. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai toujours la haute crainte qu’on trouve un flingue dans mon sac. C’est con, je n’en porte pourtant jamais.

A mesure que je semble atteindre le portique, mes cervicales s’emballent, regard en face, regard sur le côté, regard en face. Et en face, c’est l’agent impoli qui attend que je fasse sonner sa structure. Dès qu’il m’a vu au loin, ce sadique s’est dit que j’avais une tête à sonner, qu’il passerait un bon moment à m’humilier, à me faire enlever mes chaussures en espérant voir un trou dans une chaussette, à me demander de mettre mes bras en croix pour tâter la bête devant tous ces gens qui n’aimeraient pas être à ma place.

Et lorsque je regarde sur le côté, c’est le radiologue que je vois, en espérant qu’il ne trouve rien d’illicite dans mon sac, pendant l’IRM.

Plus qu’un pas pour le portique. Et hop, c’est fait et le bazar n’as pas sonné, hé hé dans ta face sale… Diiiing ! Et merde, c’est une machine vicieuse à retardement (achat préconisé à Air France par le sadique j’imagine). Et je vois le visage dudit sadique, mon authentique bourreau, s’illuminer. Il est aux anges, il est exaucé, il ne peut s’empêcher de rictusser puisqu’il va pouvoir faire le gars important dont ma vie dépend.

A sa demande aussi ferme qu’impolie, j’exécute un deuxième passage un peu moins lent que le premier (re-sonnerie). Puis un déchaussage avant une troisième tentative (re-re-sonnerie). Il n’a pas le choix, il est « contraint », de me demander de me mettre en position de délinquant qu’on doit fouiller.

Et c’est dans la position des bras en croix, que, sur le côté, je vois le radiologue froncer les sourcils au moment de l’IRM de mon bagage ; c’en est trop, je me sens crucifié.

Je pense à tout ce qu’il peut voir et je me dis que, ô putain, j’ai dû par mégarde mettre dans mon sac, un couteau de cuisine, une machette, ou un réchaud. Ou bien qu’il y a un problème avec ma trousse de toilettes, tout en réalisant qu’aucune trousse de toilette qui se présente au scanner n’a de secret pour le radiologue. Il sait la faire parler sur son propriétaire : si l’homme est davantage Mennen que Wilkinson ; si la femme est plus Tampax avec applicateur que  serviette hygiénique Always Ultra. Il saura également détecter une préférence entre les préservatifs Durex orgasmic «orgasme partagé » (c’est vrai que c’est mieux partagé non ? ) ou ceux de la marque Manix Endurance (A ces utilisateurs là : arrêtez de vous la péter un peu quand même ; vous voulez pas des capotes Iron Man non plus ?) .

Etant précisé que la présence d’un gel aphrodisiaque pourrait un temps lui faire penser à autre chose, au type de l’IRM. Mais ma trousse de toilette n’en contenait pas, il a donc bien pensé à moi.

Malgré la troisième sonnerie provoquée en trois passages, le sadique me laisse, le radiologue ayant fait signe du gant pour que je vienne à lui : Level 2 du jeu débloqué. Pendant ce temps, je repère ce couple qui me regarde avec des yeux de merlan frit, je semble être un des épisodes de leur série à suspens favorite. Je suis tenté de leur faire un bras d’honneur pour voir s’ils n’ont que le sentiment d’être au spectacle ou bien un s’ils ont peu conscience de la réalité de la scène.

Et dans cette scène, le collègue préposé au voyeurisme m’accueille donc. Sympathiquement : « Vous m’ouvrez vôt’ sac, s’il vous plaît ? ». Je me dis que si je dis non, même pour la déconne, je ne vais pas pouvoir m’asseoir tranquillement dans le fauteuil 20F, alors je réponds. « Oui bien sûr, et sinon je peux remettre mes chaussures ? ». « Ouvrez ça aussi » est sa réponse ; il désigne ma trousse de toilette, et je suis rassuré (bien que toujours en chaussettes) car je ne vois pas ce qu’il peut en extraire de maléfique pour l’avion.

Lui, il sait : son gant me tend un sirop pour la toux, entamé au quart, s’il bien qu’il en reste… trois quarts. Et trois quarts de 250 ml, ça ne passe pas ! « Vous avez une ordonnance avec ça ?… ». Répondant négativement, l’agent me dit que je ne peux pas emmener mon sirop en cabine. Sans doute s’imagine t’il que je suis un pharma-terroriste, et que je peux prendre en otage le pilote en criant « écartez vous ou bien j’lui mets une putain de goutte de sirop dans sa putain de bouche (un équivalent à une putain de balle dans une putain de tête, en somme). Et j’ai beau organiser immédiatement une quinte de toux sonore et pitoyable, pour m’attirer sa clémence, rien n’y fait.

Alors, puisque je n’ai d’autre choix que celui de dire adieu à mon flash de sirop, je m’en envoie une bonne rasade, façon cowboy de saloon fier, mais sans m’essuyer la bouche avec la manche de peur que mes lèvres démesurément sucrées restent accrochées au tissu.

Et maintenant que mon arme homéopathique est écartée, je suis libre d’évoluer dans l’aéroport (au passage, je propose de brûler les gens qui disent « aréoport »), et d’aller à la rencontre de ceux qui seront assis près de moi, dans l’avion.

Car mes voisins d’avion, je les repère toujours. Dès l’enregistrement .

[…]

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