Quand on va à l’aéroport (suite)

Car mes voisins d’avion, je les repère toujours. Dès l’enregistrement. J’ai le nez pour ces trucs là. Par exemple, récemment, en arrivant à l’aéroport, je me dirige comme ça, avec un mélange de nonchalance naturelle et de léger empressement de circonstance (un avion à prendre) vers la borne automatique pour éditer ma carte d’embarquement. Et là, il y a ce type qui vient de derrière moi, qui me bouscule car il court au point de presque perdre l’équilibre (à la méga-louche 120 kilos), et ne s’excuse même pas tant il est dans sa conversation téléphonique, ou tant il a l’impression d’avoir juste marché sur une chips ou tant il n’a qu’un objectif : squatter la seule borne libre, celle que je convoite du regard depuis 11 secondes (comptez, c’est une belle convoitise visuelle que celle qui dure 11 secondes).

Mais je ne dis rien, car non seulement je n’aime pas les esclandres (ni les machins de 120 kilos) et en plus je le plains puisqu’il dégouline de sueur, ce qui me laisse imaginer à quel point son trajet a dû être pénible et endurant. Et qu’il a hâte de se poser (pourvu qu’il n’empêche pas son avion d’en faire autant).

Cet énorme mec plein de sueur, dont la chemisette refuse de couvrir l’intégralité de sa bedaine, n’est autre que Monsieur 20E. Je serai quant à moi assis dans le fauteuil20 F. Mais, à ce moment précis, je ne le sais pas encore, je soupçonne simplement l’idée que je le recroiserai très bientôt.

(Une heure et demie plus tard, alors qu’il me baille en plein visage, j’éprouve le besoin de m’assurer de la présence du sac à vomi).

Puis je passe à autre chose car une borne se libère, et je suis stupéfait de voir qu’elle me demande si je porte des armes, et autres accessoires incontournables de la panoplie du terroriste. De quoi sourire de cette absurdité, du moins jusqu’au moment fatal de notre passage (mon sac et moi) à travers les portiques de sécurité. Trouver une mitraillette dans mon propre sac ne me paraît plus si absurde, tellement ce moment d’angoisse me fait délirer.

Et, outre le délire de l’absurde et la gêne de me retrouver les bras en croix et en chaussettes, il y a aussi l’énervement qui s’installe, à l’égard de ce couple de vieux qui me regarde comme si j’étais un zéro de série TV. Je leur jette un sale regard et tente de ne pas leur envoyer un « vous voulez ma photo ? ». Car, d’une part, en 2011, ça ne se dit plus. Et, d’autre part, je ne souhaite pas attirer davantage l’attention sur moi puisque je suis déjà interpellé pour ouvrir mon sac, a priori litigieux, gisant sur le tapis roulant de l’IRM. De toute façon, je les reverrai bientôt les vieux schnock, puisqu’il s’agit de Madame 21 E et Monsieur21 F qui seront assis juste derrière moi. Mais, à ce moment précis, je ne le sais pas encore, je soupçonne simplement l’idée que je les recroiserai très bientôt.

(Une heure et demie plus tard, Monsieur F aura l’honneur, à chacun de ses croisements de jambes, de botter le cul du siège 20 F dans lequel j’aurais posé mon propre séant ; quant à Madame E, elle poussera des cris d’orfraie à chaque fois que l’avion perdra 10 centimètres d’altitude. Entre temps, elle saura s’occuper à se plaindre de choses futiles comme la qualité du sandwich, les poils de nez de Monsieur F, ou le maquillage de l’hôtesse).

Puis, étant donné que l’affichage enjoint un « Go to Gate », je Gotougaite mais via les toilettes. Avant même d’y entrer dans les toilettes, j’entends une rumeur, que dis-je une rumeur : brouhaha. Ce n’est pourtant que cette maman au fort accent parisien qui tente de faire faire pipi à son garçon. Je souhaite au garçon d’être sourd ; s’il ne l’est pas encore, il va vite le devenir. Elle gueule, qu’est-ce qu’elle gueule !

Je pisse rapidement en réaction aux nombreux « Dépêche-toi » que j’entends, et que je prends un peu pour moi aussi. Je me lave les mains et m’empresse de les passer dans le sèche-mains Dyson Airblade, celui où on met les deux mains en même temps pour les sécher en 10 secondes. D’habitude je fais une deuxième tour d’Airblade mais là, je dois y renoncer car la folle interpelle maintenant sa fille aînée qui se situe visiblement dans les toilettes des dames. Maman T-Rex s’assure qu’elle « s’est bien essuyé la foufoune », lui demande de se dépêcher, lui demande aussi où est son père « qui devrait déjà être revenu du Relay car ça prend pas dix piges non plus de trouver un magazine ».

En somme, cette parisienne est elle-même, chez elle : classe et détendue. Et je me sens comme un intrus, alors je n’obéis qu’à une consigne : Go to gate.

De toute façon, je la reverrai bientôt l’hystérique puisqu’il s’agit de Madame 19 E. Elle et son mari Monsieur19 Fseront assis juste devant  moi. Mais, à ce moment précis, je ne le sais pas encore, je soupçonne simplement l’idée que je la recroiserai très bientôt.

(Deux heures plus tard, je saurai de la trop grande bouche de Madame 19 E dont la force du son vénéneux ne pourra que violer mes oreilles, que si son mari Monsieur 19 F ne l’avait pas trompée il y a 7 ans, avec cette pétasse de nageuse, elle aurait eu moins d’angoisses et de complexes tout en se satisfaisant de ne pas être aussi grosse qu’Aurélie, sa collègue de bureau qui en plus fait de l’eczéma au point de refuser de faire l’amour avec son mari, et que ce n’est pas comme ça qu’elle arrivera à faire un deuxième bébé, alors que, Florence, la chaudasse de la comptabilité qui soit dit en passant suce son Directeur (il ne peut en être autrement), s’est retrouvée enceinte au bout de 6 semaines d’arrêt de la pilule, ce qui est scandaleux, et qu’enfin, Monsieur 19 F pourrait se bouger le cul pour contacter une agence immobilière pour faire estimer leur appartement sis dans le 3ème arrondissement, et qu’enfin encore, il est hors de question d’habiter en banlieue, même une maison, car la banlieue, c’est pour les beaufs, et que Madame 19 E apprécie au contraire de pouvoir vivre à Paris, avec des gens évolués qui DONC lui ressemblent et qu’en plus, en plus, en plus c’est pratique pour faire garder les gamins par les grands-parents, ces derniers habitant à deux pas de chez eux).

J’ai du vomir à ce moment là.

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