Le ballet d’un troquet du Touquet

Un philanthrope en fait trop, file trop vite dans le bistrot, trébuche vers le comptoir, pour écouter et boire, entre deux Ricard, les paroles du soir, les maux des potos. Il en convient puisqu’il les aime bien ces amis d’anis, qu’il serait divin d’être enfin riche, de gagner le loto pour oublier notre lot, la croix sur le paletot.

Une sentimentalophile, au goût d’une menthe à l’eau, se jette sans filet dans des souvenirs tout chauds. Elle rêve d’un funambule léger comme une plume fumant son fil jusqu’à la lune, il est fier et revêche, ne tend pas la perche, ne salue même pas ce fildefériste un peu trop fantaisiste, jouant les équilibristes sur un élastique tendu comme une trique perdue.

Deux jardiniers se radinent pour le jars au dîner, posent leurs grands gants verts qui sont que poussière, par paire, par terre. Installés, raffinés, les deux amoureux sont pressés, aimeraient que ça dépote, ils élaguent la carte, restent sur le jars puis après une tarte. Au-dessus de leurs tête, un crade écran carré, ils y jettent un œil pour avoir des news, sortir de ce blues, ils attendent la dépêche qui leur donnera la pêche, eux les gens tête-bêche : feront-ils bientôt leur plus belle bouture, verront-ils bientôt leur progéniture ?

Il est déjà tard, l’heure de se dire au revoir pour ces pêcheurs qui lentement se hâtent pour retrouver bobonne, que sa soupe est bonne. Ils se serrent la pince ou bien le crochet, puis dans l’allégresse parlent un peu de fesses. Les tabourets laissés sentent désormais le rouget et sentiront le colin jusqu’au petit matin. Toujours amarrés les héros de l’amer Picon bière ne prennent pas la mer. Leurs grandes gueules font l’éloge des loches, des cloches, des baloches, parlent d’harengs et de houle, comme pour finir d’haranguer la foule.

Face à son thé, l’ecclésiastique est d’équerre : sa vieille sciatique, l’éternelle guerre. Il astique son acoustique, purifie le conduit auditif de tous ces mots peu catholiques, grâce à son auriculaire mécanique, puis contemple fièrement au bout de son doigt, cette petite chose ce petit amas, cette substance vraiment cireuse que fabriquent les abeilles besogneuses.

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