Playmobil, c’est fini les histoires

J’ai la rage, je ne peux plus.

Car à mon âge, il n’est plus question de jouer avec ces petites choses-là. Moi qui adorais leur clipper des capes, des chapeaux, leur faire tenir des épées, des seaux d’eau sans eau, leur chausser des sabots à leurs pieds mono orteil. Les faire parler, bouger leurs bras sans coude, les faire rentrer dans un saloon, dans des maisons de ville ou de campagne faites en clipos ou en légos, dans des piscines de fortune, dans des ranches où le cheval s’ennuyait tant qu’il broutait sans cesse la moquette. Un jour une vache est arrivée, ça n’a pas marché. Le cheval pétri d’ennui a continué de brouter. J’ai eu la délicatesse de lui offrir une nouvelle moquette.

Les faire aller sur des chevaux, donc, enfin sur le cheval, qui ne pouvait décemment pas faire que brouter, les faire conduire des voitures, des motos, devenir potes avec des G.I. Joe, bizuter les bidibules engoncés, les faire regarder une Barbie passer suivie d’un Ken excité.

Les immerger dans la baignoire, les oublier dans les poches du pantalon destiné aux 800 tours minutes de la machine à laver.

J’ai la rage, je ne peux plus.

Non pas que je regrette le scalpage des petits bonshommes allemands, cette opération ayant longtemps ruiné le bout de mes doigts à en faire pâlir les guitaristes les plus avertis. Mais je fais pas de guitare, c’est juste que, petit j’épluchais des Playmobil.

Certains résistaient d’ailleurs : ils semblaient davantage s’accrocher à leurs cheveux que leurs cheveux à eux.

J’ai la rage, je ne peux plus. Je ne peux même pas profiter des nouvelles fonctionnalités des Playmobil 2.0, 3.0, etc. Même qu’ils ont les mains qui tournent à l’envie, leurs pieds demeurant figés. Même qu’ils ont des chaussures, des bottes intégrées. Je ne peux pas non plus m’éclater avec ces grands décors, ceux que je n’ai jamais eus.

Je ne peux pas car l’héritier n’aime pas ça.

Je ne peux pas car l’héritier n’aime pas ça.

Je ne peux pas car l’héritier n’aime pas ça.

Je ne peux pas car l’héritier n’aime pas les Playmobil.

Quelle hérésie !

J’ai pourtant essayé. A chaque passage dans un magasin de jouets, lors de mon pèlerinage au rayon Playmobil, je l’attire presque de force dans cet endroit merveilleux, tout bleu, qui fait pleurer les yeux.

Et un jour, j’ai mis le paquet, je l’ai emmené au Playmobil FunPark. Enfin, je nous y ai emmenés. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Cet endroit à la devanture en forme de château-fort (celui que je n’ai jamais eu !!!) m’apparaissait grandeur pas tout-à-fait nature, pour finir de me convaincre d’entrer pour fouler ces 2 000 mètres carrés de folie. A l’intérieur, la caverne, j’étais baba. J’étais au pays de merveilles. Comparée à moi, Alice est au pays de Montfermeil. Des petits bonshommes partout, de toutes les couleurs, de tous les genres (enfin deux), de tous les univers, de toutes les époques, de toutes les tailles. Il y avait quelques Playmobil d’environ deux mètres qui faisaient office de vigiles. On ose se faire prendre en photo à leurs côtés comme si on était entre deux stars sur Hollywood Boulevard mais on ne les taquine pas, ceux-là. Hors de question de leur enlever les cheveux.

Bien entendu, tout le reste de la  promenade est une intense émotion intérieure qui n’a d’égale que sa retenue. On ne peut décemment pas se laisser aller à faire comme les autres papas tous allongés sur le ventre pour faire rouler un camion de pompiers ou aligner une cavalerie. Ma frustration est là. Elle n’a quant à elle d’égale que la nonchalance de l’héritier.

J’ai la rage, je ne peux plus.

Lui signaler les avancées de la collection Playmobil depuis mon enfance ne produit aucun effet sur lui. Les personnages historiques amérindiens et les ouvriers de chantier, l’arrivée du cow-boy puis du chien, puis des pirates. Tous ces décors avec lesquels je n’ai jamais joué : les stations-services, les châteaux-forts, les piscines, des fermes, des vaisseaux futuristes, un deuxième cheval.

Moi qui taquinerais bien la pyramide, l’immense bateau pirate, le serpent de mer à trois têtes et le squelette de baleine mais aussi et le grand hôtel, sa boutique, sa suite de luxe. Non, rien n’y fait. L’héritier n’est pas playmobilophile, il préfère les Beyblade et c’est là son plus gros défaut. Je saurai lui dire et lui redire à cet enfant. D’ailleurs, sur le moment, j’ai envie de lui ôter les cheveux !

J’ai la rage pour ça. J’ai la rage aussi car le début d’entame d’amorce de commencement d’intérêt pour les petits bonshommes germains surgit au pire moment. Celui du passage par un chemin unique, pour sortir du Playmobil FunPark,  qui échoue comme de par non hasard dans la boutique. Non, dans LA boutique. Je considère rapidement le lien quasi systématique entre le désir d’un jouet pour un enfant et le fait qu’il n’est pas gratuit. Et je me dis que non, au grand non, il n’y a aucun lien bien entendu. Du moins je m’en persuade. Il n’en reste pas moins que je n’ai pas joué, ni rien transmis à l’héritier. Il voulait un train, il a eu ma vengeance.

Car c’est bel et bien un cheval que je me suis offert. Quitte à brouter d’ennui ces prochaines années, autant être accompagné.

 

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