De l’air pour un dernier soupir

De l’air, ne plus jamais toucher notre terre,

Et puis des courants d’air, de chauds courants de mer,

Oublier la meute et les servitudes,

Revivre les étés depuis lors enterrés,

Le soleil qui basane, qui rend tout doré,

La ferme et le lait, les chemins toujours sûrs,

De l’iode, du bleu puis du vert, et jamais de murs,

Les douces soirées, leurs crépuscules sans fin,

Les grands qui s’enivrent, tout le monde rit bien,

Le vélo bien trop haut, les genoux esquintés,

La frousse d’emprunter quelques chemins secrets,

Une ligne dans la forêt d’une presqu’île,

On s’en foutait pas mal des choses futiles,

Nous les gamins, nous étions riches de presque rien,

Dans l’obscurité de l’été, juste être bien,

Des chouettes trop ponctuelles affolent,

Moins gaillards dans la nuit, nous tentons gaudrioles,

Des carabistouilles, des polissonneries,

Les vers luisants luisent, les étoiles brillent,

Les voisines passent et les corps frétillent,

Sur ces pensées bizarres, s’endormir très tard,

Demain tout recommencera, mois d’août fêtard,

Des mûres arrachées des ronces aiguisées,

Elles seront « madeleines » pour l’éternité,

L’odeur des confitures que l’on sent là cuire,

Quand la vie sera terne, bien s’en souvenir,

De ces confiseries qui mettent en émoi,

Au délicieux goût de grande cuillère en bois,

Il faudra passer par des choses compliquées,

Toutes les vieilles grands-mères à embrasser,

La vaisselle à la main qui casse les pieds,

Voir d’odieuses huîtres aux repas là passer,

Mais mes très chers, toute cela est vite oublié,

Vingt ans avant deux mille, que de la liberté,

 

Et puis dîtes moi donc, il y a l’horizon,

Celui, marin, qui nous évade des prisons,

Qui donne envie de mourir demain, aujourd’hui,

En repensant à cette enfance douce,

Lorsque pour cette dernière fois l’on glousse,

A ces pots de confitures pièges à guêpes,

A ces jours de pluie, dans la tente les crêpes,

A ces étés, où nous étions émancipés,

A ces simplicités qui vivent dans ma vie,

Partir, mourir une nuit sans les avoir trahies.

 

 

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