Quand on va à la station-service

Quand on va à la station-service on sait qu’on est sur le territoire du mâle ! Il convient de savoir deux choses fondamentales avant d’aller sur la piste aux pompes : la nature du carburant qui régale le plus votre carrosse. Et l’emplacement de son réservoir. L’homme, lui, il sait. La femme l’a su mais se pose chaque fois la question. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est mon pompiste. Je n’adhère pas à cet horrible cliché : les femmes ne se posent pas la question à chaque fois quand même, c’est un peu exagéré.

Placement sur la piste

Une fois cette équation à deux inconnues résolue (carburant/réservoir), le placement sur la piste devrait se passer aisément. Vous trouvez la pompe qui convient, elle sert du Sans-Plomb 98 (vous c’est du 95 mais 98 vous rappelle de meilleurs souvenirs footballistiques : votre fagnon en témoigne).

Vous êtes garés, vous mettez un pied sur la piste, vous décrochez le pistolet, vous ne voyez rien venir, vous interrogez la pompe du regard, elle vous répond « hors service ». Vous remontez dans votre voiture, prêt à manœuvrer pour atteindre la place d’à côté (Pourquoi les voitures ne roulent pas latéralement parfois ? vous dîtes-vous !) mais une autre voiture arrive et stoppe net comme une Formule 1 au stand… et vous êtes dégoûtés.

Vous attendez, et vous replacez enfin. Vous décrochez le pistolet, rien ne vient. Vous interrogeriez volontiers le pompiste du regard, mais il vient de passer en courant derrière la boutique, avec une clé à la main. Il n’a qu’une minute trente pour commettre son œuvre afin de ne pas subir un P.S.P. (« parti sans payer »), ça serait un échec. Ca ne lui est arrivé que deux fois en dix-neuf ans, il n’en est pas peu fier.

Vous l’attendez… il repasse enfin, plus léger, le long de sa boutique deux minutes onze après son aller. Vous lui adresser un « S’il vous plait ? ». Il renvoie un gentil « Vous voyez bien qu’faut raccrocher !». Vous raccrochez, vous décrochez à nouveau, toujours rien. Le pompiste qui a regagné son comptoir vous fait des signes un peu agressifs silhouettant approximativement un raccrochage de pistolet. Vous sentez qu’il vous traite de con au passage mais vous ne relevez pas. La troisième tentative est la bonne… Ca coule… Pendant ce temps, vous vous demandez s’il conviendra de lui dire bonjour à ce pompiste en allant lui régler l’exorbitante note d’essence. Ou si vos échanges par signes incluaient déjà un bonjour.

Placement sur la piste version hard core : la sortie du prédécesseur

A t’on raison de ne pas avancer sa voiture lorsqu’on va payer ? On sait bien que ça ne sert à rien étant donné que le successeur ne pourra pas s’approvisionner avant que son prédécesseur ait payé. Ça suit, lecteur ? Et puis ça trouble le caissier.

Le vrai souci, c’est celui qui laisse sa voiture sur place, après avoir payé. Il voit deux voitures impatientes qui attendent la place mais n’en fait rien. Il choisit au contraire de délicatement nettoyer son pare-brise. Il sort du local administratif donc, après le règlement, s’assied à la place du conducteur (putain de feinte de corps !), dépose son baise-en-ville dans les bras de maman, sagement assise sur le siège passager, ceinture toujours attachée et serrée comme par un tendeur sandow (à taper sur Google images pour faire un voyage dans le temps) et qui n’a pas moufeté. Il a déposé son baise-en-ville (oui seules les personnes détentrices de ces horribles choses font ça) et sort de sa voiture, fait dix mètres dans un sens, dix mètres dans l’autre avec un seau à la main et le dépose devant sa voiture, il relève ses manches de chemise à carreaux (baise en ville = chemise à carreaux ; mais chemise à carreaux ≠ systématiquement baise en ville, cf. les bucherons). Il est lent, si lent, si ap-pli-qué qu’on a l’impression que le type repasse à la vapeur chaque pli impeccable qu’il créé pour  raccourcir sa longueur de manche. En attendant et malgré la diversion créée par cette scène curieuse, on se dit que le petit monsieur exagère. Il n’est pas supposé ignorer la file d’attente qui se constitue derrière sa voiture dont, soit dit en passant, la crasse du pare-brise n’est pas le problème majeur. Une Citroën XM tout de même. Onze exemplaires vendus entre 1989 et 2000 dont une pour le Président de la République. Pourtant, notre ami qui nous pompe l’air s’entête de l’idée de laver le pare-brise. Il retire ses lunettes, les considère, retourne dans sa voiture pour que maman lui tende une chiffonnette et astique le double foyer, rechausse sa monture, jette un œil vers la voiture derrière, envoie un sourire pincé sans réaliser qu’il emmerde le monde. Il prend le manche de l’éponge et s’applique à nettoyer le pare-brise avec le soin d’un écolier qui efface la craie sur un tableau en ardoise, en passant l’éponge. L’éponge : le type est en pleine béatitude, en écrasant la mousse sur le carreau qui libère de l’eau (sans savon et même bien dégeulasse) mais ce qu’il préfère c’est la raclette. Il en fermerait presque les yeux tant son plaisir est divin. Il racle… refait un peu d’éponge pour le bonheur de racler à nouveau… A gauche, à droite les voitures arrivent, se servent et repartent, mais on ne peut pas manœuvrer, coincés, condamnés à voir pépé qui attaque la lunette arrière. On coupe le contact et on se dit qu’on fera le plein pour ne pas être prêt d’y revenir dans cette putain de station-service.

Tenue

Vous contemplez la piste qui se remplit tout doucement et réalisez que la station-service, c’est l’anti tenue correcte exigée. Il faudrait y aller en cote, comme les mécanos du garage. Si vous allez en soirée, préférez vous acquitter de la mission station-service avant de vous mettre sur votre 51 (c’est comme le 31 mais indicé sur le prix du carburant). Car le pistolet de la pompe, ça se gère plus ou moins bien. Bien entendu, il vous est arrivé, comme ce con sur la gauche, de venir à la station service avec des chaussures en daim achetées la veille. Bad idea ! La station service c’est un combat de pompes, celles que vous portez perdront toujours face à celles qui servent d’écrin aux pistolets. Il faut dire que des petits malins font des expériences très dangereuses : continuer à remplir le réservoir après le clic du pistolet, signe pourtant (sonore et tactile) qu’il conviendrait de cesser de remplir ledit réservoir. Néanmoins, le con sur la gauche avec ses belles chaussures en daim, il joue au con le con, il est vraiment très con…et le drame arrive, la voiture régurgite le gavage, si bien que les chaussures du con (vous ai-je dit qu’il est con ?) sont niquées. Et même qu’il a un peu d’essence sur le bas du pantalon à pinces. Il s’aperçoit également que le tuyau a maculé sa veste beige (putain : beige !!! Une couleur qui va bien aux cons).

Le SPA (soin pour automobiles)

Un autre spectacle est récréatif : la jouissance partagée des voitures et de leurs propriétaires qui s’occupent d’elles. Les premières aiment recevoir, les seconds aiment donner à l’envie. La même application, le même soin, la même délicatesse, la même précaution, le même zèle accordés à leur tâche, transposés aux travaux ménagers, feraient d’eux des fées du logis hors normes. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est leurs femmes.

Ils revêtent leur plus beau survêtement, un Sergio Tacchini vert vintage, généralement. Sauf qu’en le survêt’ est plutôt d’époque que vintage. Ils quittent leur domicile, le samedi après-midi ou le dimanche matin après Téléfoot, en salivant d’avance ces deux prochaines heures, notamment à aspirer les moindres recoins de l’auto (Elle-fait-chier-maman-avec-ses-miettes-de-pain), à astiquer le plastique du tableau de bord comme s’il était en merisier véritable. Ça shampouine, ça lustre, ça collerait la trique dans le survêt’. Qu’il est bon ce moment, la voiture se sent bien, elle sent bon, une cure de jouvence qui revigore tout le monde. Vient le moment des rouleaux dont on n’a toujours pas résolu le problème de savoir si ça abîme ou non la carrosserie. Ça fait trente ans que ça dure… Monsieur Propre a pris un lavage n°5, le « + mieux », celui qui dure douze minutes, et finit par le dépôt d’un lubrifiant. Douze minutes de bonheur pour le propriétaire qui se ravit d’une telle féérie, il est immobile, contemplatif, songeur (pense t’il à un clip mousseux de Snoop Dog ?) et ignore qu’il est comme tout le monde : un con debout avec une antenne à la main !

Il finit par le gonflage, important de ne pas manquer d’air ! Il aide une femme. Elle a garé sa voiture sur le câble qui délivre de l’air, ça marche beaucoup moins bien. Quelle courtoisie ! Ou angoisse d’y passer des heures. Il est fier de dire à son apprentie gonflante que la pression de gonflage se situe à l’intérieur de la porte conducteur : « 2,3 à l’avant et 2,0 à l’arrière !». Il s’occupe de sa pression en attendant celle qui sera prise au rade sur le chemin du retour, tout en contemplant sa voiture garée, scintillante. L’apprentie, elle, elle met des gants au cas où regarder une pression de pneus serait salissant.

La boutique

A peine le seuil de la boutique franchi, vous entendez « La 6 !!». Le pompiste à réglé la question du bonjour. « Par carte ? », vous répondez par l’affirmative. « C’est bon pour le code ! ». Sauf qu’à ce moment, vous vous décidez à prendre un paquet de chewing-gum. Et ça, ça l’emmerde profondément. Vous l’interrogez sur les essuie-glaces, et ça l’emmerde encore pire car la piste se remplit (il a bien fait d’aller au cagibi avant). Vous le voyez un peu en stress, une autre personne entre dans la boutique, vous faites un tour, considérez les sandwiches triangles, les sapins désodorisants… quatre personnes dans la boutique, votre voiture qui bloque une pompe (sans gêner personne, vous n’êtes pas odieux non plus), votre transaction toujours en cours sur son écran d’encaissement… vous savourez… Mais vous aimeriez compliquer les choses…. Alors vous lui demandez : « dîtes moi, je peux vous emprunter la clé des toilettes ? ».

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