Chère Lutetia

Chère Lutetia.

Alors comme ça, encore une fois, vous retournez dans ce coma. Je n’aime toujours pas ça. Et si à chaque fois, je constate qu’il ne vous abîme pas, que vous reprenez au printemps vos couleurs, je ne m’y fais pas, voici l’aboyeur.

Combien de temps cet hiver, cesserez-vous de vous agiter ? L’hiver, c’est l’envers d’une vie, c’est l’enfer blanc sans mélodie, vous le savez bien, chérie. Je préfère de loin lorsque votre cœur sacré triomphe de tout ce froid dont vous êtes capable, de toute cette nuit qui fige et tue parfois. Qu’est-ce qui vous prend une fois par an de succomber à ce glacial sommeil ? C’est une incommodante habitude que vous avez de vous endormir, de cesser de frémir, de sombrer, de m’entraîner dans cette chute de rien, de neige, dans vos catacombes où ça sent la tombe.

Chère amie, ma Paname, ne vous en étonnez pas, je le fais à chaque fois. Ne vous en stupéfiez pas, ma rancœur est encore là. Et cette langueur qui laisse hagard, ce froid giflant dans les gares, le venteux silence de vos rues, les terrasses sans espoir redevenues trottoirs, la grisaille de vos cieux, les bancs qui piquent le derrière, les squares sans possibilité de choir, la pâleur de ma peau, les jours sans lumière, vos nuits comme éternelles, pardon Madame, mais vous n’êtes pas toujours belle.

Comme d’habitude votre assoupissement et notre engourdissement sont ponctuels. Je n’en dis pas autant de vos réveils, lorsque vous êtes rayonnante, irradiante, désirable dans toutes vos voies, vos quais, vos berges. En attendant, je suis à la rue, les vôtres ne sont plus ces veines agitées par les flux.

Tant pis pour les scintillements de la Seine, très chère, vous offrirez ceux de la Dame de fer. Maigre consolation, anorexique réconfort, vous n’avez pas raison de me causer du tort. Il me faudra m’extraire de ça, de cette débandade, en repensant à vous, fleurie, lorsque votre jardin reverdit, que je vous foule à l’envie.

Mais puisque l’hiver a le droit de cité, sur vos îlots, dans vos quartiers, je ne vous humerai plus, durant dix mille heures indues, en attendant l’éblouissement et vos sourires, le goût exacerbé de la vie, vos effluves de douceur, en patientant, puisque vous êtes déjà un peu partie, vous l’avez choisi.

Sachez que certaines de vos sœurs et cousines méditerranéennes m’appellent. Elles crânent et jouent les caribéennes. Certes elles sont moins vertueuses mais elles m’ensorcellent.

Vous n’y verrez pas d’inconvénient, chère Madame, mais mon âme elles suscitent. Je leur rendrai visite.

Votre parisien.

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