Lettre à Sir Eddy Mitchell

Cher Eddy,
Cher Eddy,
Cher Claude.

Je ne sais pas pourquoi me vient soudainement cette réflexion, cette angoisse, mais je crois qu’il ne faudrait jamais que vous ne partiez. Sans doute est-ce dû à ces écoutes homéopathiques auxquels je m’adonne parfois de votre répertoire. Homéopathique non pas parce que je ne supporterais votre voix qu’à faible posologie, non, homéopathique parce que j’aime bien quand vous arrivez dans les oreilles sans prévenir. Ce qui est loin, loin, loin d’être le cas de tout le monde.

A l’occasion d’une de ces écoutes inopinées, ou de votre récente activité sur les planches, je ne sais plus bien, j’ai eu cette révélation : Eddy a toujours été là. J’ai toujours connu Eddy, depuis gamin notamment lorsque la Renault douze familiale m’emmenait sur la route de Sarzeau, sise sur la magnifique presqu’île de Rhuys, en Floride française c’est-à-dire en Bretagne. Le Tennessee embaumait l’habitacle. Je ne suis pas d’humeur à figurer davantage le style, le vôtre en supplantant tant d’autres. Monsieur Moine, à l’occasion de cette récente pensée trop noire et qui met le moral dans les chaussettes, je me suis demandé ce qu’il y avait chez vous qui m’avait toujours attiré de la sympathie, et il faut bien l’avouer une forme d’admiration. Je crois avoir identifié ce quelque chose, je peux même le qualifier : la classe.

Et même s’il semble bien que vous situiez vos préférences, dans beaucoup de genres, du côté des États-Unis si j’en crois vos thèmes et champs lexicaux, ou encore vos affections cinématographiques, je suis au regret de vous annoncer, Monsieur Eddy que vous êtes pour moi British. Des bagouzes aux doigts, l’art d’apprécier le whisky, ça peut donner n’importe quoi. Chez vous, cela donne une représentation de l’homme, du père, du patriarche, du cowboy, de l’homme sain qui ne s’encombre pas d’artifices dans sa galaxie. Vous êtes Wayne, vous êtes aussi Gabin, et si je n’avais pas déjà un aimant père, j’aimerais que vous soyez le mien.

Nous sifflerions du Single Malt, on éviterait la menthe à l’eau, nous discuterions des heures de Cadillac, de route 66, de cinéma, vous êtes ce français qui parle d’Amérique avec la délicatesse d’un anglais qui n’a pas oublié d’être viril. Nous discuterions de tout cela mais surtout pas de chaussettes. Je déteste les chaussettes. Il peut vous sembler chaud cet aveu mais vous représentez davantage le costume que les chaussettes, fussent-elles noires. Eddy, vous prônez l’Amérique, mais c’est donc un British que je vois en vous. Oui, nous discuterions des heures en regardant un clair de lune, vous vous remémoriez à voix haute ces trente années, comme autant qui nous séparent, que vous avez connues et moi non. Il y serait question du temps de l’insouciance sur fond sonore de ces vinyles improbables aux notes et rythmes dans lesquels vous aimeriez vous complaire. Ces sons anachroniques feraient la nique à ces nouveaux bruits supersoniques qui embourdonnent les oreilles. Votre voix chaude, juste, jamais défaillante malgré les assauts d’un whisky dont vous m’autorisez je l’espère à situer son élaboration en Ecosse raffinée plutôt qu’au pays du whiskey, me promènerait comme le font les voix des conteurs qui vous emmènent loin.

Sans doute évoquerions-nous, ou plutôt évoquerais-je votre sincérité évidente, perceptible dès gamin durant ces commencements de mardi soir, où vous lanciez de trois-quarts dos à l’écran le film de la dernière séance à mesure je tentais ma dernière chance de ne pas répondre à cette odieuse injonction « au lit ! ».

Voyez cher Eddy qu’au-delà de l’artiste, du chanteur devenu crooner et du comédien, je m’adresse à l’homme, à la personne : j’écris au Monsieur. Je m’autorise même, à défaut d’y être formellement habilité et afin de vous faire atteindre ce qui vous ressemble, à vous faire Sir.

Monsieur Eddy, il y a un pays où vous êtes dorénavant Sir, c’est le mien.

Sir Eddy, merci pour tout.

Atticus Armini

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s