Lettre à Isabelle Giordano

Chère Isabelle,

Il est des adages sans âge d’une profonde méprise.

Pour le vérifier, il suffit de confronter ces légendes prétendument universelles à un cas pratique. Tenez, prenons le vôtre par exemple, ça m’est commode : peut-on réellement être convaincu en vous regardant, en vous écoutant que les femmes vieilliraient mal ? Un adage raconte ça et dit au contraire, c’en est galvaudé, que les hommes vieillissent comme le bon vin.

Vos yeux pétillants et passionnés, des sourires aux dents qui croquent la vie et les dossiers, « les Assises de la diversité du cinéma » auxquelles vous assistiez il y a quelques semaines, m’ont permis de les apercevoir. Dès votre entrée en salle, celle-ci délivrait d’un coup d’un seul des parfums, des odeurs de marché aux fleurs. La, il est vrai, jolie Gayet assise trois rangs devant moi (qui ne se doutait pas de ce qui allait lui arriver deux jours plus tard) ne me détournait pas de ce spectacle, de votre sourire réfléchissant, et de votre voix magnétique qui interrogeait l’intervenant sur scène.

Voilà, c’est un aveu, et je ne m’en cache pas car l’évident met à l’aise et le flagrant délie.
Une sorte de « coming out » orienté vers vous, au passage qu’est-ce que le « coming in » (un homo qui devient hétéro ?), peu importe.

Attention, chère Isabelle, lorsque j’écris « coming Isabelle », il ne s’agit pas de faire acte de phasage entre ce qu’est ma vie et ce que les personnes auxquelles je mentirais depuis de longues années, en perçoivent.
Non, ce phénomène je le connais, ça a existé c’est vrai, je l’ai pratiqué et j’ai vite levé l’ambiguïté en faisant très jeune mon « coming Gérard Blanc », mais ça c’est une autre histoire. D’autres ont fait leur « coming Michel Sardou », d’autres, plus tristement leur « coming Front National » ou « coming Kev Adams ».

Mon « coming Isabelle » n’a rien à voir avec cela, je ne dévoile pas mon secret à la société, mais je vous le dévoile, à vous : je vous apprécie, vous applaudis, vous félicite. Qu’est-ce que cela revêt ? Rien d’inquiétant ni de menaçant ou de fanatique, juste le plaisir de vous le dire avec cette pointe de déception de ne pouvoir vous offrir des fleurs dans le même temps. Ou, à défaut, de davantage parfumer ces lignes.

J’aime Isabelle Giordano comme j’aime la charlotte aux poires, comme j’aime l’odeur du monoï sur la peau dorée les soirs d’été, comme j’aime sentir des roses, comme je me régale de lire Boris Vian, comme j’exècre les champignons, comme j’aime le fumet des Penne brocolis fromage qui appellent le Saint-Emilion, comme j’aime voir et sentir cette bougie qui choisit seule de s’éteindre, comme j’aime la brise à moto, comme j’aime le délicieux bruit du floc floc d’une pagaie.

J’avoue être charmé par votre délicatesse, par le métissage de votre parcours, votre culture fleurie, vos implications caritatives et vos récentes responsabilités, vous voici Directrice Générale dans un monde ouvert à tous, sur tout, le cinéma, mais dont les plus hauts postes demeurent occupés par des hommes. Vous avez fait votre petite bonne femme de chemin sans calcul apparent à la faveur de vos coups de cœur et de vos passions, dans la lucarne, sur les ondes, sans oublier d’écrire.

Oui, cela force le charme et l’engouement qui s’installent à chacune de vos apparitions. Il est des adages sans âge d’une profonde méprise.

Atticus Armini

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