Forces découplées

Au début tout semble lumière, l’été, la connivence, les confidences annexent la tête, le cœur et le corps ; cette nouvelle vie amoureuse pourrait offrir une revanche face aux récents échecs, aux périodes abyssales, sombres, récemment expérimentales qu’on évoque en disant plus jamais.

Au début tout mérite ajustement, les amoureux sont parents, la vie des grands et des petits fédère, divise, éprouve ; la tentative d’implication n’est pas toujours tolérée, et sans rêver en être un jour récompensé, on aimerait ne jamais en tirer d’être exécré.

Au milieu on est confronté à la noirceur de l’autre, à sa violence, à ses pulsions autodestructrices, de moins en moins contenues, de plus en plus découvertes, on se stupéfie à réagir et à y répondre, à être toujours plus dur.

A l’approche d’une fin qu’on n’attend pas, qu’on ne souhaite surtout pas, on se surprend à s’agenouiller pour épouser, à vouloir l’autre au réveil chaque matin, et tant pis si l’on s’obstine plus que ce que l’entendement voudrait nous laisser croire, il faut sauver l’être aimé qui estime ne plus avancer, sauver l’être aimé qui pleure tous les soirs, sauver l’être aimé jamais consolé.

Au moment de donner vie au mariage, les ailes sentent le cramé, la descente s’annonce, la peur commune d’aller vers l’union, voire d’y retourner, s’installe et fais parler les détails comme autant de prétextes à ne finalement rien franchir ; arrêter et planer doucement vers le sol plutôt que de chuter en plein vol, arrêter plutôt que d’impliquer des êtres qui n’ont rien demandé, urgemment s’éloigner du soleil qui n’éclaire plus, n’embrasse plus, il pourrait embraser, il pourrait calciner.

A la fin on n’y croit pas, la raison dont on aimerait qu’elle ait tort rencontre le cœur qui bat encore fort, le combat est acharné, des mois à ne pas arriver à véritablement quitter, l’être abandonné voit dans ces tentatives de ne pas renoncer, dans cette funeste musique, ce chant d’une sirène, de la monstruosité, de la perversité narcissique.

Elle dit en pleurs j’aurais préféré que tu meures, plutôt que tu ne partes.

Après la fin, le mal incommensurable que l’on procure supplante les doutes. Demeurer à jamais inerte et silencieux. On s’attache alors à tenter de savoir comment vont les enfants, dont elle parle tant, on l’apprend troublée, toujours fumeuse, sans bouée dans la boisson houleuse, dans les baïnes, la cocaïne.

Bien après la fin, on se sait exécré, abhorré, abominé. On ne peut rien n’y faire, il est des points de vue qui ne souffrent aucune contradiction, comme autant de cloches au son unique. Et tant pis si c’est ce qui finalement reste dans sa tête, celle des amis croisés.

Poursuivre la quête d’un bonheur qui ne se laisse pas s’approcher facilement, ne jamais tomber dans une haine, une abomination de cet être longtemps aimé. Continuer à y penser en se disant qu’il aurait fallu ne jamais tenter d’y croire même après le temps de l’espoir car l’espoir se mute en acharnement, l’acharnement se camoufle en torture.

Pour ce supplice, pour ce calvaire, la laisser me détester.

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