Lettre à Déportivo

Une lettre, un billet, il m’apparaît important de m’en fendre pour saluer le travail et l’oeuvre de Déportivo, ton travail, on se dit tu, hein ?

Une découverte hasardeuse un jour trop sombre d’été 2004, dans une Twingo verte qui associée au rouge de mon humeur colérique constituait une palette bi-chromique qui se fondait parfaitement bien avec la pochette de « Parmi eux », ton premier album aussi furieux que rapide (27 minutes), sans falbala, sans encombre, pour ne pas perdre le message essentiel de ton arrivée sur la planète rock, qui consistait simplement à dire : « On est existe, on est là, on fait ça ». Jérôme, Julien, Richard, vous ne vous appellez pas Arsenal, Bayern, ou Saint-Germain (pourtant proche du Bois d’Arcy d’origine, et de toute façon déjà pris) ; Déportivo, tu ne t’appelles pas non plus Monaco (trop ambitieux, comme pour rechercher les grands prix), tu ne t’appelles pas Sparta, non tu t’appelles Déportivo.

Et si un jour, il existait ce club de football, je tends à croire maintenant que le Déportivo La Corogne a choisi un nom de groupe de rock français pour nom de club.

Je te découvre en 2004, te vois en concert, en show case. L’efficacité du son urgent me frappe, les textes m’apprennent à quel point on peut toujours travailler les mots, inventer des métaphores et allégories, pour atteindre l’expression qui résonne et fait raisonner, celle, la plus juste possible, comme si l’ami Jérôme, avant de cracher ou de susurrer ses mots (quelle belle alternance), avant même de les écrire, avait un jour vécu la même chose que soi mais savait l’exprimer dans la poésie et la justesse (j’insiste) la plus totale :

J’entrevois à l’avance mes chances pour le paradis
J’aperçois ma confiance au loin qui rétrécit
Mais comment fait-on quand on ne pense plus qu’en devançant

Ou encore :

Je ne construirai pas sur la peur on verra bien sur le moment
Comment se comportent les douleurs faut qu’on s’en aille en sifflotant
Un air de fête, un vieil air de changement les fruits pourris en en-tête
Tous consumés jusqu’aux chaussettes

Je surfe donc durant trois années sur cet album, en pensant sur la fin qu’il n’y aura plus rien. Les airs et les textes s’invitent dans ma tête, sans même les avoir convoqués, sans même avoir vu trainer le disque sur une commode, un canapé, un meuble de cuisine. Je m’intoxique de cet album, espère qu’il ne sera pas enfant unique, je l’écoute jusqu’à espérer un écœurement, tant Déportivo tu es un salopard qui prend son temps pour se remettre de 27 minutes d’exploitation d’enregistrement. Heureusement, Bloc Party, Editors, Pearl Jam ou Dionysos comblent magnifiquement mon impatience d’une suite, d’un éventuel deuxième album de toi. Je te déteste de ne pas arriver plus vite à nouveau dans mes oreilles car si je ne manque pas d’air de toi, je n’en ai que 27 minutes.

Pas ou peu d’informations sur internet, tu sembles à cette époque avare de communication, tes membres, ton groupe est-il tout simplement délité, êtes-vous occupés à des métiers moins exposés ? Je n’en sais rien, facebook balbutie, le virus n’est pas encore très répandu, twitter est dans le ventre de sa mère ; Je me dis que Déportivo, c’était peut-être un album et puis s’en va, tant pis pour nous, en bon fans des Doors, vous avez pris la porte, comme un clin d’œil, en attendant c’était si bien.

2007 : boom ! Déportivo, tu sors « Déportivo ». Pas de titre, pas grave. Une efficacité redoutable qui chasse la rancœur développée durant ton absence. Tu es de retour (inespéré), tu frappes bien et juste, encore une fois. Mais j’use moins cette seconde galette que la première, même si la reprise de Miossec « Les bières aujourd’hui s’ouvrent manuellement », et le dub qui clôt l’album, me rendent un peu plus fou de toi. 2011 : « Ivres et débutants », je passe un peu à côté, ne prête pas attention aux textes, à tort, quelque chose d’autre m’occupait. Seul « Pistolet à eau » avait su attirer mon attention. Mais je ne panique pas, ne me sens pas défaillant, ni déloyal car je sais que l’œuvre et moi, c’est parfois compliqué.

2013 : « Domino », ton quatrième album sort, une claque Bud Spencer sur ma trogne. Ainsi qu’« Ivres et débutants » à titre personnel que je (re)découvre, par la même occasion ; Pour moi, Deportivo, tu sors donc en décembre 2013 comme un double album, et je me fais ce petit plaisir de faire ces allers-retours entre les deux opus, façon « Use your illusions », un plaisir accidentel et singulier qui me fait tant de bien :

« Mais si tu souhaites les jours plus beaux
Alors il faudra s’y faire
Il nous faudra changer de peau
Sans cesse défier l’ordinaire
Nous sommes tous plus ou moins Tous plus ou moins
Hantés mon garçon
Par ce qu’il nous reste à faire
».

« Fais moi comprendre » d’ « Ivres et débutants » me coupe les pattes, les textes sont de plus en plus proches de la vérité, la ligne de basse-batterie n’aura d’égale que dans « Dans ta chambre », sur le récent Domino cette fois.

« Dans ta chambre » : la perle des perles de ton œuvre, cher Déportivo ! Certains pensent (du moins un vieil ami) que l’introduction du clavier dans la formation guitare-basse-batterie signe la fin d’un groupe de rock ; Pour ma part j’estime que cela signe sa maturité, l’ouverture aux instruments est une aubaine, quelque soit le style de musique dans lesquels les critiques aiment figer les artistes.
L’ouverture au clavier… une vielle rengaine, une éternelle querelle avec cet ami, lui même chanteur et musicien. J’ai souvent pensé à lui en écoutant « Ivres… », pas toujours à jeun et « Domino » en me créant des conversations virtuelles avec lui, je pense qu’il aime l’album, comme moi je l’adore.

Je le pense, le subodore car la vie nous a séparés « Deux vieux amis jouant aux imbéciles », tu décris cette insensée perte de temps dans « Imbéciles » comme je n’ai pas encore su le faire ; En cela, cher Déportivo tu es aussi ce lien avec lui, tu as donc cette vertu supplémentaire, télépathique, et en ça et en autres choses, tu es, vous êtes Jérôme, Julien, Richard des (h)auteurs de vie, je vous en remercie.

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