Lettre à l’être

Les temps du moment, les minutes de l’instant, pourraient sembler historiquement sombres.

L’Homme fait toujours la guerre, l’Homme est encore dictature. Et dans les sociétés organisées, normées, où le contrat social devrait avoir droit de cité, on peut se demander si l’Homme a déjà été un jour plus égoïste, plus nerveux, plus robotisé qu’aujourd’hui ? Sans doute le pire pourrait être pour demain.

La vie est dure, elle l’a toujours été. A travers ses inégalités, ses servitudes. Elle n’a jamais, en revanche, jamais autant laissé de place à l’aliénation. L’Homme a su un jour asservir, dominer d’autres membres de sa sorte, pour des considérations raciales ou religieuses ou liées au genre. L’Homme a su éteindre le consentement. Il est un temps toujours plus grave, celui que nous vivons, celui où le consentement de tous s’éteint encore plus, nous pantins et faibles, courbons l’échine dans la plus grande normalité.

Les marionnettistes s’amusent. Le pouvoir et l’argent, après lesquels les plus assoiffées d’entre nous courent, font toujours fantasmer. Ce mauvais soleil attisé par l’autorité et le désir de conquête, par la surconsommation, l’éreintante stimulation, règne.

L’Homme accepte sa servitude, la provoque, la nourrit, en victime consentante de ses addictions.

Les temps du moment, les minutes de l’instant, pourraient sembler historiquement sombres. Frères, il est un soleil qui ne s’éteint jamais, un feu puissant qu’il est possible d’héberger chaque jour. Il est étrange de réaliser que ce feu, nous l’abritons, il ne demande qu’à brûler au milieu de notre corps. Un joyau dans notre écrin éphémère. Les plus attentifs d’entre nous savent faire sa connaissance, l’apprivoiser, l’entretenir. Les meilleurs dompteurs ne sont pas des chefs, non, ce sont des leaders. Ceux, enthousiastes qui montrent la voie. Ceux, humbles et lucides, qui répandent la lumière.

Car la lumière existe. Certes, notre constitution d’animal humain ne fait pas apparaître cette lumière au premier abord.
Au contraire la noirceur, la rancœur, l’orgueil sont exubérants, désinhibés comme des silhouettes alcoolisées. Qu’il est aisé de les laisser se manifester. Qu’il est difficile au contraire de ne plus les écouter, de ne pas laisser faire les démons. Ils étouffent la beauté de l’homme, le pardon, la grâce. L’éclaircie est toujours trop discrète, introvertie. Pourquoi nos environnements et nos époques ont-ils toujours su minimiser ces atouts de l’Homme au profit de la vanité et de l’éternelle insatisfaction?

Nous ne pouvons pas vivre sur ce seul constat de déséquilibre entre nos forces et nos faiblesses. Il nous incombe, Hommes, et c’est ce qui fait de nous des Hommes, d’inverser cette balance infernale. Et quid de nos pudiques ressources ? N’attendons pas que la preuve naisse de l’épreuve.

Homme, il t’appartient d’écrire ton épitaphe. Fais de la paix ta maison, du pardon ton manteau. Quelle est cette peur d’autrui que tu affiches depuis tant de nuits ?
L’hostilité ne te sers pas, ne t’éloigne pas du danger. L’hospitalité, en revanche, te sied.

Homme, tu l’as mal compris, être debout, ce n’est pas marcher.
Homme, être debout, c’est avancer dans la dignité.

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