Mon idée

En allant à la fontaine à eau, j’avais une idée.

Une bonne idée, enfin je crois, mais je n’en suis pas sûr. J’ai le souvenir de mon idée, et dans mon souvenir, elle était bonne, je vous dis. En allant à la fontaine à eau avec mon idée, je discutais avec des gens qui eux-mêmes avaient une idée. Ils m’en faisaient part, et j’accueillais d’autres idées, plus petites, plus modestes que ma grande idée ; Oui dans mon souvenir d’elle, elle était grande et belle.

Après une minute de bavardage, je poursuivais mon chemin vers la fontaine à eau, et je repensais à mon idée. Je la façonnais, elle était musclée. A la fontaine, l’eau coulait dans ma bouteille vide. Il était important que j’aille boire, c’était mon idée qui précédait ma belle idée. Cette idée d’avant (la petite pas la grande) me soufflait qu’il me fallait aller chercher de l’eau à la fontaine pour ne pas me déshydrater car se déshydrater, ça assèche les idées. J’y pensais d’un coup, plus que de raison, à ce phénomène de déshydratation, en alternant le bouton d’eau froide et celui d’eau tempérée ; Ma bouteille se remplissait paisiblement comme le ventre d’un bavarois accueillant généreusement son breuvage mousseux préféré. J’imaginais ce gros allemand avachi au comptoir avec une grosse gouaille et plein de camarades comme lui, avec leurs grosses gouailles aussi.

Puis pof ! Plus rien. J’ai fait quelques mètres depuis la fontaine à eau pour regagner mon bureau, sans ne penser à rien.

Mais au bout de dix mètres, je sentis qu’il me manquait quelque chose, comme une jambe, un bras, une tête : je me souvins que j’avais une idée, mais quelle idée ? Y’a pas idée de laisser les bonnes idées nous quitter comme ça… Elle ne revenait pas. Je fronçais les yeux pour me concentrer, elle ne revenait toujours pas, je fis un tour sur moi-même et rien ne vint. C’était vain.

J’allais à mon bureau malgré tout, comme un cul-de-jatte, bancal, frustré, j’aurais dû y revenir avec mon idée.

Je retournais à la fontaine à eau, dans les mêmes conditions que deux minutes auparavant, en quête de mon idée : je regardais partout chemin faisant, sur les meubles et même parterre. Rien. Quelqu’un l’avait-il ramassée ? Pire, quelqu’un m’avait-il piqué mon idée ! Mon idée m’a quittée, il y a dix minutes, y’a pas idée.

J’ai depuis les idées noires d’avoir perdu ma grande idée, quelle horreur de ne plus la retrouver, et je crains maintenant de la retrouver au pire moment, celui où je ne pourrais plus la concrétiser car je ne pouvais le faire que où je l’ai perdue. C’est comme arriver sur son lieu de vacances et de retrouver l’idée qui disait « débrancher le fer à repasser», ça ne sert à rien.

Je préfère donc ne plus jamais la retrouver car les idées parties sont de mauvais esprits.

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