Red mules donnent des ailes

Ah, les beaux jours, le soleil, l’impatience de partir en vacances (cocher « CP » dans votre logiciel RH au bureau).
On a des envies de téléportation vers des plages de sable fin, certains préfèrent celles de galets (y’en a qui aiment se ruiner les vertèbres durant le farniente). Mais on ne peut pas toujours faire comme le Captain Kirk (t’as moins de 20 ans, tu cherches sur Google, le papa de Lycos, cherche aussi Lycos ; Indice : taper « sous-pull » mais je te donne pas la couleur).

Non, on ne peut pas se téléporter car il reste des choses à faire et l’impertinent calendrier égraine des fêtes de Saints improbables (Martinien, Raoul comme dans « Y’ connait pas Raoul », Ulrich et la cerise sur le pompon : Ignace de Loyola), oui le calendrier tel un sablier suspend un lent final count-down : il reste encore quatre semaines à tirer. Et durant ces quatre semaines, la working-girl est l’ennemie du Yuppie : elle parade au bureau, prend l’open-space pour un cat-walk, et jette à la vue des ternes mâles toujours affublés de leur costume, parfois encore cravatés, le léger kilo (oui, y’a des kilos lourds par ailleurs) que représente la petite somme de tissus qu’elles portent sur elles, « chaussures » comprises. Il est vrai que de n’avoir ni jambes ni bras ni pieds couverts, ça nargue le mâle, au bureau, lui qui au mieux du mieux du mieux tombe la veste. Il a alors des allures de Saint de juillet puisqu’il en a les auréoles.

Le pire réside sans doute dans cette opposition sans véritable match : les chaussures vs les tongs.

Non, il n’y pas de combat, c’est déséquilibré, il y a même provocation. Même celui qui échouera en août à Dieppe, faisant fi au passage de sa devise (celle de Dieppe, pas la sienne) « Dieppe, ça fait tièpe« , a une envie frénétique de déjà tâter du galet tant il est nargué par la gente féminine qui… Ah mais j’entends un lecteur qui chantonne, il est déconcentré, j’en perds son attention. Lecteur, je sais que tu es fébrile depuis que tu as lu les mots « final count-down », et puisque tu fredonnes, je te le « frerends », tiens v’là un cadeau et après tu te tiens tranquille :

Cette vidéo devrait détourner mon propos vers des considérations capillaires et lobbyer en faveur d’une journée de lutte contre ce fléau qu’est le cheveu long, crépu et frisé qui polit les épaules du perfecto, mais ça, c’est une autre histoire. Et merde, un gage encore (mais un beau):

Alors reprenons le court de ce constat d’injustice, de ce duel au sol… (Oh non, merde, ça va recommencer) entre les tongs et les « Richelieu » et soulignons l’ignominie de certaines femmes qui ne lâchent pas d’emblée l’Artillerie Pédestre Lourde (l’APL) mais pratiquent l’avancée sournoise et tranquille et progressive, façon fantassin, vers le string de pied. Ça se passe à peu près comme ça :

Mars : les bottines en relais des bottes des mois passés,
Avril : escarpins, converses le vendredi,
Mai : ballerines, mocassins,
Juin : sandales et nu-pieds, spartiates pour les plus guerrières,
Juillet : tropéziennes, espadrilles, et tongs.

On ne les voit pas venir ces traîtresses.

C’est ainsi qu’au mois de juillet, on croise de tout à la machine à café et dans les salles de réunion. Confrères, vous vous sentez comme habillés en eskimos en plein désert, à la vue des tenues légères de l’autre genre, sous une clim’ qui fonctionne trop mal. Mais ce qui vous provoque le plus de sueur, frères d’armes, c’est cette torpeur à la vue du retour de la pilosité sous aisselles chez les porteuses de tongs.

Pour riposter aux assauts tout en étant à l’aise, j’opte pour des parades. Le petit futal « chino », la chemise de l’apéro du dimanche (attention pas de chemise madras pour autant) à ne pas rentrer dans le pantalon, la veste légère et, et, et… les mocassins. Nulle évocation ici du mocassin 180 qui ne sied véritablement qu’à Paul Newman :

Newman-and-Woodward_fashion-shoot

Je vous parle de LE mocassin, le vrai, la chaussette d’été, celle qu’on ne devrait jamais quitter.

Mocassin

Et si en espadrilles, on fait du vélo et à peu-près tout le reste, le mocassin va encore plus loin. Le mocassin est le VTC de toutes les virées en scooter, des attentes dans les aéroports, des parties de Backgamon en jardin, des promenades urbaines, littorales, portuaires, des sessions bricolage sur escabeau, des lectures oisives, des balades en vallée, en plaines et en plateaux, des concerts d’Europe et de Gérard Blanc (paix à leurs âmes, si si à Europe aussi). Bon, pour la montagne, faut pas déconner, il faut avoir des chaussures adaptées : les méduses

Certes, introduire le mocassin au bureau, celui que j’affectionne le plus, en nubuck au cuir cramoisi, est quelque chose de couillu car cela implique de ne pas porter de chaussettes. Oh, je vois déjà quelques allemands et hollandais (on aurait dit qu’ils lisaient ce billet et même qu’ils le comprenaient) s’insurger de ma suggestion de ne pas porter de chaussettes, eux qui se baignent avec. Mais putain les gars (je peux les gros-moter car en fait ils ne me lisent pas !), je vous donne l’opportunité d’être à la fois classes et décontractés. Il faut quitter ces vestes trop larges et difforment qui couvrent les fesses, ces pantalons Quechua trop amples au point que l’on croit que vous y attendez un invité. Nous ne sommes ni anglais ni italien, notre servitude du costume peut bien tomber l’été, et je dirais même que c’est enfin la période pour la classe (contrairement aux enfants).

Etre flâneur mais sérieux, aérien comme un lin, comme un rien mais les pieds sur terre, paradeur à notre tour. Nous nous mélangeons aux tongs, la distinction en plus car nous, nous savons nous entretenir le nubuck, nous imperméabiliser le velours, nous brosser le cuir. Et ça, ça rend heureux. Ah, c’que ça rend heureux. Cet entretien de la peau ne se voit pas mais ça transpire (en bien cette fois) l’épanouissement dans l’écrin qu’est notre rapport fort au mocassin, au « Moc’ ». C’est le paroxysme du bien-être. Le summum est atteint lorsque le dernier jour de travail avant les congés, celui de la quille, on peut même se fendre d’une paire de mules, le talon libéré, aéré, façon sabot, les Red mules donnent des ailes.

Mule

Et Fuck les Saints Martinien, Raoul, Ulrich, Ignace de Loyola, les tongs peuvent nous défier, le mois de juillet peut bien durer une année. C’était juste une mise au point ! Aïe, gage :

NB : Pardon Dieppe

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2 réflexions sur “Red mules donnent des ailes

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