Un retour de vacances

Faudrait être content de rentrer chez soi. Ça attendra demain.
La porte de l’appartement s’ouvre, on y fait quelques pas. Dans la cuisine, une bouteille vide est là, ça n’est pas du soda. On se remémore cette dernière bière partagée avant de partir, c’était il y a trois semaines, ce dernier verre, celui du soir qui précède le départ et la route. Un soir plein d’espoir, la veille de partir en congés faire la foire, ce vieux soir qui revient, comme revient un hier, où l’on imaginait les vagues survoltées, les marchés de province, les crabes, leurs grosses pinces, les enfants contents, le temps à venir à négliger la pendule, à discuter infiniment, sûr qu’en vacances on tord les aiguilles.

Les pas progressent lentement dans l’appartement. A pas de velours on avance vers le salon, comme si en pleine nuit, on avait entendu un bruit et qu’on cherchait à surprendre un intrus. Il faut dire que lorsqu’on revient de vacances, on a l’impression de se cambrioler. 360 degrés de rotation songeuse plus tard, on revient à la cuisine, on ouvre le réfrigérateur par réflexe, ça fait un froid dans le dos et sur le ventre, ce cimetière du dernier repas à moitié ingéré saute aux yeux, nous replonge encore dans ces minutes déchaînées du denier soir parisien, il y a vingt-et-un jours, on rêve d’à nouveau débaucher, de revenir à la quille au parfum de sortie scolaire qui amène vers ce fameux dernier verre. Dans la douceur de ce dernier soir parisien de juillet, le souvenir d’avoir fait joliment fait la nique à ces longues semaines passées, besogneuses et trop sérieuses. Un sentiment d’éternité. Voilà ce qu’on avait ! Le lendemain matin, au petit matin du départ, un joli soleil blanc et bienveillant nous avait laissé, endormi, charger la voiture, comme on fourre une dinde, c’est la pluie maintenant qui nous accueille en retour, nous rappelle à la vie réelle, adieu les grillades et la vie à poil, adieu les pieds parfaitement crades, et le passage des voiles. En attendant, on ne sait même plus où sont les couverts.

Retour au salon, soulager quelque peu les sacs fatigués, avachis, en pleine débauche, ils contiennent un invité : le sable, pauvre de lui, a fait le chemin du retour, en fil d’or il sort des poches et ourlets de tout ce qui en contient. Merci les enfants pour ce sable émouvant qui ne fait pas hésiter longtemps entre sourire et chagrin, les beaux souvenirs à peine forgés ne veulent pas nous quitter.

Dans la chambre, du linge fait signe depuis le lit. Il est négligemment posé, c’est celui qui n’a pas été retenu lors du casting du voyage. On le regarde avec des yeux qui disent « désolé », on aimerait en faire un allié de réconfort, comme tout le reste d’ailleurs : on parlerait volontiers à tous les objets restés ici. Ici, c’est ce domicile qui n’a plus rien d’un refuge durant ces heures creuses et hideuses. On a envie de parler tout en restant isolé, qu’est-ce qu’on est compliqué lors du trépas du congé. On a besoin d’un verre, évidemment qu’on en a besoin d’un ou deux, le même que la veille, le dernier pris entre amis et famille, Dieu que la vie est soudainement triste ; Avec Chérie, les convoquer urgemment en sirotant un rosé, un Pastis.

Qui parle de travailler demain ? On ne sait plus comment faire, les tâches qu’on n’arrivait pas à lâcher, on les a complètement oubliées. On allume l’ordinateur pour se projeter loin du malheur de l’heure, vite un autre voyage, un long, un court, un week-end, vite n’importe quoi, pitié n’importe quoi pourrait regonfler nos poitrines à la faveur de ce lèche vitrine. Biarritz, Milan, Malaga, Fuerteventura, tout me va. Ça sera Milan et Côme, Chérie est aux anges, je le sais au baiser qu’on échange.

Plus les années passent, plus on mesure et s’accroche à notre rare insouciance ; Plus les années passent, moins on a l’âge du retour de vacances.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s