Lettre à Michel Polnareff

Sans titre
Cher Michel,

Une tendance à la paresse et à la procrastination a retardé ce moment où je souhaite louer ton œuvre.

A mesure que je t’ai écouté, ces 20 dernières années, j’ai eu plusieurs fois le désir de m’adresser à toi. Mais Amiral, je n’avais pas le vent dans le dos, il est difficile de lutter contre une poupe qui fait non. Les canaux proposés ne me semblaient pas judicieux pour faire mouche, du type : adresse dans un programme TV (qu’affectionne ma vieille tante) au demeurant fortement utile à des fins de correspondance avec son présentateur météo préféré pour lui dire tout le bien qu’on pense de lui tout en le mettant en garde sur certains de ses choix vestimentaires, parfois. Non, les voies proposées ne m’allaient pas. Et lorsqu’elles se sont dessinées en www, je ne les ai pas empruntées, je me suis laissé dériver. Vingt années à ne pas faire, à me dire qu’il faudrait qu’un jour, un jour, un jour, il faudrait te dire tout le plaisir que m’a procuré ton minutieux travail.
Mais puisque j’ai commencé à écrire ces lettres à des artistes que j’apprécie, je me dois de faire également un tour par ton port, celui qui t’attache.
Chose aisée en 2014 : nous sommes là sur un vaisseau qui est le tien et sur le plus grand des terrains, le Web. Le moyen de locomotion étant choisi pour venir te causer, je n’ai plus de raison de me taire ; A terre mon atermoiement car il me parait opportun, alors que tu fêtes un anniversaire rond, de faire paresser ma paresse en lui injectant une dose de courage nécessaire à l’élaboration de mon « Computer’s dream » : peut-être que ces lignes se reflèteront un jour dans tes légendaires lunettes, j’en serais du moins très fier.

Michel, n’en déplaise à cette baseline sur ton compte Twitter : « […] He made a huge come back with ZE (RE) TOUR 2007 », tu n’es jamais vraiment parti. Ah, oui, l’exil… cette histoire d’exil… Certes dans les années 70, il était sans doute aussi difficile de t’atteindre que de marcher tout nu sur les avenues (tu en sais quelque chose), mais l’exil a aiguisé cette pointe de technologie avant-gardiste qui te caractérise, une technique de la communication bodybuildée : tu étais parti mais tu étais là, sautant l’océan Atlantique en un coup de duplex, en jouant sur et avec les écrans par lesquels tu savais apparaître et disparaître à ta guise, maniant la télécommande, le zapping avant même la révolution Achtung Baby/ Zoo TV. Avant-gardiste, disais-je et même prophétique des années 2000 quand tu convoquais du doigt la ligne de Marylou avant de lui dire goodbye ! Un roi des claviers, du digital, et du web dès ses balbutiements : on ne se demande plus sous quelle toile tu es né. L’e-toile, évidemment.

Ton huge come-back, je le situerais, égoïstement, en 1995 lorsque je t’ai réellement découvert dans cette émission « A la recherche de Polnareff », sur Canal +. J’ai remarqué un Polnareff qui bougeait et qui parlait, je ne t’avais aperçu que figé, dans la maison familiale, sur ces pochettes de vinyles où tu jouxtais Johnny, Eddy, France Gall, et Franck Pourcel (il fallait bien un brun), etc. Et si la modeste discothèque de mes parents pouvait inviter, en faisant fi de son étrange parenté avec un catalogue de salon de coiffure, à découvrir ce que ces têtes aussi fournies qu’immobiles avaient à raconter, je ne l’ai pas vraiment fait. Je savais simplement que feu mon grand-père affectionnait « On ira tous au paradis », sans doute tentait-il de se placer sur la fin. Une chose est sûre, les communistes y vont aussi, mais ça ne rimait ni avec chiens ni avec putains.

Je me souviens de l’annonce d’« A la recherche de Polnareff ». Elle m’avait intrigué (tiens, Polnareff !) et j’avais choisi d’être à l’heure de sa première diffusion, d’être au rendez-vous avec le type blond et frisé des vinyles de la maison… Quand on nait en 1975, on ne connaît pas Polnareff, on ne connait que sa légende, sa musique. En 1975, il a déjà quitté la France. Mais pour errer où au juste ?
Dans ce programme, après une longue quête, et quelle quête, tu es in fine découvert en couleur et en verres, en tenue militaire, dans le désert californien. Tu as joué le jeu, allant jusqu’à flécher sur bande-vidéo, te sachant loupé de peu dans le dernier hôtel pratiqué, le parcours jusqu’à l’endroit où tu voulais bien te faire dessabler.

Te dessabler, c’était te découvrir arborant le cheveu long, lisse et platine au volant de cet incroyable Hummer. Le sens de l’arrivée, et de la communication, j’étais conquis. J’évoque ceci, de façon trop laconique, le souvenir faillible, ces images m’étant devenues inaccessibles : ma pauvre cassette VHS qui les contenaient a rendu l’âme à moins que ce ne soit le magnétoscope qui le lisait. Oui, de mémoire, tu étais retrouvé, et après un incroyable toilettage pileux et capillaire, tu te rendais disponible pour une conversation venteuse à en rendre dingue le preneur de son, avec Michel Denisot, au milieu de ce nulle part désertique qui abritait ta vie. Au passage, je dois admettre avoir aimé le visionnage plus récent de « Searching for Sugarman », tant en soi que pour ce qu’il me rappelait de ta découverte en forme de jeu de piste.

Au fil du reportage, je découvrais ton mystère et ta légende, tes itinérances, ton phrasé, ton humour, une grande gueule juste, tes débuts en noir et blanc. Je connaissais quelques-unes de tes créations car lorsqu’on vit sur cette planète, on en connaît au moins une. Il m’était par la suite possible de bien apprécier ton œuvre, du moins la plus évidente, en me passant en boucle le « Live at the Roxy », auquel quelques bénis des Dieux sont allés bouffer du paradis. Passée son ère pataude et trop 56 K, j’utilisais massivement Internet, puis You Tube à la recherche de choses plus rares, des Lives jusqu’aux plus improbables, comme ceux où tu scintilles, comme celui où tu accompagnes frénétiquement, au piano, un Johnny Hallyday archi Presley. A mon apprentissage de tes chansons et moments de scène, je pouvais désormais associer quelques passages de ton histoire, récemment apprise, celle de Michel Polnareffff, avec quatre f: Fesses, France, Fisc, Femmes.

Ton retour de 2007 ne m’a rien appris, j’avais déjà bien étudié la bête. Il m’était cependant plaisant de penser que certains pouvaient te découvrir comme je l’avais fait douze ans auparavant en plein désert.

Louer ton œuvre, ce n’est pas évoquer ces chansons entendues ou écoutées des centaines de fois. Louer ton œuvre c’est aussi mettre en lumière ces petites choses que j’ai connues et t’apprenant. « A la recherche de Polnareff » n’était qu’un début, cela valait session de rattrapage pour la génération que tu n’as pas côtoyée et qui voulait te connaître : je veux bien en être l’Officier général. J’ai abandonné l’écoute des compilations de tes morceaux, que je jugeais insuffisante, pour aller au cœur de tes œuvres, de l’univers, de l’énergie de chacun de tes albums en respectant scrupuleusement l’ordre des titres. On ne fait pas ça avec tout le monde ! Et je peux t’assurer qu’avoir découvert ces chansons moins connues qui précédaient ou suivaient des chansons comme « Hey you woman », « Time will well », « Sous quelle étoile suis-je né ? », « Le Désert n’est plus en Afrique » m’a donné le sentiment de mieux les connaître. Et pour tout avouer, un coup de cœur particulier a scellé une union durable avec ton album Polnarêve. Il est des perles qui restent relativement bien cachées.

Je dois également admettre que quelques effets secondaires troublants m’ont atteint, je ne souhaite pas les traiter : je chante à tue-toutes-les-têtes les chansons les plus hautes, sous la douche. Oui, sous la douche qui demeure le meilleur endroit pour faire sonner les casseroles massacreuses de mon genre. Dans la voiture, la nuisance est encore trop grande et radioactive pour ses pairs qui attendent au feu ; en revanche sur l’autoroute ça me pique, à cœur joie je fissure les carreaux. Je crois avoir doucettement contaminé mes jeunes héritiers qui se transforment en meute de loups lorsque résonne « Love me, please love me ».

Je serais ravi que ce billet vous atteigne véritablement (« postalement », déjà !), Monsieur Polnareff ; Vous ne pouvez pas passer à côté de mon sincère MERCI et de la grande admiration que je porte à votre travail.

Atticus Armini
39, Paris

NdA : Mille excuses auprès des lecteurs de moins de… allez, vingt ans… ce billet contient des termes préhistoriques (VHS, magnétoscope, locomotion, etc.) mais un moteur de recherche post historique pourrait utilement vous aider à visualiser ce que recouvre ces mots, sans mal.

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