Quand on se réveille chez des amis après un soir de fête (l’invité)

Quand on se réveille chez des amis après un soir de fête, on est généralement un dimanche. Et il est curieux ce dimanche matin quand on se réveille chez quelqu’un d’autre, fût-ce chez des amis. La veille (enfin 5 heures auparavant) on foutait le dawa, ça hurlait, ça guinchait, on pouvait déranger le placard à balais pour s’adonner à un air guitar sur « I was made to love you », profaner le vanity case de notre hôte (enfin de sa femme, l’hôtesse), au passage qu’est-ce qu’on fout dans leur salle de bain, pour trouver un lipstick noir propice à une incarnation de Robert Smith qui nous donne en fait des airs de Didier Bourdon chantant Zou-zou-zoubida. Oui, cinq heures avant encore, on pouvait n’avoir cure (!) du volume sonore, faire comme si on n’était pas chez soi, ce qui est bien le cas en fait, ou bien emmener sa chérie dans la chambre d’ami pour quelques échanges coquins qui rappellent que la première rencontre est un souvenir qui se revit.

On fait tout ça chez les amis, ils en font de même lorsqu’on inverse les territoires.

Un moment tout s’arrête, il est rarement moins de quatre ou cinq heures du matin. C’est le passage du « jmerappellepu » car toute interrogation ou évocation, le lendemain, sur ce qui sera dit ou fait entre cet instant où l’on coupe la musique et le moment du coucher sera invariablement suivi d’un « j’me rappelle plus » d’un côté ou l’autre des interlocuteurs. Tenez, par exemple, le balai-guitare. La musique est éteinte, ça discute encore quelques minutes, on joue nonchalamment avec ce balai qui vient tout juste de trouver sa quiétude, comme si c’était un trombone ou un élastique, en tentant de retrouver un semblant d’élocution. On croit le ranger en le laissant atterrir là où il veut bien échouer, a priori du côté du sol. Sauf que, sauf que le lendemain, c’est la chasse au trésor : à la question de l’hôte « tu sais pas où est le balai avec lequel tu jouais hier soir », l’invité ne se sent d’abord pas concerné du tout (qu’est-ce que j’en sais moi, où il fout ses balais !) mais veut aider son pote à un point tel qu’il lui indique le seul endroit où le balai n’est sans doute pas : « dans ton cul ? ». Il se remémore alors vaguement qu’il était légèrement guitariste la veille le temps de quelques chansons : « par contre je sais où est ta guitare je pense ». « J’ai pas de guitare, ducon », répondra notre hôte.

Le lever. C’est comme si on n’était plus chez ses potes. Mais ça commence un peu avant. On n’a pas choisi de dormir là, l’état d’ébriété ou tout simplement le dépassement de la dose l’alcool tolérée dans les veines nous a enjoint de ne pas sortir des murs. On se réveille deux trois fois car les enfants font du bruit, au petit matin (le petit matin c’est vers huit heures et demi, neuf heures). Ils n’ont pas fait la fête, eux, du moins pas démesurément. Cela résout la question du lever : il est gênant de se lever trop tôt ou trop tard, chez les autres. On choisit de se lever sur la pointe des pieds, pour se situer. On voit deux ou trois mouflets dans le canapé, devant la TV, une crêpe dans une main qui a chauffé depuis vingt bonnes minutes sans être entamée et dans l’autre un Candy Up « empaillé », en totale ébullition. Les enfants devant la TV, c’est bien connu, ne mangent que l’écran. Pas un adulte dans les parages, on va se recoucher sur une oreille pour tenter d’être synchro avec le prochain lever des occupants.

Une heure après, du bruit, des pas : c’est un adulte. Il est l’heure de faire comme si on se levait en même temps par la plus grande des coïncidences. Et là, arrive le moment de la grande question : faut-il se faire la bise le matin ? Personnellement, je ne suis pas fan du tout d’aller sentir la bave séchée qui traine encore sur les commissures. S’il faut y aller, j’y vais sans respirer, pour ne pas accidentellement avoir le privilège de sentir les premiers soupirs du matin de mes amis.

L’hôte erre chez lui, se gratte un peu les fesses de bas en haut, et demande si l’invité veut du pain grillé, en prenant le pain dans sa main, la même que celle qui lui soulageait sa démangeaison fessière, trente secondes avant. « Euh, merci, ça va pour le moment, je vais plutôt prendre un Doliprane ».

L’hôte ne parle pas, on a l’impression que ce n’est plus un pote à ce moment. Les femmes dorment encore. L’invité ne sait pas où se mettre, il échoue dans le canapé, en tentant d’avoir une posture correcte car on n’ose plus rien faire en ce dimanche matin, le foyer des amis devient aussi sacré que Buckingham palace, surtout que la maîtresse de maison vient de descendre. Elle n’a pas daigné troquer son pyjama bizarre contre un jean T-shirt plus décent, elle est chez elle après tout. Elle fait la bise, en regardant le reste de noir sur les lèvres de l’hébergé, et fait la moue, elle n’est plus dans le délire de la fête. La bise au passage : toujours pas fan !

Les deux grommèlent là-bas dans la cuisine, comme des félins et surtout comme si on n’était pas là, c’est leur façon de parler le matin, ils ont l’air de se comprendre. Il se peut qu’ils se disent qu’il est pénible d’avoir des intrus à la maison le dimanche matin, d’ailleurs on se sent de trop, on devient parano, on est le fardeau de l’instant.

On quitte le canapé toujours rempli d’enfants car on a peur de se faire ébouillanter par le Candy up dont on perçoit la chaleur à travers la main du gamin qui ne sait plus s’il est humain, végétal ou animal tant il happe la TV. Direction la cuisine et les grogneurs car ce pain grillé faisait malgré tout vraiment envie, il doit être décontaminé désormais. Oups ! Vision d’horreur en cuisine, on passe de fardeau à boulet : la main de la tigresse se trouve dans le caleçon du lion : beurk ! On a l’impression de surprendre ses propres parents, un sentiment de gêne nous envahit. L’hôtesse cesse instamment son ouvrage et se retourne : elle tend alors la baguette (de pain !) vers soi en demandant si on veut du pain grillé. Qu’est-ce qu’ils ont tous à faire ça ?

Les minutes se suivent, la chérie dort encore, se sentir boulet passerait pourtant mieux à deux, ça rééquilibrerait la conversation car à ce stade on a le sentiment qu’on a sonné au hasard chez des gens durant leur petit-déjeuner gueule de bois et qu’on squatte contre leur gré.

Le pote s’affaire à ranger quelques bricoles, il décline toute aide. On ose demander si on peut prendre une douche pour laver toute cette crasse de précautions, sans doute pour la plupart un peu exagérées. L’hôte répond oui, bien évidemment qu’il est possible de prendre une douche, on surfe alors sur sa bienveillance pour ajouter « t’as une p’tite serviette ?» en imitant un smiley qui rougit. Il se détend.

Une fois la toilette effectuée, la chérie dort toujours. On rejoint alors son territoire du matin, le canapé. Damned, il est toujours occupé : plus de mouflets mais une maîtresse de maison qui regarde Auto-Moto (!), la télécommande à la main, les pieds sur la table basse. On décide de se rallier à sa cause, celle des glandeurs du dimanche matin tout en évitant soigneusement de redemander au chef de famille (affairé, il doit négocier quelque chose, c’est pas possible) s’il a besoin d’aide, des fois qu’il réponde : « Oui j’veux bien que tu nettoies le barbecue ».

On erre alors devant Auto-Moto, en espérant que les moteurs réveilleront sa belle. Rien n’y fait, on enchaîne avec Téléfoot et on déteste ça car Téléfoot est une accoutumance qui ne s’avoue pas.

Midi trente : la chérie descend, elle est en pleine forme. Elle, on peut l’embrasser. On lui pose la question de ce qu’elle veut pour le petit-déjeuner (on pense alors : pas le pain, pas le pain, pas, le pain !), et elle répond : « une p’tite coupe de Champagne ?! 😉 ».

Putain, on n’a décidément pas passé la même matinée.

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