Quand on va au Spa

Quand on va au Spa, il faut aimer se laisser aller.

Tiens par exemple, la tenue dans laquelle on concrétise son choix de se faire bichonner pose question : Le fameux slip en crépon. Le Tanga homme à usage unique, puisqu’il s’agit de son nom scientifique, du moins d’après l’emballage, personne n’a rien contre a priori. Le problème de ce machin-là c’est qu’il est pensé pour recouvrir indifféremment des organes génitaux féminins ou masculins. Le slip de Spa est l’allégorie l’amour ; une couverture éphémère qui ne va à personne.

Quand on est un homme, le slip de Spa se met toujours deux fois : une fois dans un sens, une fois dans l’autre. L’idée est de retenir opportunément le sens où l’arsenal se voit le moins, faut dire que c’est large. D’ailleurs, ne pas s’en faire : il est normal que nous flottions tous dans ces choses-là. Parce qu’en fait on l’a mis à l’envers. Mauvaise appréciation, le slip de Spa se met trois fois.

Quand on est une femme, le slip de Spa va aussi bien qu’un K-way à une panthère. Car aussi féline et gracieuse puisse être une femme (oh, ça va je rigolais pour l’allégorie de l’amour !), le string crépon pourrait tuer l’amour (souvent déjà moribond : le Spa, c’est comme Total, on y vient pas en couple par hasard, c’est pour remettre un peu d’huile essentielle dans le moteur… non, non, je blague encore, promis !), nous disions donc que le string crépon pourrait tuer l’amour bien davantage encore que la télé dans la chambre, ou le port de la polaire, ou encore les dents pleines de tartre.

Non mais sur qui ce string a été posé la première fois, pour en faire le patron unisexe ?

On est interrompu dans son enquête secrète car on est rapidement invité à passer à table. Enfin sur la table. La vraie satisfaction, à ce moment, c’est de déambuler en peignoir, les mains dans les poches, en compagnie de sa chérie (ah voyez que je plaisantais !) car on se sent fort et puissant, comme dans la peau de Jonathan et Jennifer Hart. Reste plus qu’à commander le Ruinart.

Et c’est parti pour une heure de… Oui, pardon ? Ben, chépa moi, y’a quoi ?
On opte pour le massage Shiatsu car c’est si joli à dire et que, de toute façon, le thaï et le california on en a déjà mangé cette semaine. Je mélange quelque chose là non ? Bref.

Le massage commence et on est sur la défensive : des mains étrangères sur le corps huilé, c’est quand même un peu plus intime que le shampouinage, champouinage, schampouinage, merde, comment ça s’écrit, comme le shampoing administré par son coiffeur. D’ailleurs, on n’y pensait pas jusque-là mais d’un coup d’un seul, c’est le drame car en dix secondes, les strates d’un potentiel drame s’accumulent :

1. On se demande ce que ça ferait d’avoir, en cet instant, une réaction chimique, de type inopinée et verticale, en un mot la gaule ;
2. Puisqu’on y a pensé, ça pourrait commencer à arriver, c’est un peu comme penser au mal de cœur dans les transports, ça le convoque ;
3. On pense à tout l’espace restant dans le slip parachute et on devient fébrile (oh non, non, non, y’a pas la place, y’a pas la place, putain ya-pa-la-pla-ceuuuuu !) ;
4. On inspire par le nez, on expire lentement par la bouche. Discrètement bien entendu ;
5. En cas d’urgence, briser la glace : repenser à sa prof d’allemand de 4ème et tant pis si on a fait de l’espagnol, on a tous déjà vu une prof d’allemand !
6. En cas d’extrême urgence : repenser à un trauma d’enfance, de type interdiction durant quatre dimanches soirs consécutifs de ne pas regarder Cat’s eyes.
7. Même pas eu d’érection !

Le massage se déroule tranquillement, on s’en remet aux mains complètement asexuées de son administratrice (oui, une femme ça reste quand même mieux pour soulager les tensions), et on commence à voler, à changer d’air, ça devient stratosphérique, on plane sévère, on parle à des petits êtres sur des planètes que l’on nomme, les aurores boréales illuminent de grands espaces rocheux où aucun humain ne vit… Ah si, au loin, un mouvement, une silhouette qui vient vers soi, on ne la distingue pas encore tout à fait bien, elle devient de moins en moins floue, et on croit distinguer quelqu’un… Oh, oui c’est bien ça, c’est bien ce que l’on craignait, une infâme créature qui s’adresse à soi : « Herr Armini, lassen sie mich in Ruhe ! » (« Foutez-moi la paix !»).

C’est cette conne de prof d’allemand ! Il faudra tout recommencer.

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