Simulations

C’est le mercredi soir qu’il me parle, il revient du foot, exténué et sensible.

Déjà que j’étais contre la pratique d’un sport où les protagonistes sont plus concentrés à tromper un arbitre sur lequel ils essaient en permanence de prendre le dessus.

Déjà que j’étais opposé à ce drôle de sport, même pas drôle en vrai, qui consiste à jouer des failles humaines du commissaire sportif, à la dégaine d’un étudiant en mathématiques (1m83, 55 kgs, short pour 2), dépourvu d’assistance vidéo.

Déjà qu’ils feraient tous mieux de se concentrer sur l’essentiel d’un beau sport (British, shit !) parfois aussi beau et esthétique que ses ambassadeurs sont laids dans l’intention et cramponnés à la thune.

Déjà que le gazon, on le sait, est une planche (pourrie) à billets, et le réceptacle des pires insultes possibles.

Et en plus, je morfle le mercredi soir tant mon fils, tendre comme sa chair, me met devant le miroir de mon incompétence sentimentale.

Quelle méprise, ces tentatives de simulations où le joueur fautif :

– jurerait sur mère, grand-père et fils, voire sur sa « tête de oim », en œuvrant une exagérée supination des mains, les index tendus (parce que le majeur, ça vaut suspension de matches), qu’il n’a pas touché l’homme à terre qui broute le gazon en position fœtale, en hurlant comme s’il accouchait,
– allèguerait d’un aplomb inégalé (égalisable au moins ?) que le gars au sol s’est cassé le tibia tout seul.
Il devait avoir une fragilité, en effet.

Et en plus, tout ce qui m’est donné de subir en voyant le mercredi mon fils et ses 99 camardes sur le terrain synthétique, à part une loyale admiration pour son pied gauche lors des corners (fils, deviens peut-être Beckham ayant prénommé l’un de ces innombrables enfants du prénom de mon écrivain avare préféré, je ne peux que l’apprécier un peu pour ça outre notre année de naissance commune, mais ne pose jamais en slibards pour qu’ils s’écoulent dans la grande distribution non raffinée), c’est de me geler les couilles (justement) en contemplant tout ça.
Pardon je suis vulgaire mais si j’écris testicules, il me faudrait trouver des allitérations en « ule », et ça peut vite devenir moins joli que couilles que je peux pourtant faire rimer avec de beaux mots surannés comme carabistouilles.

Bref, je redoute le mercredi soir…le jeune est éreinté, harassé et fourbu. Plus délicat que la plus jolie des lettres d’amour manuscrites où tout un paragraphe aurait été bombardé par les larmes de son expéditeur (trice), plus à fleur de peau que ledit expéditeur (trice), plus distinct que les notes aiguës du cristal, trop concerné par son existence. Il se pose (trop de questions) comme suspendu dans une lucidité pas trop de son âge et il me parle. Car on est mercredi et il a eu foot. Car il aimerait être titularisé dans une famille que je ne parviens pas à lui offrir depuis que la famille originelle s’est dissoute, car je suis un con invivable. Il paraît. Y’a eu consensus là-dessus du moins.

On est mercredi et il a eu foot, il est las (de mon instabilité), il me dit qu’il sent qu’il va fondre en larme, je le rassure comme on berne un arbitre de Division d’Honneur, je simule moi aussi car je n’en sais rien si demain ira bien, mon cœur est fracturé. Je regarde mon bonhomme dans les yeux comme si je n’avais pas fait faute, tente de l’amadouer, je ne vaux pas mieux que les footeux.
Pourtant, de notre vie meilleure, je n’en ai que la certitude, pas encore la vérité. C’est aussi intangible que finement perceptible.

L’entraînement va payer, mon chéri sois confiant !

PS : Pardon, Papa t’aime.

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