Quand on fait du shopping avec une chérie

Quand on fait du shopping avec une chérie, pas de doute, on est pénitent.

On a sûrement commis quelque chose de grave, d’infâme, de quasiment irréparable pour mériter ça. On ne voit pas quoi mais inutile de chercher car ce quelque chose existe forcément (allez reconnais-le, il manquait un « je t’aime », hier soir). De toute façon, on ne badine pas avec cette justice. D’ailleurs la justice a tranché, c’est la peine maximale qui s’applique en l’espèce ; trois heures de shopping fermes (un samedi bien entendu, pour s’assurer de l’efficience de la sentence) au centre pénitencier de n’importe quel lieu carcéral dont le nom se finit par 2 (Vélizy, Parly, Rosny…) : la peine ultime, oui, sans sursis ni conditionnelle. Une visite de 10 minutes est autorisée, celle du Starbucks, ainsi que l’habituel bracelet électronique pour baliser le détenu : le smartphone.

La lourdeur de la sentence qui abasourdit éloigne un peu de ce qui devrait étonner : la chérie, prétendue victime, est juge et partie, avocat général, juge d’application des peines, et maton, d’ailleurs, y’a plus de « mon p’tit chaton » qui tienne ! (et c’est tant mieux car c’est hautement laid).

Bien entendu, il serait ici indécent de vous décrire l’ignoble supplice de cet homme durant son incarcération. Il ne peut qu’y crisper ses zygomatiques, en serrant les dents, condamné à tenter de réciter par cœur le guide du parfait coupable sur la route (666!) de la repentance conjugale :
– « Oh oui, chérie, elle te va bien divinement bien, cette robe » : sourire moyennement pour relâcher la crispation de la mâchoire ;
– « Hein ? Mais non quelle idée, je ne pense pas qu’une chaussure puisse boudiner ? » : adopter un air étonné mais pas trop con quand même, pour appuyer le propos.

Le guide enjoint aussi de prendre des initiatives, en prenant garde :

– aux bêtises qui flatulent : « Tu serais vachement mimi dans cette robe de chambre ! » = On ne parle pas à sa femme comme si c’était un pékinois qu’on cherchait à habiller pour la promenade hivernale = peine allongée, repasser devant le juge. « Ben quoi, t’aimes pas l’éponge comme matière ? » = Il flirte avec la perpétuité.

– à l’excès de confiance qui chasserait une salvatrice et opportune diplomatie circonstanciée : « Bien non chérie, 14 cm de talon, ça fait pas putain, non, non, les bas non plus, non vraiment je t’assure, mais au fait c’est pour la maison ou vraiment pour sortir ? ». Double « vraiment », ils s’annulent = couloir de la mort.

Oui, cela serait inconvenant de narrer l’enfermement (non, l’enfer ne nous ment pas au passage, il est au rendez-vous, la preuve !) de ce sinistre administré pénitentiaire d’une galerie commerciale où il en croise d’autres, ils se regardent, on devine les multirécidivistes à leur aisance, ils souriraient presque en portant des bags.

Préférons évoquer une tentative d’évasion de ce con damné. Imaginons qu’il se soit trouvé des couilles en promotion durant sa première heure de résipiscence, il s’insurgerait, conscient, contre les absurdes lois carcérales qui régissent son état, il deviendrait même déterminé à les contourner en séduisant sa matonne, pour lui piquer les clefs de sa cellule. Prisonnier prendrait sa condition avec philosophie et lucidité, il exécuterait un tiers de sa peine avant de tenter de s’évader du centre Alcatraz 2.

La fuite serait alors étudiée dès le début de sa condamnation, il saurait comment s’y prendre : le bon air de la liberté passerait par le bonnet rayé ou non de la réconciliation repérable dans toute boutique Aubade, Darjeeling ou Triumph (non t’oublies la culotte en coton de chez C&A). Bien entendu, l’approche doit être délicate, ce qui n’est pas forcément intégré dans les testicules en promotion fraîchement acquises ; Pour cela, il faut user d’autre chose, il s’agit d’être raffiné, il ne faut pas se faire repérer. Dans le magasin de lingerie, dans lequel on joue à quitte ou double (peine), il est exigé de se fondre dans le décor (plus sympa qu’à Nature et Découverte, non ?), de devenir plus fin que la ficelle du string de ce mannequin dont on ne s’attardera pas sur la poitrine menaçante à la faveur de ses droits obus.

Le futur évadé saurait opportunément et de façon aidante commenter la qualité de la matière (sans plus jamais évoquer le mot « éponge »), orienter le choix de sa chérie vers bah… idéalement vers son propre choix en fait, enfin le contraire serait dommage… Dans sa lente cavale vers les cieux bleus, le fugitif saurait donc s’intéresser aux bandeaux, ampliformes, aux bretelles interchangeables, aux tangas, shorties, il découvrirait et s’intéresserait de près aux hipsters, son coup de cœur…
Tout se déroulerait à merveille, sa sentence à peine commencée, il pourrait s’évader.

Mais c’est l’erreur fatale, Fugitif se ferait prendre et surprendre à tâter les reliefs du mannequin, lui qui de bonne foi (on le réputera de bonne foi) se contentait de toucher, pour se familiariser avec, la matière dentelée de cette improbable soutien-gorge extraterrestre, au bonnet de taille « F » comme « Fépapoffible ».

Oui, Captif, pauvre de lui, engoncé dans sa connerie, se ferait gauler à tâter l’intâtable comme on examine, impunément à Décathlon, les runnings du mannequin en short = c’est la mort sans le couloir, la guillotine sèche sur sa nuque. Tentative d’évasion ratée, « Fépapoffible » !

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