Lettre au manager en cours de ménopause, dénuée de vie personnelle et qui en facture les autres

Cher manager,

N’en déplaise à votre statut hiérarchique qui abrite sans doute bien plus d’autorité (mal placée) qu’il ne peut en accueillir, je ne vous trouve pas très bonne. Et je suis déçu, déçu de ne pas pouvoir vous admirer un peu.

Non, je ne vous trouve pas bonne du tout, et d’ailleurs en vrai, je ne vous aime pas, mais je n’ai pas l’énergie pour aller jusqu’à vous détester, je la garde pour aimer.

Mais puisqu’il ne me coûte pas de coucher ces lignes là, sur mon temps de travail, j’aimerais vous dire qu’à votre contact j’ai le même appétit que pour un plat de charlotte de boudin aux escargots et ses endives confites au miel et à la fourme d’Ambert, en période de gastro-entérite.

Je ne vous honnis pas, je vous plains. Certes je pourrais rendre hommage à vos compétences extraordinaires, à votre expertise aiguisée qui n’ont d’égales que votre incapacité à comprendre un être humain (c’est dire si vous êtes une bonne experte) mais cela ne m’inspire pas. L’humain vous est inaccessible, l’équivalent du tableau de bord avec plein de boutons de toutes les couleurs d’une salle de contrôle de la Nasa pour le commun des mortels. Pourtant cher manager, la rencontre n’est pas un accident, elle ne fait pas mal.

Dire bonjour le matin vous gerce les lèvres.

Réussir à répondre à un bonsoir ne heurte pas vos cervicales puisque vous ne levez pas la tête.

Retenez-le, il est insupportable d’être tributaire de votre humeur, de vos humeurs, elles sont nombreuses à être convoquées tour à tour dans la journée. Et si la pire d’entre-elle traduit votre aléatoire activité sexuelle de la veille ou du matin-même, sachez que les autres n’y sont pour rien. Au passage, quelle personne courageuse peut s’adonner à un tel sacrifice ? Pardon, c’est bas.

Vous cultivez la méfiance, ne savez pas faire confiance et êtes du côté de ceux qui défieraient vos subordonnés. Je pensais naïvement qu’une équipe se défendait si l’un de ses membres était mis en cause par l’extérieur, que vous chercheriez à savoir d’où était née une probable incompréhension.

Vous obtenez ici ou là quelques accointances mais globalement personne ne sait composer avec vous, nombreux sont les gens qui attendent d’entendre votre rire forcé pour déceler la brèche durant laquelle on peut venir vous parler.

Et ce n’est pas de la faute des autres non plus si votre vie ne contient qu’un volet professionnel dans lequel nos inévitables et ponctuelles incrustations de tracas personnels vous laissent pantoises. Les amours, les enfants, les vicissitudes de nos vies ne vous sont pas toujours connues et encore moins comprises. D’ailleurs, tout cela vous semble étranger, hostile mais doit vous manquer un peu puisque vous n’aimez pas rentrer chez vous, dans ce repaire de votre solitude et d’un désert affectif regrettable qui provoquerait presque l’apitoiement.

Les rencontres auxquelles nous assistons montrent à quel point vous ne savez pas parler d’autre chose que de boulot… Vous n’êtes invitée à aucune table lors d’une fête du personnel. Sûr que les somptueux moments passés dans les hôtels de luxe à mépriser les petites gens doivent vous manquer dans ces endroits où vous les côtoyer.

Vous semblez si fragile dans ces instants de convivialité, on voit votre visage changer, vous n’avez rien à partager, vous êtes envahie d’une réaction érythémateuse qui vous ferait frôler l’œdème de Quincke.

Vous me peinez, comment peut-on vous aider ? Vous ne pouvez pas rester comme ça.

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