Elle

Elle, je lui donne rendez-vous. Elle, elle hésite, elle accepte, elle n’a sans doute rien d’autre à faire à ce moment-là. Assis à côté d’elle, je la regarde, la vois à peine, elle c’est la grande réserve, elle se demande sans doute ce qu’elle fout là… D’où je la connais ? A-t-on réellement besoin de savoir ça ? Je suis face à tout ce que je ne sais pas, car elle, elle ne se livre vraiment pas comme ça. Elle, elle aime le thé. Moi je rêve d’un rhum arrangé. Mais j’ai peur d’être décalé, je prends donc un Kusmi Tea. Je m’impose une abstinence qu’elle n’a même pas exigée. Sans savoir pourquoi, j’ai déjà envie d’être de son côté. Ressemblons-nous ? Ou sommes-nous éloignés ? Cette dernière idée, je tends à la penser, pour ne pas tomber dans la facilité, pour ne pas un jour déchanter. Nous sommes éloignés, j’en fais donc un postulat. Dans ce jardin prudent, c’est décidé, j’y cultiverai le préjugé, pour tordre cette disposition à déjà bien l’aimer, la tenir à distance, et tant pis si elle est faite pour moi. Il y a que je l’admire déjà un peu, et tous les respects que je peux porter sont comme un seul homme convoqués. Elle, elle me plaît, mais hors de question d’être dans la séduction. Elle le comprend vite, elle, elle est intelligente, je n’aime pas les premiers moments, ceux où l’on n’est pas soi ou alors un frauduleux surmoi. Ça lui va. A notre guise, et sans consultation, on choisit séparément de ne pas être un jour une tromperie sur la marchandise. Et il y a en cet instant tout ce que je ne sais pas encore : Elle, elle n’est pas comme les autres, elle n’a pas une grande gueule… Elle pourrait pourtant. Elle, c’est une allure si gracieuse, des déplacements posés, des pas rythmiques qui font à nouveau vivre d’anciens temps, celui d’un pur esthétique. Lui parler rend son interlocuteur plus beau, il est porté, délicat, élégamment sapé, il arbore un costume trois pièces, un Borsalino, et une fine moustache. Elle le ramène aux années trente, où l’homme était gentleman, saluait de son chapeau, laissait passer la lady devant lui. A la voir déambuler comme dans un documentaire animalier, on sait que la féline est sélective… Et on ne la chahute pas comme ça, ou avec tact… On ne la touche pas non plus… Et c’est difficile de ne pas la toucher, ses mains en particulier, j’aime quand elles écrasent le sachet de thé et le ligote autour de la cuillère, ce rituel, j’y ai depuis plusieurs fois assisté. Elle est sauvage, mais pas effarouchée, elle est franche. Croiser son regard c’est à nouveau rencontrer la sincérité, celle qui s’est barrée ou n’est jamais vraiment arrivée par le passé. Elle réconcilie avec le genre féminin, qu’on croit, dans les pires déceptions, réservé au cul mais sans étreinte, destiné au sexe mais sans animalité complice. Elle, elle réhabilite l’idée qu’on peut tout partager. A peine plantés, j’ai déraciné les préjugés, les fleurs données ne sont pas belles. Je n’ai pas su quoi y mettre pour les remplacer. Mais, c’est devenu inutile, le vent y a soufflé et planté des graines de confiance et de loyauté. Les jeunes pousses sont d’une race reine ; à les contempler, je suis rasséréné. Elle, elle agrée au premier coup d’œil mais n’en a cure. Elle ne cherche pas tout ça. Elle, elle enrichit les dentistes, mille prétendants s’y sont cassés les dents ! Elle, elle est belle, elle est pure, elle est concernée. C’est la sœur idéale, quoi qu’un peu maman. La sœur de sœurs auxquelles elle donne à s’en éclater le cœur. Qui peut lui reprocher de chercher à protéger les êtres aimés ? Elle, elle aime la simplicité… elle peut être aussi sophistiquée, avec un dosage habile digne d’un nez, pour le plaisir, pour sa peau, pour ses ongles, pour ses yeux. Elle vit dans les salles de bains. Quand elle s’habille, elle cherche à se plaire, elle n’en a que faire des yeux vicieux de ceux qui dans la rue voient passer ce feu. Elle, elle ne s’adonne pas aux calculs hasardeux, elle ne créé pas ces discussions fluviales qui font naviguer vers la cascade. Elle est intelligente, ne cherche pas l’embrouille, ne s’encombre pas de vieux démons qui s’invitent et dansent quand les alcools mettent en transe. Elle, elle livre de l’ivresse à sa manière, par sa délicatesse. Elle, elle est finesse, elle est pudeur, elle est discrétion. Elle, elle n’entend pas très bien. Elle, elle a de beaux yeux. Elle, elle aime les voyages. Elle, elle est gourmande. Elle, elle est gourmande. Elle, elle est gourmande. Elle, elle est généreuse. Elle, elle sent bon. Elle, elle éclot chaque matin. Elle, je l’aime bien. Elle, elle est magnifique, elle transforme un homme, et elle sait jouer au Backgammon.

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