Juste une farce

Dans les fougues, tu la trouves belle
Dans la houle, un peu trop chienne
Tu ne sais pas c’qu’elle est vraiment
Chose est certaine : elle donne et reprend

Vie t’envoûte, Vie te fait croire
Vie (t’en doutes ?)
Te met heureux
C’est pour mieux tramer
Ton creux

Dans les fougues, tu dis confort
Dans la houle, tu lui donnes tort
Tort d’y croire
Pas tort d’en jouir
Y rester ? Ou bien fuir ?
Ou alors, alors l’aimer à mort
Y vivre un peu et beaucoup ivre ?
Y subsister ? Ne pas suivre ?

Vie t’envoûte, Vie te fait croire
Vie (t’en doutes ?)
Te met heureux
C’est pour mieux tramer
Ton creux

Elle est pugnace, juste une farce
Vie est là, sourit chez toi
Demain, elle saignera ta foi
Même pas bonnasse, elle est garce

Cette vache, tu la vénères
Et elle te sèche
Tu la méprises ? Qu’elle le sache :
Tu seras centenaire

Vie t’envoûte, Vie te fait croire
Vie (t’en doutes ?)
Te met heureux
C’est pour mieux tramer
Ton creux

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Et je le fais

On m’a dit à l’école faut travailler,
On m’a dit faut faire des études,
On m’a dit faut avoir une situation,
On m’a dit faut bien gagner sa vie,
Et je l’ai fait.

On m’a dit faut courber l’échine,
On m’a dit sois moins compétent, plus corporate,
On m’a dit faut rentrer dans le cercle,
On m’a dit faut te placer, tout accepter,
Et je l’ai pas fait,

On ne m’a pas dit ne sois pas frileux,
On ne m’a pas dit sois manuel, ça vaut de l’or,
On ne m’a pas dit crois en toi, t’es fort,
On ne m’a pas dit qu’est-ce t’en as à foutre.

Et je le fais. La vie n’a jamais été aussi courte.

La femme qui compte les jours en nuits et en heurts

Encore ce matin comme hier et comme des millions de demains, elle s’installerait bien plus longtemps dans sa demi-seconde.
Cette demi-seconde qui suit la fin du sommeil, lorsque le cerveau s’apprête à mettre le contact. On y est comme dans le noir complet, toujours allongé(e), comme dans un autre endroit, comme hors de chez soi. Un état d’on ne sait quoi, sans vraiment savoir où nous sommes ni ce que nous sommes : Humain, végétal ou animal ? Allongée sur son lit, à moitié rempli, les yeux fermés, elle vivrait bien des heures dans cette demi-seconde d’inconscience. Pour s’abandonner, pour ne pas réaliser, une demi-seconde à ne pas souffrir.
Une demi-seconde qui mimerait l’ivresse, à en oublier la veille, et tout ce qui est antérieur d’ailleurs.

Elle la tirerait volontiers, la presserait, la supplierait de demeurer. Mais si cette demi-seconde se vit, c’est anesthésié(e), on ne la maîtrise pas, on n’en a conscience qu’après.
Naturellement, ce matin, et de façon foudroyante, demi-seconde s’en est allée. Comme un rêve dans lequel on ne peut retourner, demi-seconde s’en est allée.

La femme, elle, sort doucement du brouillard, trop vite à son goût, et le ventre commence à faire mal, la nausée s’installe, elle est étourdie par ce réveil brutal. Une anesthésie d’une demi-seconde, ce n’est vraiment pas grand chose. Elle a sa réponse : elle est humaine.
Elle est humaine, ils sont animaux.
Elle ne veut pas réaliser, elle plisse les yeux, force sur eux, elle veut une autre une demi-seconde d’insensibilité, les sens n’y sont pas réveillés.

Elle garde les yeux fermés, dos à l’autre place dans le lit, elle ne se retourne pas, elle répute chéri non loin d’ici, un peu comme sous la même couette. Allez, c’est acquis, il est jusque à côté dans ce même lit, à quoi bon tenter de se retourner pour s’en assurer ou de le toucher, sous peine de le déranger ? Il est à côté, encore endormi. Elle s’ordonne de ne pas se fier à cette goutte de sueur qu’elle sent perler sur son front.
Allez, toute cette horreur, elle vient de la rêver, le cerveau scénarise vraiment n’importe quoi, quelle imagination à la con. Ses yeux s’ouvrent, elle fixe un point sur le mur et reste statique, angoissée quelque peu. Le cerveau se réveille et il se rappelle.
Combien de temps déjà ? Ça fait quelques jours qu’elle compte en nuits et en heurts, mais ne s’y retrouve pas. Une chose est sûre, il n’est pas encore inhumé. Son cerveau vient de lui indiquer, son haut-le cœur aussi.

Elle aimerait sentir une odeur de café qui vient de la cuisine, une odeur de clope qui ne devrait pas s’installer si les règles de la maison étaient respectées, elle réclamerait son baiser à l’haleine chargée, sûr que la veille il aurait bien profité de la vie entre amis à la terrasse d’un café. Car, c’est là où elle l’a laissé : à profiter, à la terrasse d’un café !

Un vendredi 13 au soir, il est sorti, en plein Paris.
Un vendredi 13 au soir, on s’en fout, un mardi 21 matin c’est pareil après tout, il est mort c’est tout !
Les animaux l’ont tué.
Des animaux, des primitifs qui ont la faiblesse de croire que si leur vie ne vaut rien, il est en de même pour tout humain. Des bêtes déguisées en hommes qui s’arrogent le droit de vie ou de mort sur des êtres humains.
Des bêtes lâches tapies dans les ombres de nos agoras, de nos rues. Sur un coup de frénésie, Paris ne vit plus comme dans les années folles : des années de folies nous seront-elles désormais servies ?

Elle a ce flash du bleu blanc rouge qui lui vient en tête, elle a pourtant essayé de contourner ces images d’infamie, d’ignominie, d’atrocité, d’inhumanité : pourquoi un tel acharnement à  ôter des vies ? Elle n’a pas d’énergie de penser plus loin que ça. Son pavillon à elle est pâle blanc sang. Le cerveau est bien éveillé : elle songe à son bébé, le blanc de son drapeau. Elle n’y avait pas encore pensé ces dernières secondes à giser sur le flanc. Dieu merci, le bébé va bien, il est en sûreté. C’est la seule chose dont peut se charger son entendement meurtri : faire un garrot au cœur qui pleure ensanglanté sous peine de sombrer exsangue à la minute d’après. Un jour, à cet enfant, ce bonheur, il faudra bien lui conter les heurs et le malheur.

Comment se relève-t-on de ça ?
On ne sait pas. Personne n’est programmé pour ça.
Elle sait juste qu’elle y arrivera, parce qu’elle n’a pas le choix.
Elle se résout à se retourner dans le lit à moitié vide, pour faire face à l’absent.
Faire face à l’absent, c’est son lot à présent.

Pour L., mille pensées.

 

Mais qu’est-ce que la vie fabrique ?

Jusque là, jusque là…

Jusque là, c’est comme un immortel que j’ai vécu cette vie de fou, et voilà…

Il y a cette vie de con, cette vie faite de heurs et de malheurs, de turpitudes, de bonheurs, cette vie remplie d’abscons, de soudaineté.

Je me voyais en sortant de cette vie, annuagir au paradis et clamer dans toutes les galaxies « n’y allez pas, n’y rentrez pas, ils sont tous insensés, tous aliénés, timbrés, enragés ; Dans leur existence, tous ces arrogants sont sûrs d’eux, se sentent immortels, perpétuels, ils surfent sur des vagues impatientes dont ils ne supportent pourtant pas l’urgence ni le contrat, celui qui dit un jour, une heure : las, trépas, arrête-toi là ».

Et moi, je ne vaux pas mieux. Et moi, je suis comme eux.

Et puis j’ai vu, je vois encore ton corps foudroyé, ton corps lutter, cet homme à terre, cet ami qui quitte notre air, notre éphémère, notre présent qui sera un jour passé, oublié.

On ne se disait pas en se rencontrant que l’un de nous verrait l’autre commencer à mourir sur un sol, un matin, où tout est rien, un matin où je ne sais quel destin tue, sale assassin !

Un cœur généreux qui lâche si soudainement, qui lutte encore un peu, qui ne s’avoue pas vaincu. Un cœur qui part, reviens, repart, mais qui finalement s’éteint.

Un cœur qui cède. Un putain de cœur prétendument râblé qui rompt, qui bâche. Un cœur musclé qui jusque là courrait et supplantait le commun des mortels, un organe affûté qui se casse un jour, lutte des heures et des heures, un cœur si fort et long mais pourtant fourbe car à la fin trop court ; Sans doute n’aurait-il battu qu’une seule minute s’il n’était pas aussi résistant face à cette funeste dispute.

C’est tel un mortel que je me présente à vous. C’est tel un choqué, un homme humblement sidéré que je sais quelle vie je loue, je finis de réaliser toute notre instantanéité.

Hier la mort a frappé ici, elle a recommencé trop de fois depuis.

La veille tu étais fort et bien, tu étais volcanique. Au petit matin de cette sinistre journée, tu as pris ton café, la journée s’annonçait athlétique, tu n’étais que kilométrique, et puis la mort est arrivée. Que s’est-il passé ? Mais qu’est ce que cette putain de vie cynique fabrique ?

Rien ne tout cela, rien de tout cela ne devrait arriver en un claquement de doigts.

Cette conne, parfois belle, t’a arraché de là,

Cette conne, parfois miel, a imposé sa loi,

Te voir mourir puis te fleurir,

Te voir mourir doit nous nourrir.

Non mais à quoi bon, à quoi bon rêver ? (2)

Qui a décrété de faire cauchemarder les enfants durant la nuit, de les angoisser, de nous surprendre au beau milieu d’un rêve unique et pour une fois, pour une fois, pour une fois, féerique, qu’on cherchera à reprendre à tout prix comme si c’était possible ? Ces rêves où l’on vole, ces rêves où l’on glisse, ces rêves magnifiquement rares où la femme est belle, même que c’est mon rêve, même que je l’épouserai cet incroyable être, même que le rêve raconte une vie, ma vie dont j’arrive à la fin.
J’y suis vieux et amoureux, vieux et amoureux, ça ne se fait pourtant plus. Dans ces étranges pensées nocturnes qui semblent organisées pour moi, juste pour moi, il y a la voix de la mort qui se fait de plus en plus claire, j’y suis vieux vous dis-je, j’y suis amoureux. Je suis vieux et je me souviens très clairement de cette femme, de la première ren contre avec cette pureté, cette beauté. Notre première ren contre, c’était il y a quarante ans, je l’ai vécu et je m’en souviens comme si c’était hier car même si je ne le sais pas, acteur de mes songes, notre ren contre d’il y a quarante ans, s’est déroulée il y a seize minutes, au début de ce rêve.
A la seizième minute, je repense alors à la première, il y a quarante ans de cela. Dans ces songes non convoqués, je revis cet espace temps imperturbable de la ren contre, cette ren contre qui se présente comme un écran, comme un écrin, comme un destin. Je le sais car dans mon rêve où je suis usé, j’aime repenser à cet instant. Rien de ce que les quatre yeux regardent ne sera un jour perverti ni trahi. Ces yeux séduits et séducteurs sont attirés. D’ordinaire ils sont captivés par ce qui un jour les repoussera. Dans cette imagination où il fait bon être ancien, je le sais que je suis attiré par ces mots, ces traits, ces yeux, ces gestes qui ne me lasseront jamais, parce je le sais : j’ai vécu et aimé cette vie de seize minutes.
Et je vénère je ne sais qui pour la vie de ce vieux qui m’a été prêtée durant ces seize minutes, ces quarante années filées par la ren contre, cette ren contre en forme de promesse qui ne sera jamais dénoncée. Qu’elle a été bonne cette vie me dis-je, vous dis-je, vieux et amoureux, vieux et heureux, prêt à lâcher prise, je ne sais même pas que je m’apprête à ne plus l’halluciner cette vie parfaite, tout ceci semble si réel, j’ai le sentiment d’avoir goûté et savouré ces quarante saisons.
Nul besoin durant cette existence parfumée de toi, ô ton parfum, ce mirage que j’emprunte ou qu’on me prête, je ne sais plus très bien, de contraindre les viscères, de nouer le cerveau, de coûte que coûte dans le passage éphémère de la vie qui part de la mère, qui traverse le père, de chercher un chemin, un sens limpide et clair. Car le chemin est là, il est évident, manifeste, il ne souffre aucune remise en question, il est tapissé de coton, le bruit de l’autre, de toi, ne fait aucun bris. Le bruit des autres ne peint pas de gris.

Mais au lieu de gentiment mourir, on se réveille, je me réveille dans cette réalité où le soleil prend froid, où le rassérénant s’inquiète, où ma parfumée que j’ai rêvassée me pousse à la rechercher.

Non mais à quoi bon, à quoi bon rêver ?

Non mais à quoi bon, à quoi bon rêver ? (1)

Non mais à quoi bon, à quoi bon rêver ? Je parle de ces songes étranges lorsqu’on est endormi, pas de ces fantasmes pensés debout, alors que serrés dans le métro comme des danseurs de Lambada (t’as 20 ans : tu connais pas), on cherche à coup de rêveries des échappatoires.

Je parle de ces choses bizarres qui se déroulent dans nos têtes alors qu’on n’aspire qu’à fermer les yeux et à tout oublier durant une nuit que l’on souhaite ressourçante, comme une petite mort, comme une anesthésie de huit heures. Au lieu de ça, « on » trouble notre quiétude. Non mais franchement, qui ferme les yeux le soir pour se retrouver dans cette étrange fiction où son chef arrive au bureau en caleçon de bain et bonnet de pêcheur vissé sur la tête, méduses aux pieds et épuisette à la main, l’engueulant parce qu’il n’a pas assez avancé sur le prochain discours d’Obama ?

Personne.

On ne choisit pas de s’allonger quelques heures pour rêver :

Qu’on (tré)bûche mais rate un baccalauréat pourtant obtenu dans la vraie vie. Bon, à 3 centièmes au dessus de la moyenne (oui, 10,03/20) par pure hypothèse, il y a de quoi ne jamais réellement réputer la chose acquise au point d’en rêver de longues années encore, je le concède ;

Qu’on met un 7 – 2 à Henri IV à FIFA, il n’avait qu’à prendre le FC Nantes puisque je n’avais aucune religion sur le choix de l’équipe ;

Qu’on apprend le ouzbèque (on dit peut être l’ouzbèque ? Bref) au cas où une belle opportunité d’emploi se créerait du côté de… tiens prenons l’Ouzbékistan par exemple (on dit peut être le Ouzbékistan ou Loosebékistan ? Bref) ;

Qu’on est candidat à The Voice non pas en chantant mais en cuisinant pour le jury une spécialité charmante composée de 4 demi-couilles (2 couilles, une paire) de Yack poilées sur roquette et asperges et son coulis de betteraves (supplément salicornes : + 2 €) ;

Qu’on doit finalement faire l’armée (beaucoup d’hommes nés entre 1974 et 1979 n’y croient toujours pas d’avoir pu un jour passer à travers une soirée Scrabble et Monopoly qui dure 10 mois, habillés en treillis) ;

Qu’on joue dans « Eyes Wide Shut » et qu’on est la seule partie (prenante) à ne pas porter de masque.

Non mais les rêves, vraiment ? Qui a inventé et décidé qu’on ne pourrait jamais être serein, dans un bain de quiétude durant la nuit ? C’est pourtant cruel, ce virus pervers atteint même les bébés. Il faut vraiment être immonde pour ne pas laisser les bébés tranquilles, leur faire revivre leur naissance. Et ces enfants auxquels on souhaite une bonne nuit, de faire de beaux rêves et dont on sait qu’ils pousseront un énorme cri qui effraye le cœur ? Non mais à quoi bon, à quoi bon rêver ?

De l’air pour un dernier soupir

De l’air, ne plus jamais toucher notre terre,

Et puis des courants d’air, de chauds courants de mer,

Oublier la meute et les servitudes,

Revivre les étés depuis lors enterrés,

Le soleil qui basane, qui rend tout doré,

La ferme et le lait, les chemins toujours sûrs,

De l’iode, du bleu puis du vert, et jamais de murs,

Les douces soirées, leurs crépuscules sans fin,

Les grands qui s’enivrent, tout le monde rit bien,

Le vélo bien trop haut, les genoux esquintés,

La frousse d’emprunter quelques chemins secrets,

Une ligne dans la forêt d’une presqu’île,

On s’en foutait pas mal des choses futiles,

Nous les gamins, nous étions riches de presque rien,

Dans l’obscurité de l’été, juste être bien,

Des chouettes trop ponctuelles affolent,

Moins gaillards dans la nuit, nous tentons gaudrioles,

Des carabistouilles, des polissonneries,

Les vers luisants luisent, les étoiles brillent,

Les voisines passent et les corps frétillent,

Sur ces pensées bizarres, s’endormir très tard,

Demain tout recommencera, mois d’août fêtard,

Des mûres arrachées des ronces aiguisées,

Elles seront « madeleines » pour l’éternité,

L’odeur des confitures que l’on sent là cuire,

Quand la vie sera terne, bien s’en souvenir,

De ces confiseries qui mettent en émoi,

Au délicieux goût de grande cuillère en bois,

Il faudra passer par des choses compliquées,

Toutes les vieilles grands-mères à embrasser,

La vaisselle à la main qui casse les pieds,

Voir d’odieuses huîtres aux repas là passer,

Mais mes très chers, toute cela est vite oublié,

Vingt ans avant deux mille, que de la liberté,

 

Et puis dîtes moi donc, il y a l’horizon,

Celui, marin, qui nous évade des prisons,

Qui donne envie de mourir demain, aujourd’hui,

En repensant à cette enfance douce,

Lorsque pour cette dernière fois l’on glousse,

A ces pots de confitures pièges à guêpes,

A ces jours de pluie, dans la tente les crêpes,

A ces étés, où nous étions émancipés,

A ces simplicités qui vivent dans ma vie,

Partir, mourir une nuit sans les avoir trahies.