[Mon père]

Mon vieux, mon vœu pieu, les illusions d’être allé plus haut et plus loin que toi ne sont que des idées miséreuses. J’ai filé plus de miles, entre là et ici, que toi si tu revivais cent fois ta vie. A quoi bon ! Partout où je vais, j’en reviens, et quand je reviens de là, j’en reviens à toi. Mon père, mon vieux, je dois à tes yeux, autrefois inquiétants, qui mettaient de l’ordre en un clignement d’eux, le juste rappel à l’ordre. Je ne t’ai jamais ressemblé. A ta peau blanche, mon épiderme des îles, tu es artisan, je ne suis pas habile. Je dois à tes mains le complexe des miennes ! Elles tapaient bien le métal, le végétal et la peau. Sous chaque communication dépourvue de mots, sous les coups de tout ce qui aurait pu rompre mes os, je n’arrivais pas à te détester. Car même dans les pires des plus jeunes rebellions, je t’ai toujours admiré.

Chut c’est un secret !

Sûr que mon cerveau trop bouillonnant a pourtant hérité de quelques intelligences de la vie et des situations. De quelques filouteries jouissives aussi. Le cerveau, tu n’en avais cure. Du moins je le pensais. Le mien ne s’est jamais déclaré, ça ne t’aurait pas parlé. Être un branleur me procurait plus de confort que de t’envoyer en pleine face que j’étais fort d’autre chose. Alors comme toi dans ton jardin, moi aussi j’ai cultivé. J’y ai planté l’insolence, l’impertinence, la nonchalance. La grand-mère disait que tu étais comme ça plus jeune, j’ai voulu être comme toi. Comme toi. Ton mauvais apprenti était à ton image, celle que je me faisais de toi à ton âge, tu ne pouvais qu’aimer ça! Par le plus grand des malentendus, j’ai laissé les études me poursuivre. J’ai compris que tu en étais ivre.

Un métier, des quotidiens encravatés, puis un autre, encore un autre, où je te laisse encore croire qu’il procure tous les abris, tous les espoirs. Mais l’or que je touche est bien vulgaire, il n’atteindra jamais ton stock de cartouches et d’intelligent flair. Je crois que mon plus beau métier serait de te ressembler. Ça serait lucratif de l’essentiel. Mais je me contente de prendre de toi tes gestes vieillis et moins sûrs et ton sage silence, et tant pis pour ce que tu ne dis pas de ton histoire, de ce que tu ne dis plus de ta science. Je savoure de pouvoir enfin t’embrasser, de voir une fébrilité qui ne s’est pas annoncée.

Qu’il est étrange de s’être construit sur quelque chose qui a finalement changé. On pourrait rêver de liberté mais la forge est déjà passée. Et je crois que nos différences ont bâti une belle cité. Avec toute ma gratitude, ma fierté, j’avoue faiblir quand je te vois lire… moi je demeure con quand il faut enduire.

Voici, mon vieux, tout ce que je ne te dirai pas là. On ne s’est pas connus comme ça.

« Aucun rapport ! » (Nadia)

La porte s’ouvre et la femme se tient là. On n’enfreint rien car c’est Nadia.

J’ai rendez-vous avec elle, la femme qui se tient là. Une femme, non mais quel sommet de l’abstrait aurais-je gravi en imaginant,  il y a trente ans, cette fillette en femme : les cheveux noirs, les yeux perçants, sans doute une frange, un visage globalement espiègle arborant souvent un sourire victorieux qui ne savait pas dissimuler la connerie fraîchement achevée. Et… une blouse. Qui peut y anticiper une femme ?

Sur cette blouse à la jeune fille, un truc situé sous la clavicule gauche attirait l’œil. A cet endroit même où le shérif porte son étoile astiquée, où tout vendeur Darty  porte son badge avec son prénom écrit dessus (pour engueuler le vendeur, le client préfère savoir son prénom). Oui, à cet endroit précis quelque chose  brodé en rouge captivait la rétine, ça donnait cette information : « Nadia Riou ».

On ne réalise pas en CM1, à cette époque que lire « Nadia Riou » sur une blouse, c’est un peu comme y lire Djemila Guivarc’h : c’est contrasté ! La fille au prénom oriental tire son nom de famille de quelques filiations bretonnes, du bout du monde occidental de notre vieux continent. Je ne me faisais pas vraiment la réflexion, bien qu’étant aussi du pays de la galette complète (supplément andouillette, s’il vous plait !). Ç’eut tout autant pu (prononcer : sutoutotanpu) être un hommage à une quelconque héroïne russe, ou à Nadia Comăneci… ce qui était d’ailleurs le cas. Nadia en a gardé une souplesse parfois contrariée par un dos indocile et capricieux. Alors oui, « Nadia Riou », c’est contrasté mais c’est aussi et surtout l’annonce d’une richesse qu’elle a su trouver.

La porte s’ouvre donc, Nadia est là. Elle ne sait pas dire bonjour de loin. Nadia accueille d’un sourire qui part des yeux, écartèle la bouche et explose sans doute dans son ventre. L’étreinte suit. On pourrait faire demi-tour instantanément, se dire au revoir comme on vient de se dire bonjour et s’en retourner vainqueur, de bonne humeur, la journée serait réussie tant ça fait du bien.

On pourrait le faire mais on ne le fait pas. On devient gourmand, et même un peu studieux. « Pourquoi ? », me demandez-vous. Ah non vous ne me le demandez pas, mais je vous le dis quand même. Et bien on devient studieux parce qu’avec Nadia, on révise ses fondamentaux : la générosité et le partage.

Nadia invite à s’installer dans le canapé. Elle ne s’enquiert pas tout de suite du degré de soif de l’hôte, le verre de blanc attendra. Elle veut d’abord savoir ! Savoir d’abord. Elle se pose devant soi, plante ses yeux clairs dans ceux d’en face et elle s’informe : « Comment ça va toi mon chat ? »

La question féline n’est pas anodine, Nadia en aurait d’ailleurs presque déjà la réponse. Il y a que le temps de l’ouverture de porte, du sourire et de l’étreinte, sur le seuil elle a tout vu tout perçu : un amincissement, un mal-être ou au contraire un sourire triomphateur, une excellente bonne humeur. Elle l’a deviné et veut le vérifier. Elle-même fluctue à la faveur des heurs et malheurs, des vicissitudes (prononcer : bah comme ça s’écrit), elle grossit (« putain j’ai grossi ! »), maigrit (« putain je fais gaffe en ce moment ! »), vit comme tout un chacun de sales minutes et de fastes heures. Elle est installée là, face à soi, et elle se renseigne, regarde et scrute. L’âme rougit d’être ainsi dénudée mais accueille cette bienveillance jamais invasive. En cas de malheur, Nadia veut savoir, elle veut aider. En cas de bonheur, elle veut en connaître elle veut partager.

Le chat commence à s’exécuter, il tente de répondre à la  question par les mises à jour d’un feuilleton épileptique (la vie quoi !) dont il sait trouver de l’audience, du côté de la Riou. Au bout du septième mot, ce qui arrive vite ma foi quand on débute sa phrase par « et bien écoute pour tout te dire … », elle balance un « Tu sais que t’es beau !? ». C’est fulgurant, ça ne prévient pas, et ça donne ça :

Nadia : « Comment ça va toi mon chat ? »
Chat : – Et bien écoute pour tout te dire …
Nadia : – Tu sais que t’es beau !? »

Version chatte, c’est même au sixième mot :

Nadia : « Comment ça va toi ma belle ? »
Chatte : -Je suis allée chez Maje et… 
Nadia : – Tu sais que t’es belle ma chérie !? »

Deux filles, dix conversations simultanées, ça ne choque plus personne.

On se raconte donc des choses, et Nadia écoute sincèrement. Un moment de partage qui fait toujours du bien. C’est qu’avec la dame, il y a cette magie qui opère. Les personnes fragiles sont d’une force insoupçonnée quand elles choisissent d’abriter dans leur refuge exquis. On s’y engouffre dans cette bienveillance, et on apprend bien la leçon. A prendre du généreux, on apprend à mieux donner, et bien plus volontiers. En lui parlant je constate qu’elle a encore changé de coupe, de coiffure, bref quelque chose là-haut. Une considération capillaire pourrait sortir inopinément de ma bouche mais j’ai peur de me planter. Et puis discuter coiffure avec une fille c’est comme parler volcan avec Haroun Tazieff, on a vite l’air con devant la pauvreté de ses compétences en la matière ! Je m’y risque quand même avec la précaution du… bah du chat tiens !

Chat : « Sont bien tes cheveux comme ça !
Nadia : – Oh, merci mon chéri !
Chat qui craque : – c’est un tie and dye c’est ça ?
Nadia qui cite Nadia : « Alors là j’t’explique : AUCUUUUUN RAPPOOOOORT ! »

La seconde qui s’en suit, Nadia a déjà oublié ma tentative de pédanterie. La conversation reprend, Nadia est bien, elle ne se rend même pas compte que même quand elle est mal, elle fait du bien. On peut bien s’avouer ne pas toujours être à la hauteur. Le problème des personnes très entourées, c’est qu’on pense  toujours que quelqu’un d’autre que soi s’en occupe. A tort. Alors pour pallier cet écueil, on se met à faire comme elle, décidément ses leçons d’amitié sont un programme sans fin. Faire comme elle, c’est multiplier les pensées, les attentions, les mots. C’est avoir à tout moment de la journée, sans contrainte aucune mais simplement parce qu’on en a envie, la délicatesse classieuse d’adresser ce sms qui embrasse, ces dix secondes de vidéo délurées, de passer ce coup de fil qui donne corps à ces habituelles et pauvres déclarations « l’autre jour j’ai pensé à toi tiens ! ». Oh que c’est savoureux ! Et quand on voit ses autres amis devenus trop silencieux, sans initiatives, paresseux, parfois pingres, on sait que le savoureux confine au précieux.

Durant les échanges du jour Nadia passe par plusieurs phases : son beau garçon, le dégoût du racisme, le boulot couçi couça, l’excitation de faire écouter le son du moment, les envies de soleil, le goût des choses vraies, les valeurs. Nadia est authentique.

Nous sommes interrompus. Mari et fils gagnent l’appartement. La fillette à la blouse est devenue maman. Une maman juste, posée, communicante. Avec mari, les embrassades pourtant quotidiennes ne sont absolument pas négligées mais au contraire bien soignées. En guise de léger retrait dans cet instant intime, je laisse passer une légère distraction qui s’invite : le souvenir de la chapelle sur le promontoire de cette île grecque où ils se sont mariés.

Dans ce moment raffiné, on prend la mesure de ce bel instant de vérité. Tout est lâché, rien n’est rentré. Même quand ils se pourrissent ces deux-là, ça sent le cœur ! Dans cet empire, on aime y être invité, on y est souvent nombreux : cette femme-là, on aime appartenir à sa famille.

—————–

« Ah ben oui, c’est pas un un tie and dye, chui bête, c’est un dégradé !
– AUCUUUUUN RAPPOOOOORT ! »

 

 

Elle

Elle, je lui donne rendez-vous. Elle, elle hésite, elle accepte, elle n’a sans doute rien d’autre à faire à ce moment-là. Assis à côté d’elle, je la regarde, la vois à peine, elle c’est la grande réserve, elle se demande sans doute ce qu’elle fout là… D’où je la connais ? A-t-on réellement besoin de savoir ça ? Je suis face à tout ce que je ne sais pas, car elle, elle ne se livre vraiment pas comme ça. Elle, elle aime le thé. Moi je rêve d’un rhum arrangé. Mais j’ai peur d’être décalé, je prends donc un Kusmi Tea. Je m’impose une abstinence qu’elle n’a même pas exigée. Sans savoir pourquoi, j’ai déjà envie d’être de son côté. Ressemblons-nous ? Ou sommes-nous éloignés ? Cette dernière idée, je tends à la penser, pour ne pas tomber dans la facilité, pour ne pas un jour déchanter. Nous sommes éloignés, j’en fais donc un postulat. Dans ce jardin prudent, c’est décidé, j’y cultiverai le préjugé, pour tordre cette disposition à déjà bien l’aimer, la tenir à distance, et tant pis si elle est faite pour moi. Il y a que je l’admire déjà un peu, et tous les respects que je peux porter sont comme un seul homme convoqués. Elle, elle me plaît, mais hors de question d’être dans la séduction. Elle le comprend vite, elle, elle est intelligente, je n’aime pas les premiers moments, ceux où l’on n’est pas soi ou alors un frauduleux surmoi. Ça lui va. A notre guise, et sans consultation, on choisit séparément de ne pas être un jour une tromperie sur la marchandise. Et il y a en cet instant tout ce que je ne sais pas encore : Elle, elle n’est pas comme les autres, elle n’a pas une grande gueule… Elle pourrait pourtant. Elle, c’est une allure si gracieuse, des déplacements posés, des pas rythmiques qui font à nouveau vivre d’anciens temps, celui d’un pur esthétique. Lui parler rend son interlocuteur plus beau, il est porté, délicat, élégamment sapé, il arbore un costume trois pièces, un Borsalino, et une fine moustache. Elle le ramène aux années trente, où l’homme était gentleman, saluait de son chapeau, laissait passer la lady devant lui. A la voir déambuler comme dans un documentaire animalier, on sait que la féline est sélective… Et on ne la chahute pas comme ça, ou avec tact… On ne la touche pas non plus… Et c’est difficile de ne pas la toucher, ses mains en particulier, j’aime quand elles écrasent le sachet de thé et le ligote autour de la cuillère, ce rituel, j’y ai depuis plusieurs fois assisté. Elle est sauvage, mais pas effarouchée, elle est franche. Croiser son regard c’est à nouveau rencontrer la sincérité, celle qui s’est barrée ou n’est jamais vraiment arrivée par le passé. Elle réconcilie avec le genre féminin, qu’on croit, dans les pires déceptions, réservé au cul mais sans étreinte, destiné au sexe mais sans animalité complice. Elle, elle réhabilite l’idée qu’on peut tout partager. A peine plantés, j’ai déraciné les préjugés, les fleurs données ne sont pas belles. Je n’ai pas su quoi y mettre pour les remplacer. Mais, c’est devenu inutile, le vent y a soufflé et planté des graines de confiance et de loyauté. Les jeunes pousses sont d’une race reine ; à les contempler, je suis rasséréné. Elle, elle agrée au premier coup d’œil mais n’en a cure. Elle ne cherche pas tout ça. Elle, elle enrichit les dentistes, mille prétendants s’y sont cassés les dents ! Elle, elle est belle, elle est pure, elle est concernée. C’est la sœur idéale, quoi qu’un peu maman. La sœur de sœurs auxquelles elle donne à s’en éclater le cœur. Qui peut lui reprocher de chercher à protéger les êtres aimés ? Elle, elle aime la simplicité… elle peut être aussi sophistiquée, avec un dosage habile digne d’un nez, pour le plaisir, pour sa peau, pour ses ongles, pour ses yeux. Elle vit dans les salles de bains. Quand elle s’habille, elle cherche à se plaire, elle n’en a que faire des yeux vicieux de ceux qui dans la rue voient passer ce feu. Elle, elle ne s’adonne pas aux calculs hasardeux, elle ne créé pas ces discussions fluviales qui font naviguer vers la cascade. Elle est intelligente, ne cherche pas l’embrouille, ne s’encombre pas de vieux démons qui s’invitent et dansent quand les alcools mettent en transe. Elle, elle livre de l’ivresse à sa manière, par sa délicatesse. Elle, elle est finesse, elle est pudeur, elle est discrétion. Elle, elle n’entend pas très bien. Elle, elle a de beaux yeux. Elle, elle aime les voyages. Elle, elle est gourmande. Elle, elle est gourmande. Elle, elle est gourmande. Elle, elle est généreuse. Elle, elle sent bon. Elle, elle éclot chaque matin. Elle, je l’aime bien. Elle, elle est magnifique, elle transforme un homme, et elle sait jouer au Backgammon.

Lettre au manager en cours de ménopause, dénuée de vie personnelle et qui en facture les autres

Cher manager,

N’en déplaise à votre statut hiérarchique qui abrite sans doute bien plus d’autorité (mal placée) qu’il ne peut en accueillir, je ne vous trouve pas très bonne. Et je suis déçu, déçu de ne pas pouvoir vous admirer un peu.

Non, je ne vous trouve pas bonne du tout, et d’ailleurs en vrai, je ne vous aime pas, mais je n’ai pas l’énergie pour aller jusqu’à vous détester, je la garde pour aimer.

Mais puisqu’il ne me coûte pas de coucher ces lignes là, sur mon temps de travail, j’aimerais vous dire qu’à votre contact j’ai le même appétit que pour un plat de charlotte de boudin aux escargots et ses endives confites au miel et à la fourme d’Ambert, en période de gastro-entérite.

Je ne vous honnis pas, je vous plains. Certes je pourrais rendre hommage à vos compétences extraordinaires, à votre expertise aiguisée qui n’ont d’égales que votre incapacité à comprendre un être humain (c’est dire si vous êtes une bonne experte) mais cela ne m’inspire pas. L’humain vous est inaccessible, l’équivalent du tableau de bord avec plein de boutons de toutes les couleurs d’une salle de contrôle de la Nasa pour le commun des mortels. Pourtant cher manager, la rencontre n’est pas un accident, elle ne fait pas mal.

Dire bonjour le matin vous gerce les lèvres.

Réussir à répondre à un bonsoir ne heurte pas vos cervicales puisque vous ne levez pas la tête.

Retenez-le, il est insupportable d’être tributaire de votre humeur, de vos humeurs, elles sont nombreuses à être convoquées tour à tour dans la journée. Et si la pire d’entre-elle traduit votre aléatoire activité sexuelle de la veille ou du matin-même, sachez que les autres n’y sont pour rien. Au passage, quelle personne courageuse peut s’adonner à un tel sacrifice ? Pardon, c’est bas.

Vous cultivez la méfiance, ne savez pas faire confiance et êtes du côté de ceux qui défieraient vos subordonnés. Je pensais naïvement qu’une équipe se défendait si l’un de ses membres était mis en cause par l’extérieur, que vous chercheriez à savoir d’où était née une probable incompréhension.

Vous obtenez ici ou là quelques accointances mais globalement personne ne sait composer avec vous, nombreux sont les gens qui attendent d’entendre votre rire forcé pour déceler la brèche durant laquelle on peut venir vous parler.

Et ce n’est pas de la faute des autres non plus si votre vie ne contient qu’un volet professionnel dans lequel nos inévitables et ponctuelles incrustations de tracas personnels vous laissent pantoises. Les amours, les enfants, les vicissitudes de nos vies ne vous sont pas toujours connues et encore moins comprises. D’ailleurs, tout cela vous semble étranger, hostile mais doit vous manquer un peu puisque vous n’aimez pas rentrer chez vous, dans ce repaire de votre solitude et d’un désert affectif regrettable qui provoquerait presque l’apitoiement.

Les rencontres auxquelles nous assistons montrent à quel point vous ne savez pas parler d’autre chose que de boulot… Vous n’êtes invitée à aucune table lors d’une fête du personnel. Sûr que les somptueux moments passés dans les hôtels de luxe à mépriser les petites gens doivent vous manquer dans ces endroits où vous les côtoyer.

Vous semblez si fragile dans ces instants de convivialité, on voit votre visage changer, vous n’avez rien à partager, vous êtes envahie d’une réaction érythémateuse qui vous ferait frôler l’œdème de Quincke.

Vous me peinez, comment peut-on vous aider ? Vous ne pouvez pas rester comme ça.

Lettre à Michel Polnareff

Sans titre
Cher Michel,

Une tendance à la paresse et à la procrastination a retardé ce moment où je souhaite louer ton œuvre.

A mesure que je t’ai écouté, ces 20 dernières années, j’ai eu plusieurs fois le désir de m’adresser à toi. Mais Amiral, je n’avais pas le vent dans le dos, il est difficile de lutter contre une poupe qui fait non. Les canaux proposés ne me semblaient pas judicieux pour faire mouche, du type : adresse dans un programme TV (qu’affectionne ma vieille tante) au demeurant fortement utile à des fins de correspondance avec son présentateur météo préféré pour lui dire tout le bien qu’on pense de lui tout en le mettant en garde sur certains de ses choix vestimentaires, parfois. Non, les voies proposées ne m’allaient pas. Et lorsqu’elles se sont dessinées en www, je ne les ai pas empruntées, je me suis laissé dériver. Vingt années à ne pas faire, à me dire qu’il faudrait qu’un jour, un jour, un jour, il faudrait te dire tout le plaisir que m’a procuré ton minutieux travail.
Mais puisque j’ai commencé à écrire ces lettres à des artistes que j’apprécie, je me dois de faire également un tour par ton port, celui qui t’attache.
Chose aisée en 2014 : nous sommes là sur un vaisseau qui est le tien et sur le plus grand des terrains, le Web. Le moyen de locomotion étant choisi pour venir te causer, je n’ai plus de raison de me taire ; A terre mon atermoiement car il me parait opportun, alors que tu fêtes un anniversaire rond, de faire paresser ma paresse en lui injectant une dose de courage nécessaire à l’élaboration de mon « Computer’s dream » : peut-être que ces lignes se reflèteront un jour dans tes légendaires lunettes, j’en serais du moins très fier.

Michel, n’en déplaise à cette baseline sur ton compte Twitter : « […] He made a huge come back with ZE (RE) TOUR 2007 », tu n’es jamais vraiment parti. Ah, oui, l’exil… cette histoire d’exil… Certes dans les années 70, il était sans doute aussi difficile de t’atteindre que de marcher tout nu sur les avenues (tu en sais quelque chose), mais l’exil a aiguisé cette pointe de technologie avant-gardiste qui te caractérise, une technique de la communication bodybuildée : tu étais parti mais tu étais là, sautant l’océan Atlantique en un coup de duplex, en jouant sur et avec les écrans par lesquels tu savais apparaître et disparaître à ta guise, maniant la télécommande, le zapping avant même la révolution Achtung Baby/ Zoo TV. Avant-gardiste, disais-je et même prophétique des années 2000 quand tu convoquais du doigt la ligne de Marylou avant de lui dire goodbye ! Un roi des claviers, du digital, et du web dès ses balbutiements : on ne se demande plus sous quelle toile tu es né. L’e-toile, évidemment.

Ton huge come-back, je le situerais, égoïstement, en 1995 lorsque je t’ai réellement découvert dans cette émission « A la recherche de Polnareff », sur Canal +. J’ai remarqué un Polnareff qui bougeait et qui parlait, je ne t’avais aperçu que figé, dans la maison familiale, sur ces pochettes de vinyles où tu jouxtais Johnny, Eddy, France Gall, et Franck Pourcel (il fallait bien un brun), etc. Et si la modeste discothèque de mes parents pouvait inviter, en faisant fi de son étrange parenté avec un catalogue de salon de coiffure, à découvrir ce que ces têtes aussi fournies qu’immobiles avaient à raconter, je ne l’ai pas vraiment fait. Je savais simplement que feu mon grand-père affectionnait « On ira tous au paradis », sans doute tentait-il de se placer sur la fin. Une chose est sûre, les communistes y vont aussi, mais ça ne rimait ni avec chiens ni avec putains.

Je me souviens de l’annonce d’« A la recherche de Polnareff ». Elle m’avait intrigué (tiens, Polnareff !) et j’avais choisi d’être à l’heure de sa première diffusion, d’être au rendez-vous avec le type blond et frisé des vinyles de la maison… Quand on nait en 1975, on ne connaît pas Polnareff, on ne connait que sa légende, sa musique. En 1975, il a déjà quitté la France. Mais pour errer où au juste ?
Dans ce programme, après une longue quête, et quelle quête, tu es in fine découvert en couleur et en verres, en tenue militaire, dans le désert californien. Tu as joué le jeu, allant jusqu’à flécher sur bande-vidéo, te sachant loupé de peu dans le dernier hôtel pratiqué, le parcours jusqu’à l’endroit où tu voulais bien te faire dessabler.

Te dessabler, c’était te découvrir arborant le cheveu long, lisse et platine au volant de cet incroyable Hummer. Le sens de l’arrivée, et de la communication, j’étais conquis. J’évoque ceci, de façon trop laconique, le souvenir faillible, ces images m’étant devenues inaccessibles : ma pauvre cassette VHS qui les contenaient a rendu l’âme à moins que ce ne soit le magnétoscope qui le lisait. Oui, de mémoire, tu étais retrouvé, et après un incroyable toilettage pileux et capillaire, tu te rendais disponible pour une conversation venteuse à en rendre dingue le preneur de son, avec Michel Denisot, au milieu de ce nulle part désertique qui abritait ta vie. Au passage, je dois admettre avoir aimé le visionnage plus récent de « Searching for Sugarman », tant en soi que pour ce qu’il me rappelait de ta découverte en forme de jeu de piste.

Au fil du reportage, je découvrais ton mystère et ta légende, tes itinérances, ton phrasé, ton humour, une grande gueule juste, tes débuts en noir et blanc. Je connaissais quelques-unes de tes créations car lorsqu’on vit sur cette planète, on en connaît au moins une. Il m’était par la suite possible de bien apprécier ton œuvre, du moins la plus évidente, en me passant en boucle le « Live at the Roxy », auquel quelques bénis des Dieux sont allés bouffer du paradis. Passée son ère pataude et trop 56 K, j’utilisais massivement Internet, puis You Tube à la recherche de choses plus rares, des Lives jusqu’aux plus improbables, comme ceux où tu scintilles, comme celui où tu accompagnes frénétiquement, au piano, un Johnny Hallyday archi Presley. A mon apprentissage de tes chansons et moments de scène, je pouvais désormais associer quelques passages de ton histoire, récemment apprise, celle de Michel Polnareffff, avec quatre f: Fesses, France, Fisc, Femmes.

Ton retour de 2007 ne m’a rien appris, j’avais déjà bien étudié la bête. Il m’était cependant plaisant de penser que certains pouvaient te découvrir comme je l’avais fait douze ans auparavant en plein désert.

Louer ton œuvre, ce n’est pas évoquer ces chansons entendues ou écoutées des centaines de fois. Louer ton œuvre c’est aussi mettre en lumière ces petites choses que j’ai connues et t’apprenant. « A la recherche de Polnareff » n’était qu’un début, cela valait session de rattrapage pour la génération que tu n’as pas côtoyée et qui voulait te connaître : je veux bien en être l’Officier général. J’ai abandonné l’écoute des compilations de tes morceaux, que je jugeais insuffisante, pour aller au cœur de tes œuvres, de l’univers, de l’énergie de chacun de tes albums en respectant scrupuleusement l’ordre des titres. On ne fait pas ça avec tout le monde ! Et je peux t’assurer qu’avoir découvert ces chansons moins connues qui précédaient ou suivaient des chansons comme « Hey you woman », « Time will well », « Sous quelle étoile suis-je né ? », « Le Désert n’est plus en Afrique » m’a donné le sentiment de mieux les connaître. Et pour tout avouer, un coup de cœur particulier a scellé une union durable avec ton album Polnarêve. Il est des perles qui restent relativement bien cachées.

Je dois également admettre que quelques effets secondaires troublants m’ont atteint, je ne souhaite pas les traiter : je chante à tue-toutes-les-têtes les chansons les plus hautes, sous la douche. Oui, sous la douche qui demeure le meilleur endroit pour faire sonner les casseroles massacreuses de mon genre. Dans la voiture, la nuisance est encore trop grande et radioactive pour ses pairs qui attendent au feu ; en revanche sur l’autoroute ça me pique, à cœur joie je fissure les carreaux. Je crois avoir doucettement contaminé mes jeunes héritiers qui se transforment en meute de loups lorsque résonne « Love me, please love me ».

Je serais ravi que ce billet vous atteigne véritablement (« postalement », déjà !), Monsieur Polnareff ; Vous ne pouvez pas passer à côté de mon sincère MERCI et de la grande admiration que je porte à votre travail.

Atticus Armini
39, Paris

NdA : Mille excuses auprès des lecteurs de moins de… allez, vingt ans… ce billet contient des termes préhistoriques (VHS, magnétoscope, locomotion, etc.) mais un moteur de recherche post historique pourrait utilement vous aider à visualiser ce que recouvre ces mots, sans mal.

Lettre à Stephan Eicher (et à Philippe Djian par la même occasion)

Stephan, Monsieur Eicher (la moustache fine amplifie le respect), il me paraît si loin ce temps où tu te roulais dans l’herbe, après le pizzicato, en te demandant « Combien de temps ?». Combien de temps quoi ? A douze ans je me le demandais bien. Je te voyais juste rouler sur toi-même dans cette vidéo où tu portais un jean et un T-Shirt blanc (trop de jean, pas assez de T-Shirt, Jacques Chirac le portait ainsi mais sous l’ère Mitterrand, la ceinture haute, c’était toi !). Tu disais « Je suis saoul de toi », pardonne mes douze ans mais j’entendais « fou de toi », saoul ça voulait dire quoi ? J’ai appris depuis.
Une chose est sûre, j’adore, j’adorais lorsque tu clamais « J’ai de la folie plein les veines », j’achèterais tout roman qui aurait ce titre sans même lire la quatrième de couverture. J’y notais plus tard aussi « Le plaisir facile les amours d’un soir meurent d’un oubli subtil dans le nœud d’un foulard ». Le foulard, tu le portes à merveille dorénavant, comme une incarnation du dandy poète, la subtilité, tu ne la portes pas, tu la symbolises.

Bien entendu, je t’ai retrouvé plus tard, à l’âge où j’avais des hauts et des bas (deux ans avant toi), seize ans, lorsque tu confiais ne pas avoir d’ « ami comme toi », enfin pas comme toi, manifestement tu ne te parlais à toi dans le miroir, tu t’adressais à un ami vénérable, sinon vénéré, car d’amitié, toute la vie en est question (l’amour suit…). C’était en 1991, et à ce moment, il y a ce bijou, « Tu ne me dois rien » :

« Ma voix t’a-t-elle manqué
après bientôt un an ?
Ce serait une belle journée
et il n’y en a pas tant

[…]
tu as sur mon humeur
encore des effets gênants
»

Paraitrait que ce texte soit resté longtemps entre tes mains avant que tu ne puisses y mettre une musique ! How come Mister Eicher ? Peur d’abîmer le texte ? « Ma voix t’a-t-elle manqué après bientôt un an ? », je savais qu’un jour je me poserais cette question, on se la prend, on se la pose tous à un moment donné, non ? Oui !

Et finalement « Déjeuner en paix », l’esprit libre, le passé bien rangé car éloigné, devient un luxe, un coût de la vie qu’on ne peut plus se permettre. Déjeuner en paix est un espace-temps bien bien plus coûteux que la rue de la paix sur le fameux plateau capitaliste du Monopoly. On se rattrape l’été, dans les jardins, car « Souffler sur les braises pour qu’elles prennent », c’est bien plus facile. Philippe Djian se met à passer par là, et c’est un vrai bonheur. 1991, Stephan, entre le trépas de Gainsbourg et celui de Freddy Mercury, cette année-là, des albums mythiques sortent : « Mama said », « Achtung baby », « Use your illusion », « Dangerous », « Black album », « Out of time ». Des albums à postérité, d’envergure vinyle, anglophones, mais toi, Stephan, tu as cette poésie francophone que tu livres généreusement et dont on ne se détache pas facilement. Non, il n’y a aucun lieu d’y voir un quelconque décalage dans ma discothèque, ta place est bel et bien là. Ton accent suisse-allemand et tes guitares s’accordent très bien aux nerveuses notes de tes voisins d’étagère. Pas de rap pour l’heure, j’attends 1995.

1993 : Tes hauts, tes bas, cette fois. « Je trouvais dans les livres de quoi se patienter un peu ». Stephan, cette phrase n’est pas française, elle est merveilleuse ! Merci pour ça !

Mais à vrai dire, Stephan et Philippe, ce n’est pas de ça dont je viens vous parler. Enfin si, mais pas que… Je veux vous remercier, j’y tiens. Pour votre soutien, bien oui, et pour les effets tant vertueux qu’indirects de « l’Envolée », cet album qui m’est si particulier. Une œuvre rencontrée à point nommé, avec une précision d’horloge suisse ( !), et je ne sais de quelle façon ni par quel sort, votre œuvre m’a tenu compagnie de nuit comme de jour, comme de nuit (finalement) dans de grandes transitions sentimentales personnelles. Mais il fût là !

Je l’ai évoqué ici. Mais l’implicite référence à l’outil de ma survie a ses limites, il me faut dorénavant rendre hommage également aux ouvriers, aux charpentiers de la syntaxe et de l’accord, à ceux qui m’ont accompagné comme un curé l’aurait fait, il y a quelques années, dans une période de doute et de choix impossible.

L’album commence par ce titre « Donne-moi une seconde ». Je lui ai donné des heures et des heures. Des heures fébriles, des heures sourdes, incertaines, sombres, sans fin, suicidaires, des heures gamines ou toujours trop adultes, des heures, des jours, oui des jours sans lumière où la voix (même en langue suisse-allemande : a t-elle été un jour pour quiconque un tel pansement ?), les textes, la musique prenaient tout l’espace de ma pièce. Ma pièce réduite à ma tête, ma tête trop souvent sur mes épaules, mes épaules trop souvent sur mon buste criblé, mon buste trop souvent rempli d’organes et de cœur en particulier, effiloché, filant sans siffler sur un deux-roues aux chevaux toujours trop lâchés sur des axes trop fréquentés par la police. J’étais saoul d’elles, tiens cette fameuse folie plein les veines, à sentir qu’il fallait quitter cette horrible brune (« Je surgirai là dans ton dos, je renierai tout ce que j’ai trouvé d’beau »), pour atteindre la blonde semblant convoquer le soleil.

A ce moment, plutôt que de faire un choix, je l’ai bien envisagé de tout nettoyer, de suicider les sentiments et de renaître, façon Miossec : « Tout doit disparaître ».

Messieurs merci, merci Messieurs, le ciel est désormais plus bleu. Même si je ne pense pas qu’il faille faire une exception pour moi…

Oui, car même si :

« Les hommes sont nés
Le mensonge à la bouche
Ils abiment ce qu’ils touchent,
Qu’ils crèvent, qu’on en finisse
»

Il y a que :

« Les femmes trop innées
Errants songes qui les touchent
Ces hommes toujours louches
Jamais crèvent leurs yeux qui se plissent »

Un partout. Un score figé depuis tant de milliers d’années et pour l’éternité.

Atticus Armini.

Lettre à l’être

Les temps du moment, les minutes de l’instant, pourraient sembler historiquement sombres.

L’Homme fait toujours la guerre, l’Homme est encore dictature. Et dans les sociétés organisées, normées, où le contrat social devrait avoir droit de cité, on peut se demander si l’Homme a déjà été un jour plus égoïste, plus nerveux, plus robotisé qu’aujourd’hui ? Sans doute le pire pourrait être pour demain.

La vie est dure, elle l’a toujours été. A travers ses inégalités, ses servitudes. Elle n’a jamais, en revanche, jamais autant laissé de place à l’aliénation. L’Homme a su un jour asservir, dominer d’autres membres de sa sorte, pour des considérations raciales ou religieuses ou liées au genre. L’Homme a su éteindre le consentement. Il est un temps toujours plus grave, celui que nous vivons, celui où le consentement de tous s’éteint encore plus, nous pantins et faibles, courbons l’échine dans la plus grande normalité.

Les marionnettistes s’amusent. Le pouvoir et l’argent, après lesquels les plus assoiffées d’entre nous courent, font toujours fantasmer. Ce mauvais soleil attisé par l’autorité et le désir de conquête, par la surconsommation, l’éreintante stimulation, règne.

L’Homme accepte sa servitude, la provoque, la nourrit, en victime consentante de ses addictions.

Les temps du moment, les minutes de l’instant, pourraient sembler historiquement sombres. Frères, il est un soleil qui ne s’éteint jamais, un feu puissant qu’il est possible d’héberger chaque jour. Il est étrange de réaliser que ce feu, nous l’abritons, il ne demande qu’à brûler au milieu de notre corps. Un joyau dans notre écrin éphémère. Les plus attentifs d’entre nous savent faire sa connaissance, l’apprivoiser, l’entretenir. Les meilleurs dompteurs ne sont pas des chefs, non, ce sont des leaders. Ceux, enthousiastes qui montrent la voie. Ceux, humbles et lucides, qui répandent la lumière.

Car la lumière existe. Certes, notre constitution d’animal humain ne fait pas apparaître cette lumière au premier abord.
Au contraire la noirceur, la rancœur, l’orgueil sont exubérants, désinhibés comme des silhouettes alcoolisées. Qu’il est aisé de les laisser se manifester. Qu’il est difficile au contraire de ne plus les écouter, de ne pas laisser faire les démons. Ils étouffent la beauté de l’homme, le pardon, la grâce. L’éclaircie est toujours trop discrète, introvertie. Pourquoi nos environnements et nos époques ont-ils toujours su minimiser ces atouts de l’Homme au profit de la vanité et de l’éternelle insatisfaction?

Nous ne pouvons pas vivre sur ce seul constat de déséquilibre entre nos forces et nos faiblesses. Il nous incombe, Hommes, et c’est ce qui fait de nous des Hommes, d’inverser cette balance infernale. Et quid de nos pudiques ressources ? N’attendons pas que la preuve naisse de l’épreuve.

Homme, il t’appartient d’écrire ton épitaphe. Fais de la paix ta maison, du pardon ton manteau. Quelle est cette peur d’autrui que tu affiches depuis tant de nuits ?
L’hostilité ne te sers pas, ne t’éloigne pas du danger. L’hospitalité, en revanche, te sied.

Homme, tu l’as mal compris, être debout, ce n’est pas marcher.
Homme, être debout, c’est avancer dans la dignité.