Quand on ne sait pas quand on meurt

Ah c’est sûr, ç’aurait été plus commode. Oh c’est certain, précisément la connaître aurait été plus aisé.

Nous n’aurions pas vécu de la même façon, en percevant notre date de péremption. Encore aurait-il fallu que nous la sussions, vous ne pensez pas non ? J’aurais pourtant aimé que vous me comprissiez.

Nous avons su notre naissance, où nous nous animâmes et quand nous naquîmes ; nous avons conçu quand nous nous mariâmes, le lieu des heurs et des malheurs de l’âme ; nous l’avons parfois senti là où l’on allait mourir, chaque fois que malade on pratiquait l’exil.

Mais jamais, jamais nous n’avons su quand nous allions y passer, sauf à le décider.

S’il avait su qu’il disparût à 39 ans, il n’aurait pas mieux fumé la vie, bu ses envies. Oui, si  Vian l’avait sans doute un peu compris, l’urgent, le pluridisciplinaire, ne la sentait certainement pas autant sa mort, sonner si soudainement ; il ne se figurait pas qu’il mourût juste là.

S’il avait su qu’il succombât à 39 ans, il n’aurait pas mieux remonté l’Amérique du Sud à moto, ce jeune et asthmatique Ernesto ; Mais il ne pensait pas, même en pleine guérilla, qu’il s’arrêtât là.

S’il avait su qu’il pérît à 39 ans, il n’aurait pas cessé à deux ans du trépas d’honorer sa « Sand » plutôt que de laisser l’amour se gâter ; Mais Chopin n’imaginait pas qu’il l’aimât encore ces deux dernières années-là.

Ah c’est sûr, on n’aurait pas vécu pareil, en sachant l’âge prématuré du pissenlit qui épargne du déclin, du sucrage de fraises, de la vie vieille. On ne serait que jeunesse d’avoir vécu sans connaître la vieillesse. On aurait fait des orgies de bouteilles, sans se soucier de la peau au soleil, on aurait fumé à Mexico, frotté sa trique sur les plus belles des toisons, des peaux. On aurait conduit plus vite, frôlé le suicide aux Haribos, on aurait regardé les autres courir et s’agiter, on n’aurait pas payé d’impôts, on aurait cumulé les impayés de loyers, sûr qu’on aurait fait n’importe quoi, comme de manger la peau du saucisson quoi, bu la sauce de tous les mets, de tous les plats de toutes les origines, on n’aurait jamais connu autre chose que le surrégime.

Mais avant que nous nous éteignissions, à défaut de savoir, nous nous posions des questions.

Fallait-il que nous économisassions, fallait-il au contraire que tout nous flambassions ? Fallait-il que nous que nous nous préservassions pour un long chemin ou fallait-il que nous nous escamotassions, que nous vécussions sans conscience du lendemain ?

Ah c’est sûr, ç’aurait été plus commode. Oh c’est certain, précisément la connaître aurait été plus aisé.

Ces questions qui taraudent doivent nous concentrer sur le plus grand kif : écrire une fois dans sa vie à l’imparfait du subjonctif.

AA, 39.

Quand on vit en France

Quand on vit en France, on est fier de le revendiquer ailleurs, on reçoit des yeux fièrement écarquillés, envieux, les idées démocratiques y sont nées…

Quand on vit en France, on exècre les parisiens, mais quand on vit (à) Paris on touche ce grand bien, ses places où la liberté a droit, et surtout devoir, de cité, ses french kisses, son insouciance, ses scènes de Seine, ses figurines, ses monuments pour ne jamais oublier.
Quand on vit en France, on cultive les idées, on devrait encore récolter Liberté.
Quand on vit en France, on est tourné vers la mer, sans se tromper de « Marine », on devrait se rappeler nos enfances, les différences, les copines, leurs mains, le henné.
Quand on vit en France, le laïque ne devrait pas faire porter à Marianne une robe de de panique.
Quand on aime la France, on aime ses chanteurs, les dessins et écrits volcaniques.

Quand on vit en France, on n’a pas peur des barbes, l’as-tu su, dis bel individu, que nos héros hardis étaient barbus, durant les heures blafardes ?
Quand on vit en France, on condamne le viol, celui des corps et des esprits, quand on vit en France on n’a pas de rebord, pas de confusion dans les ennemis ni les genres.
Quand on vit en France, on ne les quitte pas ces idées, elles sont à bord, les fines pensées vivent même quand on dort.

Quand on vit en France, y’a des odeurs rances qui fendent notre ciel de clémence. Des odeurs de poudre, de foudre, celle des fous qui veulent en découdre avec l’ennemi de leurs idées gazolines étroites et assassines.
Quand on vit en France, on sait apprendre de l’histoire, de nos erreurs, on aime nos joyeuses foires, nos rebellions, nos penseurs qui excitent les couillons, éclaircissent l’horizon, on a l’espoir de la même taille que celle du cœur, on ne demande qu’à voir, d’ailleurs.

Quand on vit en France, nous ne sommes pas que Français, nous sommes Charlie, et satellites, on voit la Terre de très haut, on refuse et corrige les intégristes, les combats trop forts, trop faux.
Quand on vit en France, on aime et protège ses frères, on ne manque pas d’air, on est arrogant, on défie l’assaillant, on vénère nos agitateurs, que les tueurs aillent pourrir ailleurs.

Quand on vit en France, on est intelligent, on réfléchit la lumière, notre idéologie, on en est fier.
Quand on vit en France, on muscle une âme qui n’accueille pas l’amalgame ni l’infâme.
Quand on vit en France, la peau diffuse bienveillance, quand on vit en France, on est nuance.

Quand on vit la France, les enfants et les parents sages ont exactement le même âge.

A eux tous.

Aa

Quand on fait du shopping avec une chérie

Quand on fait du shopping avec une chérie, pas de doute, on est pénitent.

On a sûrement commis quelque chose de grave, d’infâme, de quasiment irréparable pour mériter ça. On ne voit pas quoi mais inutile de chercher car ce quelque chose existe forcément (allez reconnais-le, il manquait un « je t’aime », hier soir). De toute façon, on ne badine pas avec cette justice. D’ailleurs la justice a tranché, c’est la peine maximale qui s’applique en l’espèce ; trois heures de shopping fermes (un samedi bien entendu, pour s’assurer de l’efficience de la sentence) au centre pénitencier de n’importe quel lieu carcéral dont le nom se finit par 2 (Vélizy, Parly, Rosny…) : la peine ultime, oui, sans sursis ni conditionnelle. Une visite de 10 minutes est autorisée, celle du Starbucks, ainsi que l’habituel bracelet électronique pour baliser le détenu : le smartphone.

La lourdeur de la sentence qui abasourdit éloigne un peu de ce qui devrait étonner : la chérie, prétendue victime, est juge et partie, avocat général, juge d’application des peines, et maton, d’ailleurs, y’a plus de « mon p’tit chaton » qui tienne ! (et c’est tant mieux car c’est hautement laid).

Bien entendu, il serait ici indécent de vous décrire l’ignoble supplice de cet homme durant son incarcération. Il ne peut qu’y crisper ses zygomatiques, en serrant les dents, condamné à tenter de réciter par cœur le guide du parfait coupable sur la route (666!) de la repentance conjugale :
– « Oh oui, chérie, elle te va bien divinement bien, cette robe » : sourire moyennement pour relâcher la crispation de la mâchoire ;
– « Hein ? Mais non quelle idée, je ne pense pas qu’une chaussure puisse boudiner ? » : adopter un air étonné mais pas trop con quand même, pour appuyer le propos.

Le guide enjoint aussi de prendre des initiatives, en prenant garde :

– aux bêtises qui flatulent : « Tu serais vachement mimi dans cette robe de chambre ! » = On ne parle pas à sa femme comme si c’était un pékinois qu’on cherchait à habiller pour la promenade hivernale = peine allongée, repasser devant le juge. « Ben quoi, t’aimes pas l’éponge comme matière ? » = Il flirte avec la perpétuité.

– à l’excès de confiance qui chasserait une salvatrice et opportune diplomatie circonstanciée : « Bien non chérie, 14 cm de talon, ça fait pas putain, non, non, les bas non plus, non vraiment je t’assure, mais au fait c’est pour la maison ou vraiment pour sortir ? ». Double « vraiment », ils s’annulent = couloir de la mort.

Oui, cela serait inconvenant de narrer l’enfermement (non, l’enfer ne nous ment pas au passage, il est au rendez-vous, la preuve !) de ce sinistre administré pénitentiaire d’une galerie commerciale où il en croise d’autres, ils se regardent, on devine les multirécidivistes à leur aisance, ils souriraient presque en portant des bags.

Préférons évoquer une tentative d’évasion de ce con damné. Imaginons qu’il se soit trouvé des couilles en promotion durant sa première heure de résipiscence, il s’insurgerait, conscient, contre les absurdes lois carcérales qui régissent son état, il deviendrait même déterminé à les contourner en séduisant sa matonne, pour lui piquer les clefs de sa cellule. Prisonnier prendrait sa condition avec philosophie et lucidité, il exécuterait un tiers de sa peine avant de tenter de s’évader du centre Alcatraz 2.

La fuite serait alors étudiée dès le début de sa condamnation, il saurait comment s’y prendre : le bon air de la liberté passerait par le bonnet rayé ou non de la réconciliation repérable dans toute boutique Aubade, Darjeeling ou Triumph (non t’oublies la culotte en coton de chez C&A). Bien entendu, l’approche doit être délicate, ce qui n’est pas forcément intégré dans les testicules en promotion fraîchement acquises ; Pour cela, il faut user d’autre chose, il s’agit d’être raffiné, il ne faut pas se faire repérer. Dans le magasin de lingerie, dans lequel on joue à quitte ou double (peine), il est exigé de se fondre dans le décor (plus sympa qu’à Nature et Découverte, non ?), de devenir plus fin que la ficelle du string de ce mannequin dont on ne s’attardera pas sur la poitrine menaçante à la faveur de ses droits obus.

Le futur évadé saurait opportunément et de façon aidante commenter la qualité de la matière (sans plus jamais évoquer le mot « éponge »), orienter le choix de sa chérie vers bah… idéalement vers son propre choix en fait, enfin le contraire serait dommage… Dans sa lente cavale vers les cieux bleus, le fugitif saurait donc s’intéresser aux bandeaux, ampliformes, aux bretelles interchangeables, aux tangas, shorties, il découvrirait et s’intéresserait de près aux hipsters, son coup de cœur…
Tout se déroulerait à merveille, sa sentence à peine commencée, il pourrait s’évader.

Mais c’est l’erreur fatale, Fugitif se ferait prendre et surprendre à tâter les reliefs du mannequin, lui qui de bonne foi (on le réputera de bonne foi) se contentait de toucher, pour se familiariser avec, la matière dentelée de cette improbable soutien-gorge extraterrestre, au bonnet de taille « F » comme « Fépapoffible ».

Oui, Captif, pauvre de lui, engoncé dans sa connerie, se ferait gauler à tâter l’intâtable comme on examine, impunément à Décathlon, les runnings du mannequin en short = c’est la mort sans le couloir, la guillotine sèche sur sa nuque. Tentative d’évasion ratée, « Fépapoffible » !

Quand on va à la patinoire

Quand on va à la patinoire, ça peut vite tourner en sale histoire de fesses.

Il conviendrait de se fier aux premiers moments notamment celui du laçage de patins. Si ça se passe mal dès la préparation, si le patin pue, s’il fait mal avant même de le lacer, si un lacet craque, c’est qu’il faudrait raisonnablement en rester là, reprendre ses chaussures et aller à la piscine.

Généralement, les premiers contacts avec la banquise artificielle laissent à penser que tôt ou tard, on fera un bisou à la glace ; Ça arrive bien souvent dans les secondes immédiates qui suivent un instant de fierté : «  ‘Tain, je me sens bien là, je pensais pas que ça reviendrait aussi vite », « Hey t’as vu, il est pas ridicule papa, hein !? ».

Oui, dans la seconde qui suit cet excès de confiance, c’est le cul qui tape, mais attention, pas n’importe comment. Avant que les fesses ne se chargent d’humidité au contact du grand carreau froid, il y a cette phase incommensurable pour celui qui se sent partir, qui devine et sait qu’il a perdu l’équilibre et pourrait se contenter de tomber dignement. Au lieu de ça, il choisit de défier, dans un temps suspendu, la gravité. Il décide ô grand malade de la contrarier, elle, qui pourtant aimerait attirer à elle le derrière de ce patineur impertinent, ne serait-ce que pour lui faire payer d’avoir cru pouvoir tenter impunément un croisement de jambes dans un virage, et même d’avoir eu l’outrecuidance de penser qu’il pourrait s’en sortir brillamment à la faveur d’une exécution gracieuse et tonique dudit geste tenté.

La bataille contre la pesanteur commence, notre patineur qui sait pourtant qu’il a rendez-vous avec le sol glacé (reste à savoir quelle partie du corps au juste), se tord dans un sens et instantanément dans l’autre sens, transfert son poids vers l’avant, mauvaise idée, puis tente l’arrière. Un patin ne touche plus le sol, mais le patineur y croit encore, il reproduit l’affligeante chorégraphie (sens 1, sens 2, avant, arrière) sur un pied, sa vie pourrait défiler mais l’enjeu n’est pas très lourd, alors ce sont des choses plus abstraites ou prosaïques qui lui viennent en tête :

– la valeur de la constante universelle de gravitation (sans savoir ce que ça veut dire) :

G = 6,674×10-11 m3⋅kg-1⋅s-2 (encore moins !),

– pourquoi dit-on « rouler un patin » ?

– l’expression « patin, couffin »… serait plus judicieuse avec le mot coussin,

– le nombre de yeux qui peuvent bien attendre l’issue de cet inter(minable) moment.

Alors notre patineur s’applique et refuse de tomber, il prend son temps puisqu’il en a : 1 seconde terrestre = 30 secondes « patineur non averti dans l’exercice de la chute ». Traduction non scientifique : c’est très long pour celui qui tente de refuser de tomber comme une merde. C’est un peu comme dans « Interstellar » lorsque le type attend ses camarades partis explorer une planète où une heure équivaut à 7 années terrestres. Au passage, c’est pas très courtois la théorie du trou noir pour celui qui attend, tout seul, et qui voit revenir ses collègues dont il a atteint l’âge d’être leur père. Mais ce film n’a pas épuisé le sujet du drame du patineur. C’était peut-être pas le sujet principal, remarquez, faudrait sans doute que je retourne le voir ce film, je ne suis plus sûr de mon coup, bref, la référence du moment de notre patineur c’est davantage « Gravity », à ce propos, on le ferait pas tomber là ?

C’est la phase finale, celle où le glisseur a lutté ces 3 dernières secondes terrestres pour refuser la chute (belle perf’), soit un sentiment de 90 secondes en temps « patineur non averti dans l’exercice de la chute », il est rougi par sa lutte en ce terrain hostile, cramoisi par la honte annoncée, et à ce stade il est comme un pneu sur une tâche d’huile, il ne contrôle plus rien, IL-SE-CASSE-LA-GUEULE, mais alors bien ! C’est bien le fessier qui a embrassé le carreau, à moins que ce ne soit l’inverse tant le sol était en demande. Le patineur, tel un échoué ne tente pas tout de suite de se relever, 5 grosses secondes terrestres sont nécessaires à la réalisation du naufrage qui vient d’arriver. Il se fait aider à atteindre la balustrade, sa bouée de sauvetage. Il a comme un cœur dans la fesse gauche, et il bat la chamade, la gravité vient de lui infliger une fessée historique.

Il évite le regard de tous les spectateurs baroudeurs accoudés au bastingage, certains cachent discrètement le Smartphone qui n’a loupé aucune miette du spectacle amateur auquel le patineur davantage compétent en impertinence qu’en patinage, vient de s’adonner. Notre échoué contemple la patinoire et ses 1 500 kms carrés, ça en fait du monde, ça en fait des yeux qui contemplent, il devient finalement grenat.

Les autres patineurs tournent depuis de très très longues minutes dans le même sens, il y a ce papy avec une belle moustache blanche, celui qui revient tous les ans glisser sur cette patinoire éphémère, même qu’on dit qu’est-ce qu’il patine bien le pépé, alors qu’en fait on n’en sait rien. C’est juste qu’on ne voit pas ses congénères blanchis en faire de même… Il y a ces ados aussi, ils chahutent, se tirent par le sac à dos, se font tomber (gentiment), c’est la parade nuptiale : les gars ont leurs écouteurs coincés derrière les oreilles, ils gardent une distance et une nonchalance nécessaires au respect d’un savant équilibre qui traduit un « jte-kif-bien-meuf-mais-chui-pas-raide-dingue-non-plus-par-contre-te-pécho-ça-peut-chémar ? ». Les filles, elles, émettent des cris aigus, très aigus, suraigus, pire qu’aigus, on rêve de ciguë. On voit leurs lèvres bouger, elles connaissent par cœur la grosse daube qui sort des enceintes, et font des gestes saccadés de rappeur, avec leurs bras, l’index tendu. Elles ne font de mal à personne à part aux oreilles, ça doit être pour prévenir un débordement de décibels, la présence des écouteurs à proximité des orifices auriculaires, côté mâles. Saleté d’enceinte quand même, notre patineur sinistré lui jette un regard réprobateur comme si ça pouvait générer enfin de la bonne musique. L’enceinte pourrait s’en offusquer.

Un autre type passe à fond (gare au radar!), il a des patins de hockeyeur, il est coursé par 3 poursuivants (mêmes patins), ils slaloment tous entre les gens et les enfants, n’en ont rien à faire de taper un piquet humain, un coup en avant, un coup en arrière, ils sautent et font des 360 degrés, freinent de côté, envoient une giclée blanche en poudre et repartent comme des furies. Notre patineur ne peut qu’admettre et admirer la qualité avec laquelle ces flambeurs évoluent sans tomber, où alors avec élégance.

Patineur redevient chaud, il se sent liberéééé, délivréééé, il décide d’entrer à nouveau dans l’arène des neiges. Et à ce moment précis, pas un autre non, à CE moment précis, l’enceinte crache un inquiétant « Changement de sennnnnns pour tout le monde ! », c’est tout juste si elle ne fait pas un clin d’œil ensuite tant elle se ravit de se venger de ce branleur qui critique la musique qui passe par elle. Mais patineur, pris dans le cyclone, n’a pas le temps de s’en émouvoir ; D’un coup d’un seul, ça recommence, il cesse de compter en seconde terrestre : sens 1, sens 2, avant, arrière, et le cœur battra bientôt dans l’autre fesse.

Quand on va au Spa

Quand on va au Spa, il faut aimer se laisser aller.

Tiens par exemple, la tenue dans laquelle on concrétise son choix de se faire bichonner pose question : Le fameux slip en crépon. Le Tanga homme à usage unique, puisqu’il s’agit de son nom scientifique, du moins d’après l’emballage, personne n’a rien contre a priori. Le problème de ce machin-là c’est qu’il est pensé pour recouvrir indifféremment des organes génitaux féminins ou masculins. Le slip de Spa est l’allégorie l’amour ; une couverture éphémère qui ne va à personne.

Quand on est un homme, le slip de Spa se met toujours deux fois : une fois dans un sens, une fois dans l’autre. L’idée est de retenir opportunément le sens où l’arsenal se voit le moins, faut dire que c’est large. D’ailleurs, ne pas s’en faire : il est normal que nous flottions tous dans ces choses-là. Parce qu’en fait on l’a mis à l’envers. Mauvaise appréciation, le slip de Spa se met trois fois.

Quand on est une femme, le slip de Spa va aussi bien qu’un K-way à une panthère. Car aussi féline et gracieuse puisse être une femme (oh, ça va je rigolais pour l’allégorie de l’amour !), le string crépon pourrait tuer l’amour (souvent déjà moribond : le Spa, c’est comme Total, on y vient pas en couple par hasard, c’est pour remettre un peu d’huile essentielle dans le moteur… non, non, je blague encore, promis !), nous disions donc que le string crépon pourrait tuer l’amour bien davantage encore que la télé dans la chambre, ou le port de la polaire, ou encore les dents pleines de tartre.

Non mais sur qui ce string a été posé la première fois, pour en faire le patron unisexe ?

On est interrompu dans son enquête secrète car on est rapidement invité à passer à table. Enfin sur la table. La vraie satisfaction, à ce moment, c’est de déambuler en peignoir, les mains dans les poches, en compagnie de sa chérie (ah voyez que je plaisantais !) car on se sent fort et puissant, comme dans la peau de Jonathan et Jennifer Hart. Reste plus qu’à commander le Ruinart.

Et c’est parti pour une heure de… Oui, pardon ? Ben, chépa moi, y’a quoi ?
On opte pour le massage Shiatsu car c’est si joli à dire et que, de toute façon, le thaï et le california on en a déjà mangé cette semaine. Je mélange quelque chose là non ? Bref.

Le massage commence et on est sur la défensive : des mains étrangères sur le corps huilé, c’est quand même un peu plus intime que le shampouinage, champouinage, schampouinage, merde, comment ça s’écrit, comme le shampoing administré par son coiffeur. D’ailleurs, on n’y pensait pas jusque-là mais d’un coup d’un seul, c’est le drame car en dix secondes, les strates d’un potentiel drame s’accumulent :

1. On se demande ce que ça ferait d’avoir, en cet instant, une réaction chimique, de type inopinée et verticale, en un mot la gaule ;
2. Puisqu’on y a pensé, ça pourrait commencer à arriver, c’est un peu comme penser au mal de cœur dans les transports, ça le convoque ;
3. On pense à tout l’espace restant dans le slip parachute et on devient fébrile (oh non, non, non, y’a pas la place, y’a pas la place, putain ya-pa-la-pla-ceuuuuu !) ;
4. On inspire par le nez, on expire lentement par la bouche. Discrètement bien entendu ;
5. En cas d’urgence, briser la glace : repenser à sa prof d’allemand de 4ème et tant pis si on a fait de l’espagnol, on a tous déjà vu une prof d’allemand !
6. En cas d’extrême urgence : repenser à un trauma d’enfance, de type interdiction durant quatre dimanches soirs consécutifs de ne pas regarder Cat’s eyes.
7. Même pas eu d’érection !

Le massage se déroule tranquillement, on s’en remet aux mains complètement asexuées de son administratrice (oui, une femme ça reste quand même mieux pour soulager les tensions), et on commence à voler, à changer d’air, ça devient stratosphérique, on plane sévère, on parle à des petits êtres sur des planètes que l’on nomme, les aurores boréales illuminent de grands espaces rocheux où aucun humain ne vit… Ah si, au loin, un mouvement, une silhouette qui vient vers soi, on ne la distingue pas encore tout à fait bien, elle devient de moins en moins floue, et on croit distinguer quelqu’un… Oh, oui c’est bien ça, c’est bien ce que l’on craignait, une infâme créature qui s’adresse à soi : « Herr Armini, lassen sie mich in Ruhe ! » (« Foutez-moi la paix !»).

C’est cette conne de prof d’allemand ! Il faudra tout recommencer.

Quand on se réveille chez des amis après un soir de fête (l’invité)

Quand on se réveille chez des amis après un soir de fête, on est généralement un dimanche. Et il est curieux ce dimanche matin quand on se réveille chez quelqu’un d’autre, fût-ce chez des amis. La veille (enfin 5 heures auparavant) on foutait le dawa, ça hurlait, ça guinchait, on pouvait déranger le placard à balais pour s’adonner à un air guitar sur « I was made to love you », profaner le vanity case de notre hôte (enfin de sa femme, l’hôtesse), au passage qu’est-ce qu’on fout dans leur salle de bain, pour trouver un lipstick noir propice à une incarnation de Robert Smith qui nous donne en fait des airs de Didier Bourdon chantant Zou-zou-zoubida. Oui, cinq heures avant encore, on pouvait n’avoir cure (!) du volume sonore, faire comme si on n’était pas chez soi, ce qui est bien le cas en fait, ou bien emmener sa chérie dans la chambre d’ami pour quelques échanges coquins qui rappellent que la première rencontre est un souvenir qui se revit.

On fait tout ça chez les amis, ils en font de même lorsqu’on inverse les territoires.

Un moment tout s’arrête, il est rarement moins de quatre ou cinq heures du matin. C’est le passage du « jmerappellepu » car toute interrogation ou évocation, le lendemain, sur ce qui sera dit ou fait entre cet instant où l’on coupe la musique et le moment du coucher sera invariablement suivi d’un « j’me rappelle plus » d’un côté ou l’autre des interlocuteurs. Tenez, par exemple, le balai-guitare. La musique est éteinte, ça discute encore quelques minutes, on joue nonchalamment avec ce balai qui vient tout juste de trouver sa quiétude, comme si c’était un trombone ou un élastique, en tentant de retrouver un semblant d’élocution. On croit le ranger en le laissant atterrir là où il veut bien échouer, a priori du côté du sol. Sauf que, sauf que le lendemain, c’est la chasse au trésor : à la question de l’hôte « tu sais pas où est le balai avec lequel tu jouais hier soir », l’invité ne se sent d’abord pas concerné du tout (qu’est-ce que j’en sais moi, où il fout ses balais !) mais veut aider son pote à un point tel qu’il lui indique le seul endroit où le balai n’est sans doute pas : « dans ton cul ? ». Il se remémore alors vaguement qu’il était légèrement guitariste la veille le temps de quelques chansons : « par contre je sais où est ta guitare je pense ». « J’ai pas de guitare, ducon », répondra notre hôte.

Le lever. C’est comme si on n’était plus chez ses potes. Mais ça commence un peu avant. On n’a pas choisi de dormir là, l’état d’ébriété ou tout simplement le dépassement de la dose l’alcool tolérée dans les veines nous a enjoint de ne pas sortir des murs. On se réveille deux trois fois car les enfants font du bruit, au petit matin (le petit matin c’est vers huit heures et demi, neuf heures). Ils n’ont pas fait la fête, eux, du moins pas démesurément. Cela résout la question du lever : il est gênant de se lever trop tôt ou trop tard, chez les autres. On choisit de se lever sur la pointe des pieds, pour se situer. On voit deux ou trois mouflets dans le canapé, devant la TV, une crêpe dans une main qui a chauffé depuis vingt bonnes minutes sans être entamée et dans l’autre un Candy Up « empaillé », en totale ébullition. Les enfants devant la TV, c’est bien connu, ne mangent que l’écran. Pas un adulte dans les parages, on va se recoucher sur une oreille pour tenter d’être synchro avec le prochain lever des occupants.

Une heure après, du bruit, des pas : c’est un adulte. Il est l’heure de faire comme si on se levait en même temps par la plus grande des coïncidences. Et là, arrive le moment de la grande question : faut-il se faire la bise le matin ? Personnellement, je ne suis pas fan du tout d’aller sentir la bave séchée qui traine encore sur les commissures. S’il faut y aller, j’y vais sans respirer, pour ne pas accidentellement avoir le privilège de sentir les premiers soupirs du matin de mes amis.

L’hôte erre chez lui, se gratte un peu les fesses de bas en haut, et demande si l’invité veut du pain grillé, en prenant le pain dans sa main, la même que celle qui lui soulageait sa démangeaison fessière, trente secondes avant. « Euh, merci, ça va pour le moment, je vais plutôt prendre un Doliprane ».

L’hôte ne parle pas, on a l’impression que ce n’est plus un pote à ce moment. Les femmes dorment encore. L’invité ne sait pas où se mettre, il échoue dans le canapé, en tentant d’avoir une posture correcte car on n’ose plus rien faire en ce dimanche matin, le foyer des amis devient aussi sacré que Buckingham palace, surtout que la maîtresse de maison vient de descendre. Elle n’a pas daigné troquer son pyjama bizarre contre un jean T-shirt plus décent, elle est chez elle après tout. Elle fait la bise, en regardant le reste de noir sur les lèvres de l’hébergé, et fait la moue, elle n’est plus dans le délire de la fête. La bise au passage : toujours pas fan !

Les deux grommèlent là-bas dans la cuisine, comme des félins et surtout comme si on n’était pas là, c’est leur façon de parler le matin, ils ont l’air de se comprendre. Il se peut qu’ils se disent qu’il est pénible d’avoir des intrus à la maison le dimanche matin, d’ailleurs on se sent de trop, on devient parano, on est le fardeau de l’instant.

On quitte le canapé toujours rempli d’enfants car on a peur de se faire ébouillanter par le Candy up dont on perçoit la chaleur à travers la main du gamin qui ne sait plus s’il est humain, végétal ou animal tant il happe la TV. Direction la cuisine et les grogneurs car ce pain grillé faisait malgré tout vraiment envie, il doit être décontaminé désormais. Oups ! Vision d’horreur en cuisine, on passe de fardeau à boulet : la main de la tigresse se trouve dans le caleçon du lion : beurk ! On a l’impression de surprendre ses propres parents, un sentiment de gêne nous envahit. L’hôtesse cesse instamment son ouvrage et se retourne : elle tend alors la baguette (de pain !) vers soi en demandant si on veut du pain grillé. Qu’est-ce qu’ils ont tous à faire ça ?

Les minutes se suivent, la chérie dort encore, se sentir boulet passerait pourtant mieux à deux, ça rééquilibrerait la conversation car à ce stade on a le sentiment qu’on a sonné au hasard chez des gens durant leur petit-déjeuner gueule de bois et qu’on squatte contre leur gré.

Le pote s’affaire à ranger quelques bricoles, il décline toute aide. On ose demander si on peut prendre une douche pour laver toute cette crasse de précautions, sans doute pour la plupart un peu exagérées. L’hôte répond oui, bien évidemment qu’il est possible de prendre une douche, on surfe alors sur sa bienveillance pour ajouter « t’as une p’tite serviette ?» en imitant un smiley qui rougit. Il se détend.

Une fois la toilette effectuée, la chérie dort toujours. On rejoint alors son territoire du matin, le canapé. Damned, il est toujours occupé : plus de mouflets mais une maîtresse de maison qui regarde Auto-Moto (!), la télécommande à la main, les pieds sur la table basse. On décide de se rallier à sa cause, celle des glandeurs du dimanche matin tout en évitant soigneusement de redemander au chef de famille (affairé, il doit négocier quelque chose, c’est pas possible) s’il a besoin d’aide, des fois qu’il réponde : « Oui j’veux bien que tu nettoies le barbecue ».

On erre alors devant Auto-Moto, en espérant que les moteurs réveilleront sa belle. Rien n’y fait, on enchaîne avec Téléfoot et on déteste ça car Téléfoot est une accoutumance qui ne s’avoue pas.

Midi trente : la chérie descend, elle est en pleine forme. Elle, on peut l’embrasser. On lui pose la question de ce qu’elle veut pour le petit-déjeuner (on pense alors : pas le pain, pas le pain, pas, le pain !), et elle répond : « une p’tite coupe de Champagne ?! 😉 ».

Putain, on n’a décidément pas passé la même matinée.

Quand on va à la station-service

Quand on va à la station-service on sait qu’on est sur le territoire du mâle ! Il convient de savoir deux choses fondamentales avant d’aller sur la piste aux pompes : la nature du carburant qui régale le plus votre carrosse. Et l’emplacement de son réservoir. L’homme, lui, il sait. La femme l’a su mais se pose chaque fois la question. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est mon pompiste. Je n’adhère pas à cet horrible cliché : les femmes ne se posent pas la question à chaque fois quand même, c’est un peu exagéré.

Placement sur la piste

Une fois cette équation à deux inconnues résolue (carburant/réservoir), le placement sur la piste devrait se passer aisément. Vous trouvez la pompe qui convient, elle sert du Sans-Plomb 98 (vous c’est du 95 mais 98 vous rappelle de meilleurs souvenirs footballistiques : votre fagnon en témoigne).

Vous êtes garés, vous mettez un pied sur la piste, vous décrochez le pistolet, vous ne voyez rien venir, vous interrogez la pompe du regard, elle vous répond « hors service ». Vous remontez dans votre voiture, prêt à manœuvrer pour atteindre la place d’à côté (Pourquoi les voitures ne roulent pas latéralement parfois ? vous dîtes-vous !) mais une autre voiture arrive et stoppe net comme une Formule 1 au stand… et vous êtes dégoûtés.

Vous attendez, et vous replacez enfin. Vous décrochez le pistolet, rien ne vient. Vous interrogeriez volontiers le pompiste du regard, mais il vient de passer en courant derrière la boutique, avec une clé à la main. Il n’a qu’une minute trente pour commettre son œuvre afin de ne pas subir un P.S.P. (« parti sans payer »), ça serait un échec. Ca ne lui est arrivé que deux fois en dix-neuf ans, il n’en est pas peu fier.

Vous l’attendez… il repasse enfin, plus léger, le long de sa boutique deux minutes onze après son aller. Vous lui adresser un « S’il vous plait ? ». Il renvoie un gentil « Vous voyez bien qu’faut raccrocher !». Vous raccrochez, vous décrochez à nouveau, toujours rien. Le pompiste qui a regagné son comptoir vous fait des signes un peu agressifs silhouettant approximativement un raccrochage de pistolet. Vous sentez qu’il vous traite de con au passage mais vous ne relevez pas. La troisième tentative est la bonne… Ca coule… Pendant ce temps, vous vous demandez s’il conviendra de lui dire bonjour à ce pompiste en allant lui régler l’exorbitante note d’essence. Ou si vos échanges par signes incluaient déjà un bonjour.

Placement sur la piste version hard core : la sortie du prédécesseur

A t’on raison de ne pas avancer sa voiture lorsqu’on va payer ? On sait bien que ça ne sert à rien étant donné que le successeur ne pourra pas s’approvisionner avant que son prédécesseur ait payé. Ça suit, lecteur ? Et puis ça trouble le caissier.

Le vrai souci, c’est celui qui laisse sa voiture sur place, après avoir payé. Il voit deux voitures impatientes qui attendent la place mais n’en fait rien. Il choisit au contraire de délicatement nettoyer son pare-brise. Il sort du local administratif donc, après le règlement, s’assied à la place du conducteur (putain de feinte de corps !), dépose son baise-en-ville dans les bras de maman, sagement assise sur le siège passager, ceinture toujours attachée et serrée comme par un tendeur sandow (à taper sur Google images pour faire un voyage dans le temps) et qui n’a pas moufeté. Il a déposé son baise-en-ville (oui seules les personnes détentrices de ces horribles choses font ça) et sort de sa voiture, fait dix mètres dans un sens, dix mètres dans l’autre avec un seau à la main et le dépose devant sa voiture, il relève ses manches de chemise à carreaux (baise en ville = chemise à carreaux ; mais chemise à carreaux ≠ systématiquement baise en ville, cf. les bucherons). Il est lent, si lent, si ap-pli-qué qu’on a l’impression que le type repasse à la vapeur chaque pli impeccable qu’il créé pour  raccourcir sa longueur de manche. En attendant et malgré la diversion créée par cette scène curieuse, on se dit que le petit monsieur exagère. Il n’est pas supposé ignorer la file d’attente qui se constitue derrière sa voiture dont, soit dit en passant, la crasse du pare-brise n’est pas le problème majeur. Une Citroën XM tout de même. Onze exemplaires vendus entre 1989 et 2000 dont une pour le Président de la République. Pourtant, notre ami qui nous pompe l’air s’entête de l’idée de laver le pare-brise. Il retire ses lunettes, les considère, retourne dans sa voiture pour que maman lui tende une chiffonnette et astique le double foyer, rechausse sa monture, jette un œil vers la voiture derrière, envoie un sourire pincé sans réaliser qu’il emmerde le monde. Il prend le manche de l’éponge et s’applique à nettoyer le pare-brise avec le soin d’un écolier qui efface la craie sur un tableau en ardoise, en passant l’éponge. L’éponge : le type est en pleine béatitude, en écrasant la mousse sur le carreau qui libère de l’eau (sans savon et même bien dégeulasse) mais ce qu’il préfère c’est la raclette. Il en fermerait presque les yeux tant son plaisir est divin. Il racle… refait un peu d’éponge pour le bonheur de racler à nouveau… A gauche, à droite les voitures arrivent, se servent et repartent, mais on ne peut pas manœuvrer, coincés, condamnés à voir pépé qui attaque la lunette arrière. On coupe le contact et on se dit qu’on fera le plein pour ne pas être prêt d’y revenir dans cette putain de station-service.

Tenue

Vous contemplez la piste qui se remplit tout doucement et réalisez que la station-service, c’est l’anti tenue correcte exigée. Il faudrait y aller en cote, comme les mécanos du garage. Si vous allez en soirée, préférez vous acquitter de la mission station-service avant de vous mettre sur votre 51 (c’est comme le 31 mais indicé sur le prix du carburant). Car le pistolet de la pompe, ça se gère plus ou moins bien. Bien entendu, il vous est arrivé, comme ce con sur la gauche, de venir à la station service avec des chaussures en daim achetées la veille. Bad idea ! La station service c’est un combat de pompes, celles que vous portez perdront toujours face à celles qui servent d’écrin aux pistolets. Il faut dire que des petits malins font des expériences très dangereuses : continuer à remplir le réservoir après le clic du pistolet, signe pourtant (sonore et tactile) qu’il conviendrait de cesser de remplir ledit réservoir. Néanmoins, le con sur la gauche avec ses belles chaussures en daim, il joue au con le con, il est vraiment très con…et le drame arrive, la voiture régurgite le gavage, si bien que les chaussures du con (vous ai-je dit qu’il est con ?) sont niquées. Et même qu’il a un peu d’essence sur le bas du pantalon à pinces. Il s’aperçoit également que le tuyau a maculé sa veste beige (putain : beige !!! Une couleur qui va bien aux cons).

Le SPA (soin pour automobiles)

Un autre spectacle est récréatif : la jouissance partagée des voitures et de leurs propriétaires qui s’occupent d’elles. Les premières aiment recevoir, les seconds aiment donner à l’envie. La même application, le même soin, la même délicatesse, la même précaution, le même zèle accordés à leur tâche, transposés aux travaux ménagers, feraient d’eux des fées du logis hors normes. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est leurs femmes.

Ils revêtent leur plus beau survêtement, un Sergio Tacchini vert vintage, généralement. Sauf qu’en le survêt’ est plutôt d’époque que vintage. Ils quittent leur domicile, le samedi après-midi ou le dimanche matin après Téléfoot, en salivant d’avance ces deux prochaines heures, notamment à aspirer les moindres recoins de l’auto (Elle-fait-chier-maman-avec-ses-miettes-de-pain), à astiquer le plastique du tableau de bord comme s’il était en merisier véritable. Ça shampouine, ça lustre, ça collerait la trique dans le survêt’. Qu’il est bon ce moment, la voiture se sent bien, elle sent bon, une cure de jouvence qui revigore tout le monde. Vient le moment des rouleaux dont on n’a toujours pas résolu le problème de savoir si ça abîme ou non la carrosserie. Ça fait trente ans que ça dure… Monsieur Propre a pris un lavage n°5, le « + mieux », celui qui dure douze minutes, et finit par le dépôt d’un lubrifiant. Douze minutes de bonheur pour le propriétaire qui se ravit d’une telle féérie, il est immobile, contemplatif, songeur (pense t’il à un clip mousseux de Snoop Dog ?) et ignore qu’il est comme tout le monde : un con debout avec une antenne à la main !

Il finit par le gonflage, important de ne pas manquer d’air ! Il aide une femme. Elle a garé sa voiture sur le câble qui délivre de l’air, ça marche beaucoup moins bien. Quelle courtoisie ! Ou angoisse d’y passer des heures. Il est fier de dire à son apprentie gonflante que la pression de gonflage se situe à l’intérieur de la porte conducteur : « 2,3 à l’avant et 2,0 à l’arrière !». Il s’occupe de sa pression en attendant celle qui sera prise au rade sur le chemin du retour, tout en contemplant sa voiture garée, scintillante. L’apprentie, elle, elle met des gants au cas où regarder une pression de pneus serait salissant.

La boutique

A peine le seuil de la boutique franchi, vous entendez « La 6 !!». Le pompiste à réglé la question du bonjour. « Par carte ? », vous répondez par l’affirmative. « C’est bon pour le code ! ». Sauf qu’à ce moment, vous vous décidez à prendre un paquet de chewing-gum. Et ça, ça l’emmerde profondément. Vous l’interrogez sur les essuie-glaces, et ça l’emmerde encore pire car la piste se remplit (il a bien fait d’aller au cagibi avant). Vous le voyez un peu en stress, une autre personne entre dans la boutique, vous faites un tour, considérez les sandwiches triangles, les sapins désodorisants… quatre personnes dans la boutique, votre voiture qui bloque une pompe (sans gêner personne, vous n’êtes pas odieux non plus), votre transaction toujours en cours sur son écran d’encaissement… vous savourez… Mais vous aimeriez compliquer les choses…. Alors vous lui demandez : « dîtes moi, je peux vous emprunter la clé des toilettes ? ».