Fishbach

tetu-12-01-2017-fishbach

Alors voilà, Clyde a une petite amie…

Pardon, je m’égare chaque fois que je commence mes phrases par « Alors voilà »…
Alors voilà, en fait, je voulais juste attirer ton attention sur cette musique que j’écoute en boucle en ce mois de juillet 2017 : celui de Fishbach (C’est un peu comme Jean-Sébastien Bach, mais Fish à la place de J.-S.).

Je ne sais plus comment j’ai découvert ça… Ah si, je me souviens, je me rappelle. J’ai lancé le Flow du Deezer, dans une marche matinale contrainte (l’héritier à acheminer à l’école). Le Flow, ça consiste à te laisser faire sur une playlist que la plate-forme suggère en fonction de tes goûts. La chimie n’est pas toujours censée, mais ce jour-là (ne me demande pas lequel sinon je te répondrais le 22 juin, ce qui n’est peut-être pas vrai), une voix rauque s’invite dans le flow, le flux, dans la houle de la musique qui s’écoule…

Intrigue…

Je résiste à ma flemme et je pêche le téléphone portable au fond de la poche arrière gauche de mon jean. Je veux faire connaissance avec la voix basse et rythmée qui me dit quelque chose que je n’ai pas entendu depuis si longtemps… Je regarde l’écran du téléphone et apparait d’abord une tête blanche sur une pochette d’album. Un visage défiant, blafard, façon Twilight. Je pense immédiatement à un bug de la plate-forme musicale : la tête et la voix, ça ne colle pas… Dans un réflexe de bouffeur de son, je télécharge l’album dans la foulée, en guise de pense-bête… On réglera cette bizarrerie plus tard.

Puis j’ai oublié.

Deux ou trois semaines plus tard, je m’ennuie de ma musique, j’en suis même las. Je scrolle (balaye du doigt, quoi) mes albums téléchargés. Une tête blanche apparait (ah oui c’est vrai !), et même qu’il y a écrit « A ta merci » dessus. On ne sait pas qui est à la merci de qui, en regardant bien la pochette, mais c’est le nom de l’album et du dernier morceau…
J’envoie l’écoute, une fois, pas mal, deux fois, pas mieux, trois fois : pioooou ! Conquis !
Faut que je regarde ce que ça donne sur scène, pas de date parisienne compatible immédiate, je checke You*Bip* pour m’enquérir de quelques vidéos de scène.

Je ripe sur des interviews… une grosse personnalité apparaît, moins pâle, mais pas pour autant bronzée, en la personne de la chanteuse. Nom maternel : Fishbach à un « c » près.
La jeune Fishbach fait presque autant rire en interview qu’elle inquiète sur scène. On y apprend une naissance à Dieppe et une adolescence à Charleville-Mézières, de quoi flirter avec la bière… et Arthur sans doute. Jack l’Eventreur n’aurait pas eu meilleure enfance géographique.

Ça donne des textes inquiétants et fins, enivrants non feints, des musiques pop parfois aux sonorités des années 80 avec lesquelles je suis pourtant fâché. J’y vois aussi un théâtre scénographique trop troublant pour qu’il ne soit pas au fond décalé et bienveillant.
Je réécoute l’album, les textes bizarres prennent forme et ça attire de plus en plus l’oreille, c’est sans pareil depuis une paye. Alors je me prends une tarte, l’objectif est tatin, je suis soumis, à [sa] merci.

Voici comment j’ai fait la connaissance de Fishbach (arrrh), et je te conseille de ne pas attendre que ça arrive par hasard dans ton Flow…

Le vrai bon son de l’été et né à l’est. Rendez-vous en octobre au Bataclan !

Atticus Armini

Election dice

Torn in the USA ?
Smells Like Hil’ Spirit ?
Image in ?
One ?
Sabotage ?
Art of gold ?
Thriller ?
American Rhapsody ?
Like A Rolling Poll ?
I Can Get Now Satisfaction ?
Like a Prayer ?
Me, Myself an Die ?
God Save The Queen ?
Sweet Child O’Minnesota ?
Washington Calling ?
Hotel Florida ?
Stairway To Even ?
I Will Always Loose You ?
Life On Mars ?
Over The Rainbow ?
Regul(h)ate ?
What’s Goin’ On ?
Creep ?
Respect ?
Family Affair ?
Dancing Queen ?
Cream ?
Good Vibrations ?
No Woman No Try ?
Hallelujah ?
Every Earth You Take ?
Stand By Me ?
Gimme Shelter ?
Sultans Of Win ?
My Generation ?
Dancing In The Threat ?
When Doves Try ?
New York Yew Work ?

Lettre à Michel Polnareff

Sans titre
Cher Michel,

Une tendance à la paresse et à la procrastination a retardé ce moment où je souhaite louer ton œuvre.

A mesure que je t’ai écouté, ces 20 dernières années, j’ai eu plusieurs fois le désir de m’adresser à toi. Mais Amiral, je n’avais pas le vent dans le dos, il est difficile de lutter contre une poupe qui fait non. Les canaux proposés ne me semblaient pas judicieux pour faire mouche, du type : adresse dans un programme TV (qu’affectionne ma vieille tante) au demeurant fortement utile à des fins de correspondance avec son présentateur météo préféré pour lui dire tout le bien qu’on pense de lui tout en le mettant en garde sur certains de ses choix vestimentaires, parfois. Non, les voies proposées ne m’allaient pas. Et lorsqu’elles se sont dessinées en www, je ne les ai pas empruntées, je me suis laissé dériver. Vingt années à ne pas faire, à me dire qu’il faudrait qu’un jour, un jour, un jour, il faudrait te dire tout le plaisir que m’a procuré ton minutieux travail.
Mais puisque j’ai commencé à écrire ces lettres à des artistes que j’apprécie, je me dois de faire également un tour par ton port, celui qui t’attache.
Chose aisée en 2014 : nous sommes là sur un vaisseau qui est le tien et sur le plus grand des terrains, le Web. Le moyen de locomotion étant choisi pour venir te causer, je n’ai plus de raison de me taire ; A terre mon atermoiement car il me parait opportun, alors que tu fêtes un anniversaire rond, de faire paresser ma paresse en lui injectant une dose de courage nécessaire à l’élaboration de mon « Computer’s dream » : peut-être que ces lignes se reflèteront un jour dans tes légendaires lunettes, j’en serais du moins très fier.

Michel, n’en déplaise à cette baseline sur ton compte Twitter : « […] He made a huge come back with ZE (RE) TOUR 2007 », tu n’es jamais vraiment parti. Ah, oui, l’exil… cette histoire d’exil… Certes dans les années 70, il était sans doute aussi difficile de t’atteindre que de marcher tout nu sur les avenues (tu en sais quelque chose), mais l’exil a aiguisé cette pointe de technologie avant-gardiste qui te caractérise, une technique de la communication bodybuildée : tu étais parti mais tu étais là, sautant l’océan Atlantique en un coup de duplex, en jouant sur et avec les écrans par lesquels tu savais apparaître et disparaître à ta guise, maniant la télécommande, le zapping avant même la révolution Achtung Baby/ Zoo TV. Avant-gardiste, disais-je et même prophétique des années 2000 quand tu convoquais du doigt la ligne de Marylou avant de lui dire goodbye ! Un roi des claviers, du digital, et du web dès ses balbutiements : on ne se demande plus sous quelle toile tu es né. L’e-toile, évidemment.

Ton huge come-back, je le situerais, égoïstement, en 1995 lorsque je t’ai réellement découvert dans cette émission « A la recherche de Polnareff », sur Canal +. J’ai remarqué un Polnareff qui bougeait et qui parlait, je ne t’avais aperçu que figé, dans la maison familiale, sur ces pochettes de vinyles où tu jouxtais Johnny, Eddy, France Gall, et Franck Pourcel (il fallait bien un brun), etc. Et si la modeste discothèque de mes parents pouvait inviter, en faisant fi de son étrange parenté avec un catalogue de salon de coiffure, à découvrir ce que ces têtes aussi fournies qu’immobiles avaient à raconter, je ne l’ai pas vraiment fait. Je savais simplement que feu mon grand-père affectionnait « On ira tous au paradis », sans doute tentait-il de se placer sur la fin. Une chose est sûre, les communistes y vont aussi, mais ça ne rimait ni avec chiens ni avec putains.

Je me souviens de l’annonce d’« A la recherche de Polnareff ». Elle m’avait intrigué (tiens, Polnareff !) et j’avais choisi d’être à l’heure de sa première diffusion, d’être au rendez-vous avec le type blond et frisé des vinyles de la maison… Quand on nait en 1975, on ne connaît pas Polnareff, on ne connait que sa légende, sa musique. En 1975, il a déjà quitté la France. Mais pour errer où au juste ?
Dans ce programme, après une longue quête, et quelle quête, tu es in fine découvert en couleur et en verres, en tenue militaire, dans le désert californien. Tu as joué le jeu, allant jusqu’à flécher sur bande-vidéo, te sachant loupé de peu dans le dernier hôtel pratiqué, le parcours jusqu’à l’endroit où tu voulais bien te faire dessabler.

Te dessabler, c’était te découvrir arborant le cheveu long, lisse et platine au volant de cet incroyable Hummer. Le sens de l’arrivée, et de la communication, j’étais conquis. J’évoque ceci, de façon trop laconique, le souvenir faillible, ces images m’étant devenues inaccessibles : ma pauvre cassette VHS qui les contenaient a rendu l’âme à moins que ce ne soit le magnétoscope qui le lisait. Oui, de mémoire, tu étais retrouvé, et après un incroyable toilettage pileux et capillaire, tu te rendais disponible pour une conversation venteuse à en rendre dingue le preneur de son, avec Michel Denisot, au milieu de ce nulle part désertique qui abritait ta vie. Au passage, je dois admettre avoir aimé le visionnage plus récent de « Searching for Sugarman », tant en soi que pour ce qu’il me rappelait de ta découverte en forme de jeu de piste.

Au fil du reportage, je découvrais ton mystère et ta légende, tes itinérances, ton phrasé, ton humour, une grande gueule juste, tes débuts en noir et blanc. Je connaissais quelques-unes de tes créations car lorsqu’on vit sur cette planète, on en connaît au moins une. Il m’était par la suite possible de bien apprécier ton œuvre, du moins la plus évidente, en me passant en boucle le « Live at the Roxy », auquel quelques bénis des Dieux sont allés bouffer du paradis. Passée son ère pataude et trop 56 K, j’utilisais massivement Internet, puis You Tube à la recherche de choses plus rares, des Lives jusqu’aux plus improbables, comme ceux où tu scintilles, comme celui où tu accompagnes frénétiquement, au piano, un Johnny Hallyday archi Presley. A mon apprentissage de tes chansons et moments de scène, je pouvais désormais associer quelques passages de ton histoire, récemment apprise, celle de Michel Polnareffff, avec quatre f: Fesses, France, Fisc, Femmes.

Ton retour de 2007 ne m’a rien appris, j’avais déjà bien étudié la bête. Il m’était cependant plaisant de penser que certains pouvaient te découvrir comme je l’avais fait douze ans auparavant en plein désert.

Louer ton œuvre, ce n’est pas évoquer ces chansons entendues ou écoutées des centaines de fois. Louer ton œuvre c’est aussi mettre en lumière ces petites choses que j’ai connues et t’apprenant. « A la recherche de Polnareff » n’était qu’un début, cela valait session de rattrapage pour la génération que tu n’as pas côtoyée et qui voulait te connaître : je veux bien en être l’Officier général. J’ai abandonné l’écoute des compilations de tes morceaux, que je jugeais insuffisante, pour aller au cœur de tes œuvres, de l’univers, de l’énergie de chacun de tes albums en respectant scrupuleusement l’ordre des titres. On ne fait pas ça avec tout le monde ! Et je peux t’assurer qu’avoir découvert ces chansons moins connues qui précédaient ou suivaient des chansons comme « Hey you woman », « Time will well », « Sous quelle étoile suis-je né ? », « Le Désert n’est plus en Afrique » m’a donné le sentiment de mieux les connaître. Et pour tout avouer, un coup de cœur particulier a scellé une union durable avec ton album Polnarêve. Il est des perles qui restent relativement bien cachées.

Je dois également admettre que quelques effets secondaires troublants m’ont atteint, je ne souhaite pas les traiter : je chante à tue-toutes-les-têtes les chansons les plus hautes, sous la douche. Oui, sous la douche qui demeure le meilleur endroit pour faire sonner les casseroles massacreuses de mon genre. Dans la voiture, la nuisance est encore trop grande et radioactive pour ses pairs qui attendent au feu ; en revanche sur l’autoroute ça me pique, à cœur joie je fissure les carreaux. Je crois avoir doucettement contaminé mes jeunes héritiers qui se transforment en meute de loups lorsque résonne « Love me, please love me ».

Je serais ravi que ce billet vous atteigne véritablement (« postalement », déjà !), Monsieur Polnareff ; Vous ne pouvez pas passer à côté de mon sincère MERCI et de la grande admiration que je porte à votre travail.

Atticus Armini
39, Paris

NdA : Mille excuses auprès des lecteurs de moins de… allez, vingt ans… ce billet contient des termes préhistoriques (VHS, magnétoscope, locomotion, etc.) mais un moteur de recherche post historique pourrait utilement vous aider à visualiser ce que recouvre ces mots, sans mal.

Lettre à Stephan Eicher (et à Philippe Djian par la même occasion)

Stephan, Monsieur Eicher (la moustache fine amplifie le respect), il me paraît si loin ce temps où tu te roulais dans l’herbe, après le pizzicato, en te demandant « Combien de temps ?». Combien de temps quoi ? A douze ans je me le demandais bien. Je te voyais juste rouler sur toi-même dans cette vidéo où tu portais un jean et un T-Shirt blanc (trop de jean, pas assez de T-Shirt, Jacques Chirac le portait ainsi mais sous l’ère Mitterrand, la ceinture haute, c’était toi !). Tu disais « Je suis saoul de toi », pardonne mes douze ans mais j’entendais « fou de toi », saoul ça voulait dire quoi ? J’ai appris depuis.
Une chose est sûre, j’adore, j’adorais lorsque tu clamais « J’ai de la folie plein les veines », j’achèterais tout roman qui aurait ce titre sans même lire la quatrième de couverture. J’y notais plus tard aussi « Le plaisir facile les amours d’un soir meurent d’un oubli subtil dans le nœud d’un foulard ». Le foulard, tu le portes à merveille dorénavant, comme une incarnation du dandy poète, la subtilité, tu ne la portes pas, tu la symbolises.

Bien entendu, je t’ai retrouvé plus tard, à l’âge où j’avais des hauts et des bas (deux ans avant toi), seize ans, lorsque tu confiais ne pas avoir d’ « ami comme toi », enfin pas comme toi, manifestement tu ne te parlais à toi dans le miroir, tu t’adressais à un ami vénérable, sinon vénéré, car d’amitié, toute la vie en est question (l’amour suit…). C’était en 1991, et à ce moment, il y a ce bijou, « Tu ne me dois rien » :

« Ma voix t’a-t-elle manqué
après bientôt un an ?
Ce serait une belle journée
et il n’y en a pas tant

[…]
tu as sur mon humeur
encore des effets gênants
»

Paraitrait que ce texte soit resté longtemps entre tes mains avant que tu ne puisses y mettre une musique ! How come Mister Eicher ? Peur d’abîmer le texte ? « Ma voix t’a-t-elle manqué après bientôt un an ? », je savais qu’un jour je me poserais cette question, on se la prend, on se la pose tous à un moment donné, non ? Oui !

Et finalement « Déjeuner en paix », l’esprit libre, le passé bien rangé car éloigné, devient un luxe, un coût de la vie qu’on ne peut plus se permettre. Déjeuner en paix est un espace-temps bien bien plus coûteux que la rue de la paix sur le fameux plateau capitaliste du Monopoly. On se rattrape l’été, dans les jardins, car « Souffler sur les braises pour qu’elles prennent », c’est bien plus facile. Philippe Djian se met à passer par là, et c’est un vrai bonheur. 1991, Stephan, entre le trépas de Gainsbourg et celui de Freddy Mercury, cette année-là, des albums mythiques sortent : « Mama said », « Achtung baby », « Use your illusion », « Dangerous », « Black album », « Out of time ». Des albums à postérité, d’envergure vinyle, anglophones, mais toi, Stephan, tu as cette poésie francophone que tu livres généreusement et dont on ne se détache pas facilement. Non, il n’y a aucun lieu d’y voir un quelconque décalage dans ma discothèque, ta place est bel et bien là. Ton accent suisse-allemand et tes guitares s’accordent très bien aux nerveuses notes de tes voisins d’étagère. Pas de rap pour l’heure, j’attends 1995.

1993 : Tes hauts, tes bas, cette fois. « Je trouvais dans les livres de quoi se patienter un peu ». Stephan, cette phrase n’est pas française, elle est merveilleuse ! Merci pour ça !

Mais à vrai dire, Stephan et Philippe, ce n’est pas de ça dont je viens vous parler. Enfin si, mais pas que… Je veux vous remercier, j’y tiens. Pour votre soutien, bien oui, et pour les effets tant vertueux qu’indirects de « l’Envolée », cet album qui m’est si particulier. Une œuvre rencontrée à point nommé, avec une précision d’horloge suisse ( !), et je ne sais de quelle façon ni par quel sort, votre œuvre m’a tenu compagnie de nuit comme de jour, comme de nuit (finalement) dans de grandes transitions sentimentales personnelles. Mais il fût là !

Je l’ai évoqué ici. Mais l’implicite référence à l’outil de ma survie a ses limites, il me faut dorénavant rendre hommage également aux ouvriers, aux charpentiers de la syntaxe et de l’accord, à ceux qui m’ont accompagné comme un curé l’aurait fait, il y a quelques années, dans une période de doute et de choix impossible.

L’album commence par ce titre « Donne-moi une seconde ». Je lui ai donné des heures et des heures. Des heures fébriles, des heures sourdes, incertaines, sombres, sans fin, suicidaires, des heures gamines ou toujours trop adultes, des heures, des jours, oui des jours sans lumière où la voix (même en langue suisse-allemande : a t-elle été un jour pour quiconque un tel pansement ?), les textes, la musique prenaient tout l’espace de ma pièce. Ma pièce réduite à ma tête, ma tête trop souvent sur mes épaules, mes épaules trop souvent sur mon buste criblé, mon buste trop souvent rempli d’organes et de cœur en particulier, effiloché, filant sans siffler sur un deux-roues aux chevaux toujours trop lâchés sur des axes trop fréquentés par la police. J’étais saoul d’elles, tiens cette fameuse folie plein les veines, à sentir qu’il fallait quitter cette horrible brune (« Je surgirai là dans ton dos, je renierai tout ce que j’ai trouvé d’beau »), pour atteindre la blonde semblant convoquer le soleil.

A ce moment, plutôt que de faire un choix, je l’ai bien envisagé de tout nettoyer, de suicider les sentiments et de renaître, façon Miossec : « Tout doit disparaître ».

Messieurs merci, merci Messieurs, le ciel est désormais plus bleu. Même si je ne pense pas qu’il faille faire une exception pour moi…

Oui, car même si :

« Les hommes sont nés
Le mensonge à la bouche
Ils abiment ce qu’ils touchent,
Qu’ils crèvent, qu’on en finisse
»

Il y a que :

« Les femmes trop innées
Errants songes qui les touchent
Ces hommes toujours louches
Jamais crèvent leurs yeux qui se plissent »

Un partout. Un score figé depuis tant de milliers d’années et pour l’éternité.

Atticus Armini.

Lettre à Déportivo

Une lettre, un billet, il m’apparaît important de m’en fendre pour saluer le travail et l’oeuvre de Déportivo, ton travail, on se dit tu, hein ?

Une découverte hasardeuse un jour trop sombre d’été 2004, dans une Twingo verte qui associée au rouge de mon humeur colérique constituait une palette bi-chromique qui se fondait parfaitement bien avec la pochette de « Parmi eux », ton premier album aussi furieux que rapide (27 minutes), sans falbala, sans encombre, pour ne pas perdre le message essentiel de ton arrivée sur la planète rock, qui consistait simplement à dire : « On est existe, on est là, on fait ça ». Jérôme, Julien, Richard, vous ne vous appellez pas Arsenal, Bayern, ou Saint-Germain (pourtant proche du Bois d’Arcy d’origine, et de toute façon déjà pris) ; Déportivo, tu ne t’appelles pas non plus Monaco (trop ambitieux, comme pour rechercher les grands prix), tu ne t’appelles pas Sparta, non tu t’appelles Déportivo.

Et si un jour, il existait ce club de football, je tends à croire maintenant que le Déportivo La Corogne a choisi un nom de groupe de rock français pour nom de club.

Je te découvre en 2004, te vois en concert, en show case. L’efficacité du son urgent me frappe, les textes m’apprennent à quel point on peut toujours travailler les mots, inventer des métaphores et allégories, pour atteindre l’expression qui résonne et fait raisonner, celle, la plus juste possible, comme si l’ami Jérôme, avant de cracher ou de susurrer ses mots (quelle belle alternance), avant même de les écrire, avait un jour vécu la même chose que soi mais savait l’exprimer dans la poésie et la justesse (j’insiste) la plus totale :

J’entrevois à l’avance mes chances pour le paradis
J’aperçois ma confiance au loin qui rétrécit
Mais comment fait-on quand on ne pense plus qu’en devançant

Ou encore :

Je ne construirai pas sur la peur on verra bien sur le moment
Comment se comportent les douleurs faut qu’on s’en aille en sifflotant
Un air de fête, un vieil air de changement les fruits pourris en en-tête
Tous consumés jusqu’aux chaussettes

Je surfe donc durant trois années sur cet album, en pensant sur la fin qu’il n’y aura plus rien. Les airs et les textes s’invitent dans ma tête, sans même les avoir convoqués, sans même avoir vu trainer le disque sur une commode, un canapé, un meuble de cuisine. Je m’intoxique de cet album, espère qu’il ne sera pas enfant unique, je l’écoute jusqu’à espérer un écœurement, tant Déportivo tu es un salopard qui prend son temps pour se remettre de 27 minutes d’exploitation d’enregistrement. Heureusement, Bloc Party, Editors, Pearl Jam ou Dionysos comblent magnifiquement mon impatience d’une suite, d’un éventuel deuxième album de toi. Je te déteste de ne pas arriver plus vite à nouveau dans mes oreilles car si je ne manque pas d’air de toi, je n’en ai que 27 minutes.

Pas ou peu d’informations sur internet, tu sembles à cette époque avare de communication, tes membres, ton groupe est-il tout simplement délité, êtes-vous occupés à des métiers moins exposés ? Je n’en sais rien, facebook balbutie, le virus n’est pas encore très répandu, twitter est dans le ventre de sa mère ; Je me dis que Déportivo, c’était peut-être un album et puis s’en va, tant pis pour nous, en bon fans des Doors, vous avez pris la porte, comme un clin d’œil, en attendant c’était si bien.

2007 : boom ! Déportivo, tu sors « Déportivo ». Pas de titre, pas grave. Une efficacité redoutable qui chasse la rancœur développée durant ton absence. Tu es de retour (inespéré), tu frappes bien et juste, encore une fois. Mais j’use moins cette seconde galette que la première, même si la reprise de Miossec « Les bières aujourd’hui s’ouvrent manuellement », et le dub qui clôt l’album, me rendent un peu plus fou de toi. 2011 : « Ivres et débutants », je passe un peu à côté, ne prête pas attention aux textes, à tort, quelque chose d’autre m’occupait. Seul « Pistolet à eau » avait su attirer mon attention. Mais je ne panique pas, ne me sens pas défaillant, ni déloyal car je sais que l’œuvre et moi, c’est parfois compliqué.

2013 : « Domino », ton quatrième album sort, une claque Bud Spencer sur ma trogne. Ainsi qu’« Ivres et débutants » à titre personnel que je (re)découvre, par la même occasion ; Pour moi, Deportivo, tu sors donc en décembre 2013 comme un double album, et je me fais ce petit plaisir de faire ces allers-retours entre les deux opus, façon « Use your illusions », un plaisir accidentel et singulier qui me fait tant de bien :

« Mais si tu souhaites les jours plus beaux
Alors il faudra s’y faire
Il nous faudra changer de peau
Sans cesse défier l’ordinaire
Nous sommes tous plus ou moins Tous plus ou moins
Hantés mon garçon
Par ce qu’il nous reste à faire
».

« Fais moi comprendre » d’ « Ivres et débutants » me coupe les pattes, les textes sont de plus en plus proches de la vérité, la ligne de basse-batterie n’aura d’égale que dans « Dans ta chambre », sur le récent Domino cette fois.

« Dans ta chambre » : la perle des perles de ton œuvre, cher Déportivo ! Certains pensent (du moins un vieil ami) que l’introduction du clavier dans la formation guitare-basse-batterie signe la fin d’un groupe de rock ; Pour ma part j’estime que cela signe sa maturité, l’ouverture aux instruments est une aubaine, quelque soit le style de musique dans lesquels les critiques aiment figer les artistes.
L’ouverture au clavier… une vielle rengaine, une éternelle querelle avec cet ami, lui même chanteur et musicien. J’ai souvent pensé à lui en écoutant « Ivres… », pas toujours à jeun et « Domino » en me créant des conversations virtuelles avec lui, je pense qu’il aime l’album, comme moi je l’adore.

Je le pense, le subodore car la vie nous a séparés « Deux vieux amis jouant aux imbéciles », tu décris cette insensée perte de temps dans « Imbéciles » comme je n’ai pas encore su le faire ; En cela, cher Déportivo tu es aussi ce lien avec lui, tu as donc cette vertu supplémentaire, télépathique, et en ça et en autres choses, tu es, vous êtes Jérôme, Julien, Richard des (h)auteurs de vie, je vous en remercie.

L’oeuvre et moi

Il faut parfois attendre une demi-vie pour lui donner la parole.

On la connaît de nom, de réputation, on pourrait presque oser en parler, certes un peu mal, sans jamais l’avoir vue, lue, véritablement contemplée, écoutée. Il y a que les autres l’ont fait, et on ne sait pas pourquoi, on n’y va toujours pas, on ne le lui rend pas visite.  C’est comme si entre l’œuvre et soi, il y avait un contrat tacite, une connivence, une abstinence qui nous enjoint de patienter.

Bien sûr, la convention est déséquilibrée sur le papier, puisqu’on possède le droit potestatif de l’effeuiller de la déshabiller ou non. Sur le papier… qui n’existe même pas…

Attendre, attendre, attendre encore. Respecter la prescription qu’on a imposée, ligoter les termes du contrat.  Et dans cette inaction, on dit d’elle comme d’une langue un peu familière : je la comprends mais je ne la parle pas.

L’objet du contrat est simple : l’expectative ; La cause est également bien connue : faire attendre l’œuvre pour qu’elle se révèle à soi au moment le plus opportun dont elle n’est pas juge, dont on lui interdit toute appréciation.

Rien de synallagmatique là-dedans, l’œuvre a simplement le droit d’attendre, puisque son cocontractant l’ordonne et le fait, qu’il décide de la résiliation de ce contrat du silence, du détournement de sa trajectoire vers elle.

Elle essaiera de lutter contre ce contrat d’adhésion (à prendre ou à laisser) qu’elle n’a pas vraiment négocié, contre son caractère unilatéral, se manifestera, fera les yeux doux, intoxiquera subliminalement, fera surface sur une étagère en forme de livre, de photographie dans une exposition, de film qu’on croit exhumer d’un carton alors qu’elle aura su se positionner sur le dessus, de musique qui revient trop souvent.  On tiendra bon longtemps.

On croit choisir le moment de l’invitation. C’est elle qui le choisit. Elle pourrait surgir lors d’un instant de quête d’un réconfort, ou d’un moment d’extase, peut-être même existera t-elle dans la bouche d’un ami qu’elle aura su envenimé.

Sans même choisir son moment de joie ou de peine, on y succombera, ça sera soudain, inopiné, accidentel, le contrat stipulant l’inertie tombera pour l’avenir. A tout jamais.

Fini la connaissance de l’œuvre, de loin, de très loin, juste par le titre, les exposés des amis, leurs critiques. Ce sera l’heure de l’avis propre qu’on a tant refusé de posséder car consommer c’est ne plus découvrir.

L’œuvre sera protéiforme à mesure qu’elle prend la main. Elle sera ce que bon lui semble, elle sera questionnement exacerbé, ou réponse lumineuse, elle sera souvent médicament, elle sera ce qu’elle veut.

Une fois la rupture du contrat qui disait réticence qui encadrait le silence, elle dictera sa loi. Un carcan où elle était prisonnière, où l’on dominait, aura explosé. Un autre prendra forme dans lequel elle sera reine, patronne, mante qui propage sa religion que l’on boit sans soif.

Car après avoir longtemps vicié son consentement, on lui remettra indéfectiblement le sien, et on y retournera, on la parcourra encore et encore, et même qu’on en rêvera.

Elle sera référence, elle s’imposera mantra, elle deviendra tao. On ne se dira pas que cette chasteté n’aurait pas dû être, qu’on a eu tout faux de se l’être infligée.

On louera plutôt la providence, qu’aucun contrat ne contrarie vraiment, qui a su créer cette parfaite concomitance, cette  merveilleuse concordance où nous nous sommes enlacés.

Jazzy Bath

Un p’tit bain et du jazz pour oublier c’temps naze, ce temps dégueulasse, qui fouette, qui nous lasse, qui use et bouffe les essuie-glaces. À des Miles Davis away de la nuit, du froid et de tout ce qui ne veut pas crever, c’est dans la mousse, ce duvet, cette housse que j’écoute des trompettes, plus l’âge des canards, plus l’âge des pouêt-pouêts, j’reste digne dans ma fête.

Contre l’hiver qui traverse mes terres, comme un cold train pachyderme qui percute et traverse l’épiderme, y’a le saxo de Coltrane, celui qui apaise dans le bain moussant, celui qui tue la haine chemin faisant. Outre Mister « Trane », des quartets, des quintets, toujours en pleine fête, aucune note désuète, j’apprends par cœur Charlie et son alto, j’oublie le boulot, tue tous les salauds, j’suis bien dans mon eau.

C’est pas le fond de la piscine et la tasse tchin-tchin de Serge et d’Isabelle, moi je j’y sens moins frêle dans mon marine ciel. Mais c’est vrai que comme pour Morrison, le bain nous cercueillerait bien, partir sans orgueil, juste un petit klaxon, pour qu’ les morts y sonnent comme le dit « Souchonne ».

Mais avant de mourir, encore un peu de jazz, toujours de la mousse, et son érotisme, ses coutumes, ses us, un p’tit Charles Mingus, pour atteindre l’art, tendre vers Reinhardt, ses huit doigts magiques, les miens au complet mais vieux, fripés, tragiques. Faudrait quitter l’eau tiède d’autant qu’elle devient froide, ou rajouter d’l’eau chaude, juste un petit jet, pour la thérapie ou pour l’cachet Baker qui s’amène à l’heure. Ou ce bon vieux Vian, ou bien du trombone, et puis du piano, celui qui résonne, celui d’Ellington, avant d’y revenir à cet hiver long, à cette saison con, à cette terre qui n’tourne pas rond.

On se sent bien con quand les notes partent dans l’siphon.