Et je le fais

On m’a dit à l’école faut travailler,
On m’a dit faut faire des études,
On m’a dit faut avoir une situation,
On m’a dit faut bien gagner sa vie,
Et je l’ai fait.

On m’a dit faut courber l’échine,
On m’a dit sois moins compétent, plus corporate,
On m’a dit faut rentrer dans le cercle,
On m’a dit faut te placer, tout accepter,
Et je l’ai pas fait,

On ne m’a pas dit ne sois pas frileux,
On ne m’a pas dit sois manuel, ça vaut de l’or,
On ne m’a pas dit crois en toi, t’es fort,
On ne m’a pas dit qu’est-ce t’en as à foutre.

Et je le fais. La vie n’a jamais été aussi courte.

jezuckerberg.com

Facebook, mon Père, je me confesse à Vous car j’ai pêché !

J’ai la ligne mais pas l’appât (rat!) pour être Votre plus dévoué disciple. Vous en avez déjà tant de toute façon !
Il y a que je n’ai pas trop fréquenté Votre église récemment, mon Père pardonnez-moi, je sais que Vous y tenez.
Pardonnez-moi car je dois bien Vous l’avouer, je ne m’en suis pas plus mal porté.
Et j’ai eu ces pensées impures, j’ai rêvé de caresser la vérité, la vraie vie, et même d’être en chair avec elle. Oh Seigneur, je sais, je bafoue tous Vos commandements.

Vous allez me condamner. Je l’accepterai !

Mais ô Saint des Saints (sain dessein ?), je ne crois plus en Vous ! Je Vous redoute même, mon Père, Vous en avez de la donnée sur les convaincus et même les brebis égarées. Vous créez entre nous tous bien d’étranges connexions intéressées. Je continue à boire modérément Votre vain, certes, mais j’ai perdu la foi. Gourou de l’univers qui remplit les verres, Vous Vous portez bien, mais j’ai vraiment perdu la foi. Je pourrais même porter plainte contre Votre comportement ambigu, cette numéricophilie !

Je ne demande rien, Père Facebook, ni la miséricorde du Divin ni l’absolution. Je serai d’ailleurs moins sur Vos bancs, à psalmodier Vos écritures, lirai davantage les hérétiques que je ne verrai les GIF de Vos dévots. Je Vous parle pour la dernière fois, même si de temps à autres je Vous verrai officier face à ces pauvres âmes connectées que Vous possédez. Vous n’abuserez plus de moi, Père Facebook, je me servirai de votre « Maison sacrée » plus qu’elle ne se servira de moi.

Cessez Vos tentatives, ne forcez pas la main, je choisirai une vie, sans Vos carcans, Vos prophéties, Vos injonctions, Vos commandements, Vos possessions, comme doit le faire chaque Homme non aliéné. N’oubliez pas que l’avantage que j’ai sur vous, c’est que je suis né en 20 avant jezuckerberg.com : je suis suis né bien avant Votre divinité !

Ne me pardonnez pas finalement, Vous êtes bien moins sain(t) qu’un poil poil pubien.

Les lignes 

Il y a des matins où dans une obsession depuis le réveil, on écrirait bien ces lignes qui changent la vie. Elles ne seraient pas forcément nombreuses ni pompeuses, aucunement prescriptrices, simplement salvatrices.

Il y a des matins (que s’est-il passé durant la nuit ?) où il semblerait nécessaire de faire ce chemin, cette croisade depuis le salon, cette campagne dans l’odeur du café, sans arme, presque naïvement, comme un enfant, pour être lu, entendu, compris, répété, partagé.

Il y a des matins où, à la force du stylo ou du clavier, on écrirait ces lignes, qu’on soit lecteur ou non, érudit ou pas, d’ordinaire davantage dans les images que dans les pages, on y dirait dans ces lignes, ces pauvres lignes sans intention grandiloquente, tout ce qui convaincrait de cesser de diviser.

Il y a des matins où pour la première fois ou pour la millième, on convoquerait âme, cerveau et ventre, dans une parfaite union face un monde en perdition.

Elles suggéreraient ces lignes qui n’auraient pas de pays ni de religion que si l’homme a toujours construit, sur la base de ce qui divise, ses organisations, ses clubs, ses corps d’état, ses pays, ses limites avec d’autres hommes qui ont pourtant dans les grandes lignes les mêmes caractéristiques ;  Elles diraient, oui, elles proposeraient même, de plutôt bâtir sur ce qui ressemble et rassemble et de ne donner que cela à nos enfants…

Il y a des matins, il y a tous les matins où on ne fait rien.

Aa

« Aucun rapport ! » (Nadia)

La porte s’ouvre et la femme se tient là. On n’enfreint rien car c’est Nadia.

J’ai rendez-vous avec elle, la femme qui se tient là. Une femme, non mais quel sommet de l’abstrait aurais-je gravi en imaginant,  il y a trente ans, cette fillette en femme : les cheveux noirs, les yeux perçants, sans doute une frange, un visage globalement espiègle arborant souvent un sourire victorieux qui ne savait pas dissimuler la connerie fraîchement achevée. Et… une blouse. Qui peut y anticiper une femme ?

Sur cette blouse à la jeune fille, un truc situé sous la clavicule gauche attirait l’œil. A cet endroit même où le shérif porte son étoile astiquée, où tout vendeur Darty  porte son badge avec son prénom écrit dessus (pour engueuler le vendeur, le client préfère savoir son prénom). Oui, à cet endroit précis quelque chose  brodé en rouge captivait la rétine, ça donnait cette information : « Nadia Riou ».

On ne réalise pas en CM1, à cette époque que lire « Nadia Riou » sur une blouse, c’est un peu comme y lire Djemila Guivarc’h : c’est contrasté ! La fille au prénom oriental tire son nom de famille de quelques filiations bretonnes, du bout du monde occidental de notre vieux continent. Je ne me faisais pas vraiment la réflexion, bien qu’étant aussi du pays de la galette complète (supplément andouillette, s’il vous plait !). Ç’eut tout autant pu (prononcer : sutoutotanpu) être un hommage à une quelconque héroïne russe, ou à Nadia Comăneci… ce qui était d’ailleurs le cas. Nadia en a gardé une souplesse parfois contrariée par un dos indocile et capricieux. Alors oui, « Nadia Riou », c’est contrasté mais c’est aussi et surtout l’annonce d’une richesse qu’elle a su trouver.

La porte s’ouvre donc, Nadia est là. Elle ne sait pas dire bonjour de loin. Nadia accueille d’un sourire qui part des yeux, écartèle la bouche et explose sans doute dans son ventre. L’étreinte suit. On pourrait faire demi-tour instantanément, se dire au revoir comme on vient de se dire bonjour et s’en retourner vainqueur, de bonne humeur, la journée serait réussie tant ça fait du bien.

On pourrait le faire mais on ne le fait pas. On devient gourmand, et même un peu studieux. « Pourquoi ? », me demandez-vous. Ah non vous ne me le demandez pas, mais je vous le dis quand même. Et bien on devient studieux parce qu’avec Nadia, on révise ses fondamentaux : la générosité et le partage.

Nadia invite à s’installer dans le canapé. Elle ne s’enquiert pas tout de suite du degré de soif de l’hôte, le verre de blanc attendra. Elle veut d’abord savoir ! Savoir d’abord. Elle se pose devant soi, plante ses yeux clairs dans ceux d’en face et elle s’informe : « Comment ça va toi mon chat ? »

La question féline n’est pas anodine, Nadia en aurait d’ailleurs presque déjà la réponse. Il y a que le temps de l’ouverture de porte, du sourire et de l’étreinte, sur le seuil elle a tout vu tout perçu : un amincissement, un mal-être ou au contraire un sourire triomphateur, une excellente bonne humeur. Elle l’a deviné et veut le vérifier. Elle-même fluctue à la faveur des heurs et malheurs, des vicissitudes (prononcer : bah comme ça s’écrit), elle grossit (« putain j’ai grossi ! »), maigrit (« putain je fais gaffe en ce moment ! »), vit comme tout un chacun de sales minutes et de fastes heures. Elle est installée là, face à soi, et elle se renseigne, regarde et scrute. L’âme rougit d’être ainsi dénudée mais accueille cette bienveillance jamais invasive. En cas de malheur, Nadia veut savoir, elle veut aider. En cas de bonheur, elle veut en connaître elle veut partager.

Le chat commence à s’exécuter, il tente de répondre à la  question par les mises à jour d’un feuilleton épileptique (la vie quoi !) dont il sait trouver de l’audience, du côté de la Riou. Au bout du septième mot, ce qui arrive vite ma foi quand on débute sa phrase par « et bien écoute pour tout te dire … », elle balance un « Tu sais que t’es beau !? ». C’est fulgurant, ça ne prévient pas, et ça donne ça :

Nadia : « Comment ça va toi mon chat ? »
Chat : – Et bien écoute pour tout te dire …
Nadia : – Tu sais que t’es beau !? »

Version chatte, c’est même au sixième mot :

Nadia : « Comment ça va toi ma belle ? »
Chatte : -Je suis allée chez Maje et… 
Nadia : – Tu sais que t’es belle ma chérie !? »

Deux filles, dix conversations simultanées, ça ne choque plus personne.

On se raconte donc des choses, et Nadia écoute sincèrement. Un moment de partage qui fait toujours du bien. C’est qu’avec la dame, il y a cette magie qui opère. Les personnes fragiles sont d’une force insoupçonnée quand elles choisissent d’abriter dans leur refuge exquis. On s’y engouffre dans cette bienveillance, et on apprend bien la leçon. A prendre du généreux, on apprend à mieux donner, et bien plus volontiers. En lui parlant je constate qu’elle a encore changé de coupe, de coiffure, bref quelque chose là-haut. Une considération capillaire pourrait sortir inopinément de ma bouche mais j’ai peur de me planter. Et puis discuter coiffure avec une fille c’est comme parler volcan avec Haroun Tazieff, on a vite l’air con devant la pauvreté de ses compétences en la matière ! Je m’y risque quand même avec la précaution du… bah du chat tiens !

Chat : « Sont bien tes cheveux comme ça !
Nadia : – Oh, merci mon chéri !
Chat qui craque : – c’est un tie and dye c’est ça ?
Nadia qui cite Nadia : « Alors là j’t’explique : AUCUUUUUN RAPPOOOOORT ! »

La seconde qui s’en suit, Nadia a déjà oublié ma tentative de pédanterie. La conversation reprend, Nadia est bien, elle ne se rend même pas compte que même quand elle est mal, elle fait du bien. On peut bien s’avouer ne pas toujours être à la hauteur. Le problème des personnes très entourées, c’est qu’on pense  toujours que quelqu’un d’autre que soi s’en occupe. A tort. Alors pour pallier cet écueil, on se met à faire comme elle, décidément ses leçons d’amitié sont un programme sans fin. Faire comme elle, c’est multiplier les pensées, les attentions, les mots. C’est avoir à tout moment de la journée, sans contrainte aucune mais simplement parce qu’on en a envie, la délicatesse classieuse d’adresser ce sms qui embrasse, ces dix secondes de vidéo délurées, de passer ce coup de fil qui donne corps à ces habituelles et pauvres déclarations « l’autre jour j’ai pensé à toi tiens ! ». Oh que c’est savoureux ! Et quand on voit ses autres amis devenus trop silencieux, sans initiatives, paresseux, parfois pingres, on sait que le savoureux confine au précieux.

Durant les échanges du jour Nadia passe par plusieurs phases : son beau garçon, le dégoût du racisme, le boulot couçi couça, l’excitation de faire écouter le son du moment, les envies de soleil, le goût des choses vraies, les valeurs. Nadia est authentique.

Nous sommes interrompus. Mari et fils gagnent l’appartement. La fillette à la blouse est devenue maman. Une maman juste, posée, communicante. Avec mari, les embrassades pourtant quotidiennes ne sont absolument pas négligées mais au contraire bien soignées. En guise de léger retrait dans cet instant intime, je laisse passer une légère distraction qui s’invite : le souvenir de la chapelle sur le promontoire de cette île grecque où ils se sont mariés.

Dans ce moment raffiné, on prend la mesure de ce bel instant de vérité. Tout est lâché, rien n’est rentré. Même quand ils se pourrissent ces deux-là, ça sent le cœur ! Dans cet empire, on aime y être invité, on y est souvent nombreux : cette femme-là, on aime appartenir à sa famille.

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« Ah ben oui, c’est pas un un tie and dye, chui bête, c’est un dégradé !
– AUCUUUUUN RAPPOOOOORT ! »

 

 

Le pot de lait en aluminium qui pèse trois tonnes

On m’a raconté l’histoire de ces deux enfants-là.

Ils se sont croisés pour la première fois vers huit ans, sur le littoral, même qu’ils sont nés la même année.
Lui, dernier d’une famille de quatre enfants, allait dans la chaleur des soirs d’été chercher le lait à la ferme. La coupe en brosse, les oreilles décollées, la tête à connerie, sûr qu’on n’a jamais pensé à donner à ce gesticulateur le Bon Dieu sans confession. Pourtant pour faire plaisir à maman : baptême, communion, confirmation. Il n’en a jamais rien fait.
Elle, parisienne, descendait chaque été vers ce bord de mer, elle y restait tout juillet et août pour amortir la fatigue d’un trajet de dix heures dans une « Amie huit » aux sièges rembourrés avec des noyaux de pêche.
La peau basanée dès sa première semaine de vacances, cette jeune typée façon espagnole n’aspirait qu’à renifler, en toute tranquillité, des fleurs dans un champ et pourquoi pas leur causer.
La corvée c’était le soir, tous les soirs : remplir et tendre le pot de lait en aluminium qui pèse trois tonnes à ce gamin arrogant.
Tous les soirs de chaque été.
Chaque été de leurs jeunes années.
Un jour, plus grands, ils se sont vraiment parlés.
Elle toujours la peau brune, lui les oreilles un peu mieux plaquées.
A 21 ans, ils se sont mariés, à 23 ans un enfant, puis un autre l’année d’après.
Ils ont travaillés à Paris avant d’en fuir, épuisés, le fourmillement. Lui, il y a bien longtemps qu’il ne peut plus se permettre d’arborer une coupe en brosse ni quoi que ce soit d’ailleurs. Sa peau à elle est devenue blanche.
Ils vivent pourtant au soleil dans une belle maison avec un immense jardin. Une grosse bâtisse occupe une grande place centrale, ils l’appellent encore l’écurie. Quant à l’ancien appentis attenant, il abrite désormais des chambres, pour accueillir la famille.
Était-ce ici, dans une chambre forgée dans l’appentis ?
Oui, c’était peut-être ici, à l’endroit même où brille le parquet ciré de cette chambre d’une maison chargée de souvenirs que ses deux occupants ont pour la première fois transigé, il y a soixante années, autour d’un pot de lait en aluminium qui pèse trois tonnes. Où peut-être était-ce tout simplement dans l’écurie, restée quasiment intacte, les bovins en moins.
C’est à 40 ans qu’ils ont eu la possibilité de racheter la ferme, dans un saignement financier qui n’était jamais évoqué. Sans doute les murs avaient-ils peine à reconnaître la fille rêveuse aux jupettes fleuries qui venaient tous les étés. Les murs eux n’avaient pas trop bougé, même si durant un temps la ferme était devenue une serrurerie. La maison reconnaissait en revanche déjà mieux le jeune perturbateur. Du temps de la serrurerie, il y était apprenti. Dans le terrain, il avait bazardé énergiquement moult métaux, pièces en fer, en étain qu’il a récolté durant tout un été de labeur de terre, une fois devenu propriétaire.
Les enfants ont aujourd’hui 66 ans.
On m’a raconté l’histoire de ces deux-enfants-là.
J’ai appelé cette maison hier soir. Le vieux gamin a décroché et a dû plaquer le téléphone sur l’une de ses oreilles ni collées ni décollées. C’est une voix un peu fatiguée mais pas bougonne (plutôt charmante même) qui répondait à la mienne, je n’ai pas insisté. Le gosse a dû dans le même temps où je lui souhaitais une bonne soirée jeter, à la jeune fille, le téléphone comme on se débarrasse d’un pot de lait en aluminium qui pèse trois tonnes. Elle l’a réceptionné. La voix était dynamique, presque enjouée, j’eus l’image de cette fillette à la peau mate, brunette avec ses anglaises, sniffant tout un bouquet fraîchement constitué de fleurs sauvages délicatement coupées. Elle était heureuse d’avoir passée sa journée dans son jardin dont on ne compte pas les mètres carrés, je n’étais pas loin.
Qu’est-ce que je lui ai raconté à la rêveuse de la ferme, vous aimeriez le savoir ? Et bien chers curieux, trois fois rien, des histoires d’hortensias, d’hostas, et d’azalées, c’est assez sommaire mais… vous en savez déjà assez sur ma mère.

On m’a raconté l’histoire de ces deux-enfants-là, nom de Dieu ; Ils ne savent pas que je sais tout ça d’eux.

Lettre de motivation

Madame, Monsieur (je ne sais pas pourquoi on ne dit jamais Mademoiselle, peut-être pour faire comme les présentateurs de JT).

Madame, Monsieur donc, actuellement en poste mais quelque peu en prison, dans une boite où je deviens aussi sec qu’un saucisson, qu’un raisin, qu’un coup, je tente de simplement faire (à défaut de rayonner) ce pour quoi j’ai été embauché : satisfaire le client. Malheureusement, ce que j’aime faire, les contacts noués, les relations confiantes, écrire des pages, tout cela est sacrifié sur l’autel du cercle du copinage. Toute compétence, tout effort, tout mérite semble se heurter à des choses qui ne sont désormais plus si secrètes où semblent régner le cul et la b…Itérativement, je sens mon sang bouillir face à l’incompétence de personnes nouvellement embauchées comme ça, l’air de rien, sorties de nulle part auxquelles il m’est m’est soudainement enjoint de livrer respect et déférence, au lieu de donner à mon cerveau de quoi frémir, de s’enivrer de stratégies, de développement, de perspectives. Au lieu de cela, ce cœur à l’ouvrage en plein naufrage regarde l’œuvre jusque-là accomplie cuire, et s’assécher. Les managers fraîchement entrés, d’on ne sait où, comme de retour du désert, prennent, entrée, plat, dessert. Ils se gavent de tout et tout ce qui nous était interdit jusque-là leur devient autorisé ma foi.

Oh Madame, Monsieur, et allez, Mademoiselle, votre annonce me fait pousser des ailes, tout ce qui y est décrit respire le travail sain, la valeur, la qualité. Et en plus y’a des RTT…

J’évolue sur des échiquiers politiques, des situations mouvantes, savoureuses et audacieuses. Ô que j’aime ça, que j’aime mon job. Je respire en externe avec mes interlocuteurs des oxygènes bien meilleurs, ils ne se doutent pas qu’à l’intérieur, c’est le vomi, le placement des maîtresses, des amis, des petites sœurs. J’évolue parmi les zombis, c’est walking dead, talking bed, dénoncer le cercle, c’est se prendre le couvercle. Le zob a raison de mon job, ça y est je suis identifié irrespectueux et rebelle.

Moi qui ai fait du droit par amour. Non pas par amour du droit mais par amour de celle qui épousait ce cursus, j’ai toujours pensé que le cœur était le meilleur des aiguillages. Pauvre con, je le pense encore à mon âge. Je serai toujours trop jeune et trop naïf pour penser que le cul, vieille vérité, peut valoir CV. Je suis un compétiteur de feu, mais ma race est supplantée par les mangeuses de… Que faut-il faire ?

Madame, Monsieur, Mademoiselle, j’aime votre annonce de serveur, j’aime le service avec le cœur, et je prendrais si vous me boudez sachez-le, tout poste de balayeur ou d’éboueur, et tant pis pour le salaire et la galère infâme, car je ne me vois faire chaque jour qu’un bel usage de mon âme.

La nouvelle de la Saint-Valentin

Toute l’année, elle lui offre ses fesses, à la Saint Valentin, elle est plus seule qu’un chien.
Son amant appartient à nouveau à sa femme, le temps d’un soir. Cet amant ne s’affranchit à peine ce soir-là de l’exclusivité qu’il lui doit, à sa femme : une pensée secrète pour sa maîtresse, depuis le restaurant, en direct des toilettes, un rapide sms. Le sms déclare quelque chose comme « je pense à toi, hâte de te voir, je t’embrasse ». Il est sans scrupule et cruel, il glisse même un « je t’aime » à la fin. Ce soir-là.
Le message de l’amant, la maîtresse le reçoit. Elle aussi est aux toilettes, chez elle, nauséeuse. Ce soir-là comme tous les autres, elle pourrait ne pas comprendre ses choix, ses choix à lui, ses absences de choix à vrai dire. Car il ne choisit pas, il veut tout à la fois. Mais elle ne fera pas ça, cette fois, ce soir-là.
Le message de l’amant, elle le lit, tordue sur le bord de sa baignoire. Il lui rappelle ces bouts de textes qu’elle attend et ne reçoit que peu ou pas, sur son téléphone durant l’été, quand son amant part loin en congés avec sa famille à laquelle elle n’appartient pas. Le savoir parti en famille durant l’été est presque moins douloureux. Même si c’est plus long, même si elle sait qu’il fait des choses à sa femme. Même s’il s’en rapproche car c’est toujours comme ça : il la découvre à nouveau, il l’aime peut-être comme au premier jour car il est léger, puisqu’il fait beau, que l’air est chaud, puisqu’ils sont en famille, puisqu’elle est bronzée et franchement pas si mal, puisque le cadre est idyllique, puisqu’ils n’ont pas de contraintes, puisqu’ils n’ont que ça à faire de se promener, de visiter, de boire du vin, de manger des glaces, de baiser, d’oublier le téléphone, puisqu’il ne n’a que ça à faire de ne réaliser qu’il ne supporterait pas, en prenant la mesure et la valeur de son joyau, de l’imaginer elle, sa femme, aller vers un autre homme. Ça lui ferait un mal de chien. Ça lui donnerait la nausée, comme celle qui clignote au fond d’un ventre de Valentine clandestine assise sur une baignoire sise dans un appartement parisien qui semble n’abriter de rien, pas de l’incessante pluie, ni du spleen.
Mais à la Saint Valentin, pour maîtresse, la souffrance vaut ces trois semaines où il prend congé d’elle. Une souffrance de trois semaines d’absence concentrée sur trois heures d’une soirée au romantisme exacerbé en espérant qu’il soit hypocrite, que ce moment ne contienne pas une seule minute, pas une seule seconde de vérité, de sincérité, dans ce qu’il va dire ou faire à sa Valentine de femme, sa Valentine légitime.
Celle qu’il a un jour épousée, celle qu’il a commencé à délaisser, celle dont il a démissionné, sans lui notifier, égoïste qu’il est. Au moment où Maîtresse passe de chienne à chien, la femme officielle prend une vengeance dont elle ignore l’existence, la consistance. Cette femme, cette régulière, dont la maîtresse sait tout, elle connaît son visage, elle l’a déjà aperçue, elle sait aussi sa démarche rythmée par le bruit de ses talons aiguilles fétiches, elle ne peut que reconnaître son bon goût. La maîtresse est même certaine d’avoir attendue derrière elle dans une boutique pour hommes. Dans la file d’attente, la femme de son amant sur elle toutes les beautés comme sur cette photo aperçu sur un fond d’écran de téléphone qui fait mal, mais où elle même ne saurait exister. Peut-être achetaient-elles toutes les deux quelque chose pour le même homme.
Toute l’année, elle offre ses fesses, à la Saint Valentin, elle ne sait que faire de ses reins. Toute l’année, elle aimerait qu’il prenne aussi son cœur, il n’en fera jamais rien. Elle ne répond pas à ce texte qui chute sur « je t’aime », il demeure suspendu dans sa main. Elle y répondra demain, dans un message qui parle d’une fin, elle se retirera, démissionnera car elle ne fera jamais mieux que beauté gracieuse aux yeux bleus qu’elle s’en veut d’avoir trahie. Et si Amant arrivait à la même conclusion qu’elle sans attendre l’été pour être amoureux de sa femme, Maîtresse se trouverait presque jolie d’avoir eu les couilles de faire le choix d’un homme, à sa place. Et elles seront belles toutes les deux.

Aa